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Marché de l’or : pénurie, “déconnexion” des prix et menace de grève des bijoutiers
Les fluctuations des prix de l’or ont profondément désorganisé le marché marocain. D'après les professionnels, les cotations locales sont déconnectées de l’international et la demande est devenue quasi inexistante. Par conséquent, les bijoutiers et les ateliers font face à une situation économique de plus en plus difficile, qui remet en cause l’équilibre de toute la filière.
Par
Badr Elhamzaoui
Le 2 février 2026 à 16h53
|
Modifié 2 février 2026 à
18h37
La hausse récente des prix de l’or a directement freiné la demande sur le marché marocain. L’impact de cette hausse dépasse un simple ralentissement des ventes. On parle, selon des professionnels interrogés par Médias24, d’un grand ralentissement, voire d'un arrêt quasi total des achats de bijoux dans plusieurs segments du marché.
La situation est aggravée par le décalage entre le marché local et l’évolution des cours internationaux. Alors que les prix mondiaux ont commencé à se détendre, cette baisse ne se reflète pas sur le marché marocain.
La fédération des bijoutiers menace de grève
Contacté par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers, indique que la situation du secteur est aujourd’hui critique.
"La fédération, qui regroupe 34 associations professionnelles à l’échelle nationale, a tenu une réunion avec 32 d’entre elles pour faire le point sur l’état du secteur. Le constat est unanime : le marché est complètement bloqué", explique-t-il.
"Le problème central reste la déconnexion totale entre la cotation de l’or au Maroc et l’évolution des prix à l’international. La matière première est devenue extrêmement rare sur le marché local, et les prix pratiqués reflètent davantage des comportements spéculatifs que la logique normale des marchés. Les niveaux observés au Maroc n’ont plus aucun lien avec les cours internationaux", poursuit Driss El Hazzaz.
Selon lui, le gramme d’or devrait se situer en ce début de février autour de 1.018 DH au regard des prix mondiaux, alors qu’il dépasse largement les 1.300 DH sur le marché marocain.
"Le prix a reculé à l’international, mais cette baisse ne se répercute pas localement. Les hausses sont immédiatement intégrées, mais les baisses ne le sont jamais. C’est cette asymétrie qui pose problème et qui alimente le blocage actuel", souligne-t-il.
Face à cette situation, la Fédération marocaine des bijoutiers a saisi les autorités concernées. "Nous avons adressé des courriers aux différentes parties prenantes du secteur, notamment au ministère de la Transition énergétique, au secrétariat d’État chargé de l’Artisanat, au ministère de la Culture, ainsi qu’à l’Administration des douanes, pour permettre un accès normal à la matière première et rétablir le bon fonctionnement du marché", précise Driss El Hazzaz.Plus de la moitié des ateliers à l’échelle nationale sont à l’arrêt ou en phase de fermeture
"Si aucune décision n’est prise dans les prochains jours, nous allons engager une grève dès la semaine prochaine. La situation a déjà provoqué des dégâts profonds. Plus de la moitié des ateliers à l’échelle nationale sont à l’arrêt ou en phase de fermeture", conclut-il.
La bijouterie traditionnelle est la première touchée. Le prix élevé de l’or se répercute intégralement sur le consommateur final, car les coûts de façonnage, de main-d’œuvre et de mise en conformité ne peuvent pas être compressés.
Dans ces conditions, les transactions se raréfient fortement, et l’activité quotidienne des ateliers tourne à un niveau très bas, insuffisant pour couvrir les charges fixes.
Durant la dernière semaine de janvier 2026, les prix de l’or ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés. Le prix de l’once a frôlé les 5.200 dollars. Au Maroc, le gramme a dépassé les 1.400 DH.
Il s’agit du prix de l’or 18 carats brut, tel qu’échangé entre ateliers sur la bourse marocaine, hors frais de façonnage, hors pertes liées aux chutes et hors l’ensemble des autres charges fixes. Cette flambée s’est mécaniquement traduite par des prix record pour les bijoux finis, sans que la demande ne suive.
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Par
Badr Elhamzaoui
Le 2 février 2026 à 16h53
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