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Venezuela : la procureure rebelle refuse de comparaître

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Le 4 juillet 2017 à 16h57

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, chaviste entrée en rébellion contre le président Nicolas Maduro, a refusé mardi de comparaître devant la Cour suprême (TSJ), estimant que son procès et sa future destitution sont déjà courus d'avance.

"Je ne vais pas me soumettre à ce tribunal inconstitutionnel et illégitime", a-t-elle déclaré devant la presse.

"Le TSJ va perpétrer une nouvelle violation (de la loi) pour annuler la dernière institution capable de défendre les personnes et les manifestants", a-t-elle ajouté, le Venezuela étant en proie depuis trois mois à une vague de manifestations contre le chef de l'Etat qui ont fait 90 morts, selon un dernier bilan.

"C'est pour cette raison que je n'y suis pas allée, je ne vais pas valider un cirque qui teindra notre histoire de honte et de douleur et dont la décision est connue d'avance", a-t-elle dit, car "nous savons déjà que dès aujourd'hui sera lancée l'opération pour me destituer".

Peu après la fin de son discours, prononcé au siège du ministère public, l'audience devant le TSJ, dont le bâtiment était gardé par l'armée, a débuté.

Dès son ouverture, le président du tribunal Maikel Moreno a estimé que "la responsabilité de Luisa Ortega" était "d'ordre éthique et moral", avant de laisser la parole au député Pedro Carreño, du parti socialiste au pouvoir, à l'origine de la procédure.

Après des semaines de bras de fer par déclarations interposées, le sort de la procureure générale de 59 ans, la plus haute représentante des institutions chavistes (du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à son décès en 2013) à défier Nicolas Maduro, est entre les mains du TSJ, organisme considéré comme proche de l'exécutif.

- 'Pas toute sa tête' -

Le député Carreño l'accuse d'avoir commis des "fautes graves dans l'exercice de ses fonctions" et exige que soit évaluée sa santé mentale, car "il est clair que cette dame n'a pas toute sa tête".

Avant sa comparution, elle a été frappée d'une interdiction de sortie du territoire et a vu ses actifs gelés.

En toile de fond, c'est son discours étonnamment critique envers le président vénézuélien, pour une personnalité faisant partie de son camp, qui irrite le pouvoir, car il risque d'approfondir davantage encore les fractures entre les chavistes.

Pour le politologue Luis Salamanca, Luisa Ortega cherche à priver M. Maduro de "la légitimité que lui donne Chavez", son mentor politique. Si elle y parvient, cela renforcera les divisions et laissera le président "très affaibli".

Même s'il bénéficie du précieux soutien de l'armée, Nicolas Maduro est sous pression, confronté depuis début avril à des manifestants qui l'accusent du naufrage économique de leur pays, pourtant riche en pétrole. Ils exigent son départ immédiat.

"Je vous assure que je ne me reposerai pas tant que le Venezuela n'aura pas retrouvé le chemin des libertés", s'est exclamée lundi Luisa Ortega face au Parlement, seule instance dominée par l'opposition depuis début 2016, appelant à "lutter pour la démocratie".

- Effet inverse -

Si la Cour suprême entamait un procès et la reconnaissait coupable, Mme Ortega pourrait être destituée, une décision qui requiert le feu vert du Parlement. Une perspective difficile à envisager : les députés de l'opposition ont ovationné Mme Ortega dans l'hémicycle lundi.

Mais depuis un an et demi, le TSJ annule systématiquement toutes les décisions du Parlement. Il ne devrait donc pas tenir compte de son avis.

"Nous sommes face à une tentative de coup d'Etat contre la procureure, qu'on essaie d'écarter de son poste de façon frauduleuse", commente l'expert en droit constitutionnel José Ignacio Hernandez, prédisant une "radicalisation de la crise".

Au final, "la stratégie plus agressive de Maduro envers les dissidents chavistes va probablement se retourner contre lui", observent les analystes du cabinet Eurasia, d'une part en incitant Mme Ortega à "encore davantage s'exprimer publiquement et de façon plus agressive contre le régime".

D'autre part, cette "persécution des dissidents chavistes va encourager l'opposition à continuer ses manifestations".

Mardi, l'opposition prévoyait d'ailleurs de bloquer les routes pendant six heures pour rejeter le projet d'Assemblée constituante, dont les membres doivent être élus le 30 juillet et qu'elle perçoit comme une tactique du président Maduro pour s'accrocher au pouvoir.

Elle organisera à ce sujet une consultation populaire le 16 juillet pour marquer "l'heure zéro" de son "soulèvement" massif contre le régime.

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Le 4 juillet 2017 à 16h57

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