Rahhou aux Grands RDV Médias24 : “Le défi pour l'économie marocaine ? Les prix”
Le Maroc évite les pénuries grâce à la disponibilité des produits, à la diversité de l'offre et à l'ouverture des marchés, estime le président du Conseil de la concurrence. Si la concurrence fonctionne dans la majorité des secteurs, le médicament et les circuits de distribution agricoles concentrent encore ses principales préoccupations.
Invité des Grands Rendez-vous de Médias24, Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence, est revenu sur les principaux enjeux liés au fonctionnement de la concurrence et à la formation des prix sur les marchés marocains.
Pour Ahmed Rahhou, le premier critère d'une économie efficiente n'est pas le prix, mais la disponibilité des produits et des services. "Un marché est efficient lorsqu'il n'y a pas de pénurie. Il suffit de regarder nos voisins de l'Est : pour trouver une pièce de voiture, il faut parfois attendre plusieurs mois. Au Maroc, le consommateur trouve ce qu'il veut, où il le veut et quand il le veut", estime le président du Conseil de la concurrence.
Selon lui, l'économie marocaine dispose aujourd'hui d'un nombre suffisant d'acteurs et reste largement ouverte sur l'extérieur, ce qui permet d'approvisionner le marché en biens et en services couvrant pratiquement tous les besoins des consommateurs. "Ce n'était pas le cas il y a quelques années. Cela montre que nous avons une économie qui marche".
Au-delà de l'absence de pénuries, Ahmed Rahhou cite également d'autres critères d'efficience, dont la diversité de l'offre, le choix laissé au consommateur, la qualité des produits et leur capacité d'innovation. "Je n'ai pas un seul produit en face de moi, j'ai plusieurs choix. Les nouveaux produits arrivent rapidement sur le marché. Je n'attends pas des années pour y avoir accès. Le critère du prix arrive ensuite".
Le médicament, principal point noir
Sur l'ensemble de ces critères, le président du Conseil de la concurrence estime que l'économie marocaine demeure "relativement efficiente", à une exception notable : le secteur du médicament. "Nous avons tous ces critères sauf dans le médicament, où nous constatons encore des situations de pénurie. Nous estimons que le fonctionnement actuel du secteur n'est pas efficient et nous attendons avec impatience les réformes engagées par le ministère de la Santé, notamment en matière d'autorisation de mise sur le marché. Il est anormal qu'on cherche un médicament et qu'on ne le trouve pas".
Selon lui, c'est précisément la disponibilité d'un produit qui permet de juger de l'efficience d'une économie. "Lorsqu'un produit est introuvable, le prix n'a plus aucune importance".
Le prix, le "dernier défi d'un marché mature"
Une fois les problèmes de disponibilité, de diversité et d'innovation largement résolus, demeure la question du prix. "Au Maroc, nous avons le choix, la diversité, l'innovation, même si tout cela peut encore être amélioré. Maintenant, la vraie question est celle du prix : avons-nous le bon prix ou pas ?".
Ahmed Rahhou considère que le Maroc fait face à une problématique caractéristique d'un marché relativement mature. "Tous les problèmes sont réglés sauf celui du prix. Mais le prix n'est jamais absolu".
Il rappelle que le prix doit être analysé sous deux angles : celui du producteur et celui du consommateur. "Il faut regarder comment le prix est formé. Est-ce que le produit est fabriqué de manière efficiente et vendu avec une marge acceptable ? C'est le point de vue du vendeur. Côté consommateur, le prix est jugé à travers le pouvoir d'achat, c'est-à-dire la capacité à acheter ce produit. L'efficience existe lorsque ces deux dimensions sont réunies. Or, aucun marché n'assure un équilibre permanent entre les deux".
Les produits agricoles, principal sujet de préoccupation
Dans les analyses du Conseil de la concurrence, deux catégories retiennent particulièrement l'attention : le médicament et les produits agricoles. Pour ces derniers, Ahmed Rahhou estime que le principal problème ne se situe pas au niveau de la production, mais dans les circuits de distribution.
"Les prix agricoles nous posent problème parce que le prix final est absorbé non pas par le producteur initial, mais par les circuits de distribution. Nous avons une efficacité puisque les produits arrivent sur le marché, mais aussi une inefficience en raison d'un coût devenu exorbitant".
