Virginie: le Ku Klux Klan vole au secours d'un général sudiste
Fièrement campé sur son cheval de bronze, sabre au ceinturon et regard surplombant le coeur historique de Charlottesville, le général américain Robert Lee (1807-1870) sera samedi le témoin immobile d'une invasion de militants appartenant comme lui à une époque révolue: les membres du Ku Klux Klan.
Ces derniers veulent protester contre l'intention de cette paisible ville universitaire de Virginie de retirer d'un jardin public la statue équestre de l'officier qui a dirigé les troupes confédérées des Etats esclavagistes.
Ce rassemblement autorisé par les autorités suscite une vive émotion aux Etats-Unis, où les mouvements d'extrême droite les plus radicaux se sentent pousser des ailes depuis la campagne présidentielle victorieuse de Donald Trump.
Qu'ils s'appellent Ku Klux Klan, Alt-Right ou White Supremacists, ils ont trouvé un nouveau motif de mobilisation dans la défense du drapeau et des monuments confédérés. Des symboles considérés comme racistes par une bonne partie des Américains, qui multiplient les procédures pour les déboulonner ou les faire disparaître des façades officielles.
- Statues, drapeau, vitrail -
Ce débat agite le pays, de la Louisiane aux Carolines, du Maryland à la Géorgie et jusqu'à la capitale, Washington, dont un vitrail de la cathédrale fait l'objet d'une campagne car il représente des soldats de la Confédération.
A Charlottesville, où ne s'est déroulée aucune grande bataille de la Guerre de Sécession (1861-1865), les 50.000 habitants se seraient bien passé de cette polémique.
Votant démocrate à une écrasante majorité et attachés à l'ouverture symbolisée par leur prestigieuse université fondée en 1819 par le président éclairé Thomas Jefferson, ils déplorent la venue annoncée des Loyal White Knights of the Ku Klux Klan ("Les fidèles chevaliers blancs du Ku Klux Klan"), un groupuscule originaire de la Caroline du Nord.
Beaucoup de résidents ont prévu d'afficher leur mépris par leur indifférence et d'éviter ce samedi le parc où se rassembleront ces militants convaincus de la supériorité de la race blanche.
D'autres ont prévu des prières, des réunions pacifiques contre l'intolérance. Enfin, une minorité a prévu de dire haut et fort son refus d'accueillir des représentants d'un mouvement qui a hanté la mémoire américaine par ses croix enflammées et ses lynchages d'Afro-Américains.
Les militants du "Klan" pourraient n'être que quelques dizaines, mais ils ont prévenu qu'ils viendraient armés et qu'ils se défendraient s'ils étaient attaqués.
La police de Charlottesville, dirigée par un officier noir, a mis en place un vaste dispositif censé éviter tout incident.
Les membres du KKK ne seront pas autorisés à se dissimuler sous leur cagoule pointue emblématique, même si le port de la robe blanche traditionnelle est depuis longtemps en déclin chez eux.
- Charlottesville meurtrie -
Dans la ville aux splendides bâtiments de brique rouge, la décision de retirer la statue du général Lee a été votée en février au terme d'un débat de plusieurs années qui a laissé des meurtrissures.
Prise à une courte majorité de trois conseillers municipaux sur cinq, la décision a depuis été suspendue par un juge pour une durée de six mois, en attendant qu'un tribunal examine le dossier.
"Robert Lee a beaucoup d'admirateurs dans tout le Sud, notamment car on y enseigne qu'il était un homme noble, un gentleman qui a durement oeuvré pour la réconciliation", explique à l'AFP Kristin Szakos, l'élue à l'origine de la proposition du retrait du monument.
"Pour de nombreuses autres personnes, il pose problème, en particulier car la statue le représente en tenue complète de combat, chevauchant contre les Etats-Unis", poursuit-elle.
Selon Mme Szakos, "il existe de nombreux autres moyens d'apprendre l'Histoire que des statues géantes dominant nos centre-villes".
Le KKK a compté jusqu'à quatre millions de membres à son apogée, en 1925. Il ne compterait plus que 5.000 à 8.000 membres, principalement dans le Sud profond, estime le Southern Poverty Law Center, un observatoire de l'extrémisme.