Lecture du programme du PPS pour 2026 : des engagements résolument à gauche
Le PPS assume une ligne "de gauche sans ambiguïté" et avance des engagements sociaux audacieux mais dont les coûts ne sont pas chiffrés. Voici notre lecture, avec les PLUS et les MOINS, en attendant le programme détaillé promis pour fin août.
L'essentiel
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- Le PPS présente les grandes lignes de son programme et place parmi ses priorités la mise à niveau de l'hôpital, de l'école et de l'université publics.
- Le volet santé est le plus détaillé, le plus ambitieux, mais aussi le plus coûteux. Il promet de doubler les effectifs, d'étendre l'AMO aux 8,5 millions de personnes qui en restent exclues et de réduire d'un tiers le reste à charge des ménages.
- Le discours d'opposition se mêle aux orientations économiques du parti, au risque de remettre en cause les fondements du modèle d'émergence marocain.
- Plusieurs idées sont audacieuses, défendables et cohérentes avec les recommandations et les constats d'autres institutions publiques, notamment le CESE et le HCP. Mais il reste à détailler les mesures et leurs coûts budgétaires.
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Les détails
Le PPS ne se renie pas et présente un programme qui s'inscrit résolument à gauche. Face au rôle d'"État accompagnateur" proposé par le RNI, il avance celui d'un "État acteur volontariste".
Après une succession de gouvernements dirigés par des partis de droite — le PJD, puis le RNI — et marqués par des politiques plutôt libérales, la fenêtre politique semble s'élargir pour les formations de gauche, notamment dans un contexte de dégradation du pouvoir d'achat des ménages et de déceptions à l'égard des politiques menées.
Il ne s'agit pas encore du programme électoral, que le PPS ne dévoilera que fin août, mais de ses grandes orientations, assorties de quelques exemples et mesures phares. Elles figurent dans le rapport politique présenté par son secrétaire général, Nabil Benabdallah, devant le Comité central du parti.
Il inscrit sa campagne sous le slogan "نزعمو كاملين", que l'on peut traduire par "osons tous" ou "osons ensemble", peut-être parce que certaines de ses propositions sont pour le moins audacieuses.
Toutefois, la crédibilité de ces promesses ne pourra être pleinement évaluée que lorsqu'elles seront mieux détaillées et chiffrées. À défaut, ces mesures pourraient être jugées irréalistes ou électoralistes.
Quoi qu'il en soit, Nabil Benabdallah affirme faire preuve de responsabilité budgétaire et assure que les sources de financement des dépenses liées à ces engagements ont été définies.
Les plus
→ Doubler les effectifs de l'hôpital public. Doubler les effectifs en un mandat est probablement trop ambitieux, mais l'objectif n'est pas pour autant insensé.
Le problème des ressources humaines est reconnu, et le gouvernement s'est déjà inscrit dans une trajectoire d'augmentation des effectifs : pour 2026, il a budgétisé la création de 8.000 postes, un record absolu, soit 1.500 de plus que l'année précédente.
Surtout, même si le gouvernement a fait passer le ratio de professionnels de santé pour 1.000 habitants de 1,75 à 2,05, celui-ci reste inférieur au seuil critique de l'Organisation mondiale de la santé (2,5) et largement en deçà du seuil recommandé de 4,45.
Le ministère de la Santé lui-même estime que, pour atteindre les Objectifs de développement durable à l'horizon 2030, le Maroc doit compter 96.000 professionnels de santé, dont plus de 32.000 médecins et 64.000 infirmiers.
Le Maroc comptait en 2025 environ 77.000 professionnels dans le public. Parmi eux, 59.000 relevaient du ministère, dont près de 9.200 médecins et 34.600 membres du personnel paramédical, le reste étant composé de personnels administratifs et techniques.
Mais au-delà de la capacité budgétaire de recrutement, l'objectif se heurte à un goulot d'étranglement connu de tous : la capacité à former suffisamment de médecins et à les retenir dans le système de santé marocain.
