Négociations salariales: les routiers en grève maintiennent la pression
Les négociations salariales reprennent mardi dans le transport de marchandises, sous la pression des routiers qui mènent une grève reconductible depuis dimanche, déterminés à lutter contre "la smicardisation rampante" de la profession.
Organisations syndicales et patronales se retrouvent à 9H30 au siège de la Direction générale du Travail, à Paris (15e arrondissement), pour une nouvelle séance de négociation annuelle obligatoire (NAO), un mois et demi après la dernière qui avait échoué.
Les syndicats réclament une "revalorisation salariale de 5% pour tous les salariés". Impossible, répond le patronat, incapable de s'engager au-delà de "1 à 2% de hausse", selon la Fédération nationale des transports routiers (FNTR).
Les débats risquent d'être houleux, les syndicats se devant d'être à la hauteur du rapport de force engagé sur le terrain.
Lundi, l'intersyndicale CGT, FO, CFTC et CFE-CGC a multiplié les barrages filtrants et les blocages de sites industriels, dépôts pétroliers, centrales d'achat et centres routiers.
La mobilisation a entraîné d'importantes perturbations sur les routes près de Rennes, Bordeaux et surtout Caen.
Mardi matin, la situation semblait revenue à la normale, les bouchons enregistrés à 8H00 par Bison Futé étant liés à la densité de trafic habituelle à cette heure.
Quelques actions étaient cependant organisées, comme dans le nord de Toulouse, où l'accès à un dépôt d'essence était empêché, selon les gendarmes.
Dans le Pas-de-Calais, des routiers ont bloqué dès 6h30 les bretelles d'accès à la plateforme multimodale (transports routier, ferroviaire et fluvial) de Dourges, près d'Hénin-Beaumont, selon le Centre régional d'informations et de coordination routière (CRICR).
A Bordeaux, c'est une zone industrielle au nord de la ville, où se tiennent de nombreux entrepôts de fret, qui a été visée pour un blocage. La bretelle de l'échangeur lui donnant accès étant fermé dans les deux sens, la circulation sur la rocade bordelaise s'effectue en accordéon. Un bouchon s'est formé à l'approche de la zone de fret.
"Il faut créer les conditions pour durcir le mouvement parce qu'on entre dans le dur de la négociation", déclarait lundi soir le patron de la CGT Transports, Jérôme Vérité, qui compte "multiplier les barrages partout".
- 100 euros d'augmentation -
Suffisant pour faire céder les fédérations patronales ? Rien n'est moins sûr.
Ces dernières affirment ne pas avoir "les marges de manœuvre suffisantes" pour répondre aux demandes syndicales, "en décalage avec les réalités économiques des entreprises", s'est défendu Nicolas Paulissen, délégué général de la FNTR.
L'argument ne tient pas, selon les syndicats, qui pointent les aides publiques octroyées aux entreprises via le pacte de responsabilité et le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), ou encore la baisse des prix du carburant.
Le patronat ne peut plus "se cacher derrière son petit doigt", explique à l'AFP Thierry Douine, patron de la CFTC Transports.
Les aides publiques ont "fait récupérer beaucoup de masse salariale" aux entreprises, qu'elles "sont peut-être en capacité de réinjecter tranquillement dans les 5%, sans se mettre en difficulté économique", fait-il valoir.
La CFDT, qui n'appelle pas à la grève, partage néanmoins ce constat.
"J'appelle les patrons, les chambres patronales du secteur routier à négocier réellement aujourd'hui", a lancé son secrétaire général, Laurent Berger, mardi matin sur Radio Classique.
Son organisation avait claqué la porte des négociations, le 1er décembre dernier, avant de réaliser en solo une opération "coup de poing" au péage de Saint-Arnoult (Yvelines).
"S'il n' y a pas de réponses positives aux propositions que portent les organisations syndicales dont la CFDT, elle continuera le mouvement qu'elle a enclenché en décembre", a menacé le patron de la CFDT, premier syndicat du transport routier.
Unis dans leurs revendications, les syndicats réclament "une augmentation du pouvoir d’achat minimum de 100 euros".
Et ils énoncent trois moyens d'y parvenir: "un taux horaire minimum de 10 euros pour les coefficients les plus bas à l’embauche", "une revalorisation salariale de 5% pour tous les salariés" ou la "mise en place d’une ancienneté linéaire".
En 2014, un seul des quatre coefficients en vigueur dans le transport routier - celui des salariés les plus qualifiés - dépassait le Smic (9,53 euros bruts par heure).
Le salaire minimum brut a été relevé à 9,61 euros au 1er janvier 2015.