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Brésil: suspension d'enchères très attendues dans le traitement des eaux

Brésil: suspension d'enchères très attendues dans le traitement des eaux
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Le 29 avril 2021 à 18h02

Des enchères dans le traitement des eaux censées être les plus importantes jamais organisées au Brésil ont été suspendues jeudi par l'Assemblée législative de l'Etat de Rio de Janeiro (Alerj), un coup de théâtre à la veille des adjudications.

Cette suspension a été approuvée par les députés de Rio par 35 votes contre 24 et deux abstentions.

Les enchères devaient octroyer des concessions de 35 ans pour la gestion des services de distribution d'eau potable et d'assainissement pour 13 des 17 millions d'habitants que compte l'Etat de Rio.

Ces services sont assurés actuellement par la compagnie publique Cedae, très critiquée ces dernières années pour la mauvaise qualité de l'eau -- souvent trouble, malodorante et au goût de terre -- qui sort des robinets à Rio.

Mais les députés ont décidé que les enchères ne pouvaient pas avoir lieu car cet Etat surendetté du sud-est du Brésil est encore en cours de négociation pour un nouveau régime d'aides fédérales.

L'accord précédent, qui n'est plus en vigueur, comprenait la concession de la Cedae en échange de ces aides financières. Les députés ont souhaité jeudi que la Cedae ne soit pas cédée tant que le nouvel accord ne serait pas signé.

L'idée de privatiser le traitement des eaux à Rio est aussi rejetée par de nombreuses personnes qui craignent notamment une augmentation des tarifs.

La suspension de ces enchères est aussi une défaite pour le gouvernement du président Jair Bolsonaro, qui a vu son vaste plan de privatisations freiné par la pandémie.

Elles avaient déjà été suspendues temporairement par plusieurs décisions judiciaires, annulées par la suite en appel.

Le sénateur Flavio Bolsonaro, fils du chef de l'Etat, a affirmé sur Twitter que le gouverneur de Rio, Claudio Castro, allait "prendre les mesures nécessaires" pour assurer la tenue des enchères malgré le vote des députés de l'Alerj, qu'il a qualifié de "grave erreur".

- Financements d'une banque publique -

Le prix minimum fixé pour l'ensemble des quatre blocs mis aux enchères était de 10,6 milliards de réais (environ 1,62 milliard d'euros), mais les enchères auraient pu rapporter davantage, plusieurs offres ayant déjà été déposées pour au moins trois d'entre eux.

Et la concession prévoyait également que les entreprises ayant remporté les enchères investissent 30 milliards de réais (4,6 milliards d'euros) tout au long des 35 ans.

Pour encourager les entreprises à prendre part aux enchères, la Banque publique de développement BNDES prévoit de financer jusqu'à 55% des investissements dans ce projet pharaonique qui pourrait permettre de créer 45.000 emplois.

Aucune entreprise d'assainissement étrangère n'est en lice pour les enchères, mais un des consortiums bénéficie de l'appui financier d'un fonds souverain de Singapour.

Le fonds de pension canadien Canada Pension Plan Investment Board détient par ailleurs 45% du groupe brésilien Igua, qui fait partie d'un autre consortium.

- Objectif 2033 -

"Il y a beaucoup d'attente autour de ces enchères, avec des montants très élevés, mais aussi de grands défis à relever, dans une région très densément peuplée où la situation s'est fortement détériorée ces dernières années", explique à l'AFP Edison Carlos, de l'Institut Trata Brasil, une association qui lutte pour un meilleur traitement des eaux.

La station d'épuration Guandu, une des plus grandes au monde, se trouve près du point de confluence de trois des rivières les plus polluées de l'Etat de Rio, selon lui.

"Cette station n'a plus la capacité de traiter une eau où se déversent autant de déchets, et c'est pour cela qu'on voit apparaître des substances comme la géosmine, qui n'est pas toxique, mais qui donne un goût de terre", poursuit ce spécialiste.

Autre défi de taille: de nombreuses zones encore non équipées en tout-à-l'égout se trouvent dans des favelas, qui vivent souvent sous le joug de narcotrafiquants ou de milices criminelles.

À l'échelle du Brésil, près de 35 millions de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et environ 100 millions ne sont pas reliées au tout-à-l'égout, soit près de la moitié de la population.

En juin dernier, le Parlement a adopté une loi qui vise à faciliter l'entrée de groupes privés dans des projets d'assainissement pour que l'ensemble de la population bénéficie d'eau potable et du tout-à-l'égout d'ici 2033.

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Le 29 avril 2021 à 18h02

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