→ Couvrir les 8,5 millions d'exclus de l'AMO. Il s'agit d'environ 5 millions de non-immatriculés et de 3,5 millions de personnes aux "droits fermés", c'est-à-dire immatriculées mais privées de couverture en raison de l'interruption de leurs cotisations.
La position du PPS va dans le sens du Conseil économique, social et environnemental (CESE), qui recommande de "rendre obligatoire l'immatriculation au régime AMO pour tous et supprimer la notion de fermeture des droits".
Cela implique d'augmenter la contribution de l'État d'au moins 7 milliards de dirhams et d'abandonner la doctrine contributive de la loi 09-21 au profit d'un droit inconditionnel aux soins.
→ Réduire d'un tiers le reste à charge des ménages. Selon les Comptes nationaux de la santé, les paiements directs des ménages représentaient en 2022 environ 31 milliards de dirhams, soit 38% des dépenses de santé.
Le CESE précise que le reste à charge pour les assurés couverts peut dépasser 50%. Dans les deux cas, on est très au-dessus du plafond de 25% recommandé par l'Organisation mondiale de la santé.
Réduire ce reste à charge d'un tiers permettrait de le rapprocher des standards internationaux.
Prises isolément, ces mesures relatives au système de santé paraissent défendables. Cumulées, elles représentent une charge considérable. On attend donc le chiffrage que le PPS présentera fin août.
→ Imposer les fortunes improductives. C'est une idée intéressante et défendable, car, à la différence d'un impôt général sur la fortune, l'idée n'est pas de taxer indistinctement la richesse, mais d'inciter à orienter les actifs dormants vers les circuits productifs.
C'est typiquement le cas de la taxe sur les terrains non bâtis, censée pousser le propriétaire soit à construire, soit à vendre à quelqu'un qui construira, au lieu de laisser le terrain prendre de la valeur sans rien produire.
La distinction repose sur la nature des actifs : les actifs productifs — outil de travail, capital investi ou immobilier loué — génèrent de la richesse, de l'activité et de l'emploi. Les actifs improductifs — foncier non bâti gardé pour spéculer, logements vacants, liquidités, placements purement monétaires ou biens de luxe — dorment.
Mais le diable est dans les détails : il faudra tracer la frontière entre ce qui est productif et ce qui ne l'est pas, sans compliquer davantage un système fiscal déjà lourd. Encore une mesure qui nécessite d'être détaillée.
→ Créer une banque publique d'investissement. La proposition peut être intéressante si le PPS parvient à préciser les cibles visées, le mode de financement et, surtout, l'articulation de cette banque avec l'offre existante.
Celle-ci est en cours de mutation, notamment à travers la réforme du pôle financier de l'État via l'Agence nationale de gestion stratégique des participations de l'État et de suivi des performances des établissements et entreprises publics (ANGSPE), la création du Fonds Mohammed VI pour l'investissement (FM6I) pour renforcer le financement en capital et l'écosystème du groupe CDG.
La proposition rejoint une ancienne recommandation visant à créer une banque publique d'investissement pour soutenir les très petites, petites et moyennes entreprises. Le modèle de référence le plus évident est celui de Bpifrance.
Elle devra aussi prendre en compte le fait que l'investissement public est déjà à un niveau élevé et que le principal enjeu consiste à créer des effets de levier afin de mobiliser l'investissement privé dans le financement de l'économie nationale.
Les évidences
→ Augmenter le SMIG et le salaire moyen dans la fonction publique. Cela s'inscrit dans la continuité des gouvernements précédents. Il faudra donc attendre les chiffres pour juger de l'ampleur de ces hausses et de leurs conséquences possibles sur l'économie et le budget de l'État.
→ Relever le seuil d'exonération de l'IR. Le gouvernement a été critiqué pour avoir allégé la pression fiscale des entreprises plus que celle des salariés.
En 2025, le seuil d'exonération de l'impôt sur le revenu a été porté de 30.000 à 40.000 DH. Le PPS s'engage à le relever davantage.
