Hôtellerie de luxe à Casablanca : la guerre des prix divise les professionnels
Confrontés à une forte baisse de la demande estivale, les hôtels 5 étoiles premium de Casablanca proposent parfois des chambres à moins de 1.000 dirhams, une offensive tarifaire qui divise la profession. Si les avis divergent sur la stratégie à adopter, tous s'accordent sur la cause de cette désaffection : le manque d'animation durant l'été.
L'essentiel
- Les hôtels 5 étoiles premium de Casablanca cassent leurs prix cet été, avec des chambres proposées à moins de 1.000 dirhams pour faire face à une chute historique de la demande.
- Cette stratégie provoque une vive polémique, les établissements 3 et 4 étoiles dénonçant une concurrence qui les oblige à s'aligner sur des tarifs de plus en plus bas.
- Le président de la Fédération nationale de l'industrie hôtelière (FNIH), Lahcen Zelmat, estime au contraire que ces baisses de prix relèvent du fonctionnement normal du marché, et donc de la loi de l'offre et de la demande.
- Selon lui, le véritable risque n'est pas la baisse des tarifs, mais une éventuelle dégradation de la qualité des prestations, susceptible de nuire à l'image de Casablanca.
- Tous les professionnels dressent en revanche le même constat : Casablanca ne dispose pas de grands événements estivaux susceptibles d'attirer davantage de visiteurs dans la capitale économique.
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Les détails
Chaque été, Casablanca voit son activité hôtelière ralentir avec le départ des voyageurs d'affaires et l'attrait exercé par les destinations balnéaires. Pour limiter le nombre de chambres inoccupées, plusieurs hôtels 5 étoiles premium ont choisi de casser leurs prix, déclenchant une vive polémique au sein de la profession. Si certains établissements dénoncent une stratégie qui tire l'ensemble du marché vers le bas, d'autres estiment qu'il s'agit simplement d'un ajustement dicté par les règles de l'offre et de la demande. Au-delà de cette guerre tarifaire, tous s'accordent sur le fait que Casablanca peine encore à attirer une clientèle estivale, faute d'une programmation suffisamment attractive.
Des chambres proposées à moins de la moitié du tarif habituel
Selon plusieurs opérateurs, certains établissements haut de gamme proposent désormais des nuitées à moins de 1.000 dirhams, contre des tarifs habituellement compris entre 1.800 et 2.200 dirhams.
"Confrontés à une désaffection estivale qui ne cesse de s’aggraver, les hôteliers cherchent avant tout à faire du chiffre pour limiter le nombre de chambres inoccupées", résume un professionnel, selon lequel cette baisse des prix entraîne mécaniquement un effet domino : les autres hôtels 5 étoiles doivent s'aligner, avant que les établissements 4, puis 3 étoiles ne soient, à leur tour, contraints d'ajuster leurs tarifs.
Expliquant la pression tarifaire actuelle par un effondrement inédit de la demande estivale à Casablanca, notre interlocuteur rappelle que les hôtels qui affichent habituellement des taux d'occupation moyens de 50% tombent désormais à seulement 15% de remplissage en juillet et en août.
Une profession divisée sur la stratégie tarifaire
Les critiques proviennent principalement des représentants des hôtels 3 et 4 étoiles, qui dénoncent "une concurrence déloyale" de la part des établissements de luxe, dont les prix se rapprochent désormais des leurs.
Ces professionnels redoutent que cette politique ne finisse par dégrader l'image haut de gamme de Casablanca auprès de la clientèle internationale. Le président de la FNIH adopte, de son côté, une lecture très différente.
"Quand un 5 étoiles premium baisse ses prix, le 5 étoiles classique baisse aussi, puis le 4 étoiles et le 3 étoiles. C'est le fonctionnement normal du marché", explique Lahcen Zelmat, selon lequel aucun hôtelier ne peut être critiqué pour sa politique tarifaire tant qu'il ne pratique pas de vente à perte, une éventualité qui reste très difficile à établir.
Rappelant que, dans une économie de marché, l'offre et la demande déterminent les tarifs, le président compare le marché hôtelier de luxe à celui des produits agricoles : lorsque l'offre est abondante et la demande faible, les prix reculent ; ils remontent lorsque l'activité repart.
"Le vrai danger réside dans la baisse de la qualité des prestations"
Il juge en outre illogique de laisser des chambres vides plutôt que de réduire les tarifs, puisqu'une chambre invendue est définitivement perdue : elle ne peut être stockée pour être commercialisée ultérieurement.
Selon le président des hôteliers, le véritable danger n'est pas la baisse des prix qui entraînerait une dévalorisation de la destination, mais une dégradation de la qualité des prestations hôtelières.
"Tant qu’il maintient son niveau de service, chacun est libre de réduire sa marge. En revanche, si la qualité baisse, le client est perdu et l'image de la destination peut être affectée", explique Lahcen Zelmat, ajoutant que la fédération n’a aucun pouvoir pour imposer une politique tarifaire aux hôteliers.
"Le manque d'animation explique la désaffection estivale"
Au-delà du débat sur les prix, l’ensemble de nos interlocuteurs s'accorde sur l'absence d'événements susceptibles d'attirer des visiteurs dans la capitale économique pendant l'été.
"Aujourd’hui, Casablanca ne dispose toujours pas de congrès d'envergure, de festivals internationaux ni de manifestations culturelles ou sportives à même de soutenir l'activité hôtelière durant cette période", explique un hôtelier, qui appelle à étoffer la programmation estivale afin de générer davantage de nuitées.
Si nos interlocuteurs divergent dans leur appréciation de cette guerre des prix, ils attribuent tous la faiblesse de la demande estivale au manque d'animation durant cette période.
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