Pour illustre cette situation, il cite l'exemple d'un produit qui sort à 3 dirhams et qui finit parfois à 20 ou 25 dirhams. "C'est trop", estime le président du Conseil de la concurrence.
Selon lui, cette problématique concerne surtout les produits agricoles non transformés ou peu transformés. À l'inverse, pour les produits transformés, il estime que la concurrence joue davantage son rôle. "Les prix évoluent aussi bien à la hausse qu'à la baisse. En dehors des secteurs régulés ou très concentrés, la concurrence fonctionne. Les consommateurs se plaignent souvent lorsque les prix augmentent, mais nous observons aussi les baisses. Dès qu'un prix baisse, cela montre qu'il existe une dynamique concurrentielle".
Une intermédiation à revoir
Si Ahmed Rahhou estime que "le marché fonctionne globalement", il considère néanmoins que des marges de progression importantes existent, notamment dans les filières agricoles. "Le secteur agricole est celui où l'intermédiation doit être interpellée. Nous travaillons actuellement sur les filières de la volaille et des viandes rouges. Il y a matière à améliorer la façon dont le produit sort de chez le producteur pour arriver chez le consommateur".
Selon lui, la chaîne de distribution est devenue trop coûteuse. "Je ne dis pas qu'elle est inutile, puisqu'elle permet d'éviter les pénuries, mais elle coûte trop cher. Il faudrait peut-être la raccourcir, revoir certaines stratégies et s'interroger également sur la réglementation, notamment celle qui encadre les abattoirs et les marchés de gros".
Le président du Conseil de la concurrence juge d'ailleurs que ce cadre réglementaire est aujourd'hui "dépassé". "Nous avons une réglementation qui date de près d'un siècle. Elle doit être revisitée à l'ère du numérique".
Ahmed Rahhou cite également le dossier de la commercialisation de la sardine destinée aux industriels, actuellement en cours de finalisation. "Nous promouvons fortement la mise en place de la criée (la vente par enchères). C'est dans l'intérêt du consommateur, mais aussi des pêcheurs qui prennent les risques en mer pour aller chercher la ressource".
Pour conclure, le président du Conseil de la concurrence estime que la concurrence fonctionne dans la majorité des secteurs de l'économie marocaine. "Globalement, en dehors des secteurs hyperconcentrés, je crois que la concurrence fonctionne".
À découvrir
à lire aussi
Article : Les prévisions météo pour ce vendredi 17 juillet 2026
Voici les prévisions météorologiques établies par la Direction générale de la météorologie pour le vendredi 17 juillet 2026 : - Temps chaud à localement très […]
Article : Aïn Diab : à qui la faute dans la mort du petit Youssef ?
L’enfant de huit ans a été électrocuté après avoir traversé à vélo une flaque d’eau près d’un poteau d’éclairage. Sa famille réclame des réponses, alors que la SRM assure que ses installations ne présentent aucune anomalie et qu’une enquête est en cours.
Article : À Aïn Chock, un complexe à 50 MDH pour le Sporting Club
Le projet prévoit deux terrains, dont un en gazon naturel doté de 2.000 places, des vestiaires pour les joueuses, un pôle sport-santé et une réserve foncière pour de futurs hébergements.
Article : Prix de la sardine : l’enquête du Conseil de la concurrence dans sa phase finale
Le régulateur veut renforcer la transparence sur la formation des prix de la sardine, de la sortie du bateau jusqu’au marché final. L’enquête engagée en avril 2024 entre dans sa phase finale, avec des discussions avancées avec l’ONP et le ministère de tutelle.
Article : Viandes rouges : “Pas uniquement un problème de prix” (Ahmed Rahhou)
Le Conseil de la concurrence a ouvert un avis sur l'ensemble de la filière ovine et bovine, des exploitations aux abattoirs. Pour son président, les véritables défis concernent aussi l'exportation, les normes sanitaires et la traçabilité.
Article : Moussalaha : dix ans à réinsérer les détenus radicalisés
Placé sous le thème "Du programme Moussalaha au Centre Moussalaha : dix années de réhabilitation, d'accompagnement et de réinsertion", un événement organisé à l'occasion du dixième anniversaire du programme a servi à faire le bilan d'une décennie d'efforts et à tracer les perspectives d'avenir de la stratégie marocaine de déradicalisation.