Là encore, on attend une proposition chiffrée de la part du PPS, ainsi que des précisions sur la manière dont elle s'articulerait avec les dépenses que le parti propose d'engager et avec son objectif de réduction du déficit.
→ 12.000 recrutements nets d'enseignants par an. La promesse n'est pas très éloignée du rythme actuel, de l'ordre de 9.000 à 10.000 par an sur les trois dernières années.
Elle représente néanmoins une accélération d'environ un quart, qui suppose de procéder à un volume de recrutements bruts nettement supérieur pour compenser les départs à la retraite.
Ce qui mérite vraiment débat
→ Améliorer les conditions du corps enseignant. Promettre d'améliorer les conditions de travail des enseignants est louable. Mais si cette mesure ne s'intègre pas dans un cadre plus large de réforme de l'école publique, elle risque d'apparaître comme une promesse électoraliste adressée à une catégorie d'environ 300.000 personnes, dont le poids électoral réel, foyers et réseaux compris, dépasse largement ce chiffre.
Autrement dit, les avantages octroyés devraient être conditionnés à un système plus exigeant en matière de résultats.
Or les syndicats de l'enseignement figurent parmi les plus coriaces du pays, et les expériences récentes ont montré qu'ils n'hésitaient pas à paralyser tout le système pour ne pas avoir à consentir de concessions.
→ Réorienter l'économie vers la demande locale et réviser les accords de libre-échange. Le PPS veut faire en sorte que "l'économie nationale serve en priorité la demande locale et les besoins de la société en termes d'industrie, d'agriculture et de services".
Il appelle aussi à réviser les accords de libre-échange, notamment ceux jugés "inutiles pour l'économie nationale ou qui freinent certaines activités économiques, qui profitent à des classes oligarchiques au détriment de la souveraineté économique nationale".
Si ces choix peuvent se justifier dans le domaine agricole, au vu des enjeux écologiques et de souveraineté alimentaire, ils viendraient remettre en cause des orientations stratégiques qui ont fait jusqu'ici la réussite relative du modèle marocain : le positionnement du pays comme plateforme industrielle et logistique internationale ainsi que son insertion dans les chaînes de valeur mondiales.
Mais, à lire entre les lignes, on y voit surtout une charge politique contre le chef du gouvernement. Ces éléments de langage rendent difficile la distinction entre les mesures sérieuses et le discours électoral d'opposition.
Ces choix s'inscrivent naturellement dans une politique de gauche. Mais, au lieu de tout mettre dans le même panier, le programme gagnerait à proposer des mesures ciblées pour les secteurs qui posent problème, plutôt que de déconstruire un modèle d'émergence économique qui s'est construit sur plusieurs décennies.
→ Ramener le déficit budgétaire sous 4%, "hors financements innovants". Cette formulation constitue une accusation à peine voilée mettant en doute la sincérité des chiffres officiels, du fait de l'usage de ce que l'on appelle les financements innovants.
C'est clairement un tacle au gouvernement, qui communique sur une trajectoire de réduction du déficit de 5,5% à environ 3% du PIB.
Le recours à ces financements a suscité de vifs débats au cours de ce mandat, notamment au sujet des investissements engagés en vue de la Coupe du monde 2030, qui ont cristallisé les critiques du mouvement GenZ212.
Il s'agit de mécanismes de portage hors du budget classique de l'État, qui utilisent des véhicules financiers afin de monétiser des actifs ou de réaliser des opérations de cession-bail sur le patrimoine immobilier de l'État.
Il s'agit d'une controverse sur le périmètre comptable, légitime et documentable, mais dont l'appréciation précise dépend de données que ni le gouvernement ni le PPS ne rendent publiques.
Les moins
→ Créer un million d'emplois nets. En s'alignant sur le RNI, le PPS retire ce levier électoral des mains du gouvernement, au risque toutefois de s'exposer au même procès en irréalisme, tant le bilan du parti majoritaire sur cette promesse est contesté, notamment en raison de la méthode de calcul retenue.
→ Réduire les NEET de moitié. L'objectif est ambitieux et porte sur un sujet qui s'impose comme l'un des plus pressants pour le pays.
Le Maroc compte 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, soit 33,6% de cette tranche d'âge, une proportion que les institutions décrivent comme un risque social et économique majeur.
Le programme doit toutefois préciser comment il compte y parvenir, d'autant que cet objectif est lié à un autre problème, celui de l'inactivité des femmes : plus de 72% des NEET sont des femmes, et près de 70% d'entre eux sont inactifs et ne recherchent pas d'emploi.
Il faut aussi que le programme explique comment cette mesure peut déboucher sur une véritable intégration économique, et non sur une simple sortie de la catégorie par des formations sans débouché.
→ Porter le taux d'activité des femmes à 25%. Là encore, on est en droit de demander des mesures concrètes, puisque la tendance est à la baisse depuis vingt-cinq ans.
Ce déclin est structurel et ses causes sont autant sociales que liées à l'inadaptation de l'offre d'emploi. Les solutions ne sont donc pas aussi simples qu'il y paraît.
Le programme gouvernemental, qui espérait porter ce taux à 30% en fin de mandat, n'a pas su inverser la tendance et a vu celui-ci tomber à 19% en 2025.
→ Porter la pension minimale de retraite à 3.000 DH. Une promesse attrayante, puisqu'elle permettrait de s'attaquer à la pauvreté des retraités, un sujet souvent sous-estimé.
Mais là encore, les partis qui avancent de telles mesures devront démontrer, chiffres à l'appui, comment ils comptent les financer, au vu du déficit chronique des caisses de retraite.
Un sujet sensible, qui gagnerait lui aussi à occuper une place plus centrale dans les programmes électoraux.
→ Porter le minimum de l'aide sociale à 1.000 DH par mois, contre 500 DH actuellement. Selon nos calculs, cette mesure devrait coûter, au bas mot, une dizaine de milliards de dirhams par an.
→ Une série d'engagements avancés sans mesures d'accompagnement. Le PPS prend d'autres engagements sans préciser les mesures qui devraient les accompagner : porter la part de l'industrie dans le PIB à 20%, contre 15% actuellement ; réduire le secteur informel d'un tiers ; réduire l'endettement public ; réduire la consommation d'eau agricole de 25% ; couvrir entre 40% et 50% des besoins alimentaires essentiels par la production nationale ; doubler les revenus des petits agriculteurs et des pêcheurs ; porter la part de l'économie sociale et solidaire de 3% à 6% du PIB.
Les moins détaillés : démocratie et géopolitique
Fidèle à son positionnement à gauche, le PPS n'oublie pas de consacrer deux axes à la démocratie et à la géopolitique.
Le premier vise "un nouveau souffle démocratique, la moralisation de la vie publique et la promotion de l'égalité".
Le second défend la vision d'un "Maroc acteur souverain, pro-paix, attaché au respect du droit, au multilatéralisme et à un ordre international juste".
Cependant, ces deux axes restent les moins détaillés et les moins étayés par des mesures concrètes. Il s'agit peut-être d'un aveu du peu de leviers dont disposent, dans ces domaines, les partis qui participent au gouvernement.
Le PPS s'y montre toutefois audacieux, comme lorsqu'il s'engage à "œuvrer à la libération des détenus d'opinion et des mouvements (hiraks)".
Au final
Le PPS assume une ligne de gauche et présente des orientations sociales qui peuvent séduire, prises isolément.
Mais on ne pourra juger du sérieux et de la crédibilité de ces promesses que lorsque les engagements seront accompagnés de mesures détaillées, chiffrées et budgétisées.
D'ici là, une question s'impose déjà : qui paiera la facture ?
Une seconde en découle : dans quelle mesure le parti pourra-t-il défendre ces orientations au sein d'une coalition gouvernementale susceptible de réunir des sensibilités très différentes ?
Et, au fond, ces "engagements" en sont-ils vraiment ?
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