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ECONOMIE

Reprise de la guerre au Moyen-Orient : quel impact pour le Maroc ?

Le répit aura été bref. Moins d’un mois après l’accord entre Washington et Téhéran, les frappes ont repris et le Brent a bondi de 77 à 87 dollars en vingt-quatre heures. Pour un pays qui importe près de 90% de ses besoins énergétiques, l’enjeu dépasse largement le prix à la pompe. Transport, industrie, inflation et budget de l’État pourraient rapidement subir le contrecoup d’un conflit qui menace aussi les routes maritimes.

Le Maroc face au retour de la guerre au Moyen-Orient
Le Maroc face au retour de la guerre au Moyen-Orient
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Le 14 juillet 2026 à 18h08 | Modifié 14 juillet 2026 à 18h30

L'essentiel

  • La reprise de la guerre au Moyen-Orient a fait bondir le Brent de 77 à 87 dollars en vingt-quatre heures.
  • Le projet américain d'imposer une contribution équivalente à 20% de la valeur des cargaisons transitant par le détroit d'Ormuz pourrait renchérir davantage le pétrole et le transport maritime.
  • Le Maroc importe près de 90% de ses besoins énergétiques. Une hausse durable toucherait le transport, l’industrie, les prix et les marges des entreprises.
  • Un baril durablement supérieur à 80 dollars alourdirait la facture énergétique et le coût de la compensation, accentuant la pression sur le déficit budgétaire.
  • Les récentes tensions géopolitiques montrent l'intérêt stratégique, pour le Maroc, de disposer d’une raffinerie moderne et de renforcer ses capacités de stockage.

-oOo-

Les détails

La trêve au Moyen-Orient n’a pas résisté longtemps. Donald Trump considère désormais que l’accord avec l’Iran est terminé. Washington a repris ses frappes et annoncé le rétablissement du blocus maritime contre les ports iraniens.

Téhéran a répondu en visant des navires et des installations américaines dans la région. Les États-Unis ont ensuite frappé des positions iraniennes pendant plusieurs heures.

La guerre reprend et le pétrole s’envole

La guerre s’élargit également à la mer Rouge. Les Houthis, soutenus par l’Iran, ont tiré des missiles contre l’Arabie saoudite après plusieurs années d’accalmie relative. Ce retour des attaques remet le détroit de Bab el-Mandeb au centre des inquiétudes.

Le commerce entre l’Asie, le Golfe, la Méditerranée et l’Europe est désormais perturbé à l’est par le détroit d’Ormuz, et à l’ouest par le détroit de Bab el-Mandeb.

Par ailleurs, Donald Trump veut désormais imposer aux navires une contribution équivalente à 20% de la valeur de leur cargaison en contrepartie d'une traversée du détroit sous protection américaine. Le projet reste flou. Washington n’a pas encore expliqué comment cette somme sera calculée, collectée ou imposée aux armateurs. Sa légalité dans une voie maritime internationale est également contestée.

Une telle contribution serait très lourde. Selon le Financial Times, elle pourrait ajouter près de 16 dollars au coût d’un baril transporté par Ormuz. Pour un grand pétrolier, la facture pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions de dollars.

Elle renchérirait encore le pétrole, alors même que le risque de guerre reste entier et que la protection américaine ne garantit pas qu’un navire ne soit pas ciblé par l’Iran. Les attaques contre les pétroliers émiratis montrent que la présence militaire américaine ne suffit pas à éliminer le risque.

Les marchés ont immédiatement réagi. En vingt-quatre heures, le Brent est passé de 77 à 87 dollars le baril, soit une hausse de près de 13% en une seule journée.

Le problème ne se limite pas au pétrole brut. Les prix du gasoil, du kérosène et du fioul progressent aussi. Les acheteurs asiatiques cherchent déjà davantage de cargaisons en Afrique de l’Ouest, en Amérique latine et en Russie.

Quel impact pour le Maroc ?

Pour le Maroc, qui importe près de 90% de ses besoins énergétiques, cette hausse peut avoir de lourdes conséquences. Elle renchérit les coûts du transport et de l’industrie, alourdit la facture des importations et peut réduire les marges des entreprises.

Si elle dure, elle risque aussi de peser sur la croissance, le déficit commercial, le compte courant, les finances publiques et les réserves de change.

Le pays en a déjà fait l’expérience au deuxième trimestre 2026. Le prix du gasoil est passé de 10,80 à 15,50 dirhams le litre en avril, après trois hausses depuis le début de la guerre. Il a ensuite reculé avec l’apaisement des tensions. La reprise du conflit pourrait rapidement effacer cette baisse.

Contacté par Médias24, Oussama Ouassini, expert en chaîne d'approvisionnement et en intelligence économique, estime que, dans une économie comme celle du Maroc, qui reste fortement dépendante des importations, toute hausse des prix de l’énergie finit par alimenter l’inflation.

"L’énergie est la mère de l’inflation. Dès que les prix énergétiques augmentent, la hausse se transmet aux coûts de production, au transport, puis aux prix à la consommation. Le Maroc est particulièrement exposé, car il importe l’essentiel de son énergie, mais aussi de nombreux produits dont la fabrication et le transport dépendent directement des coûts énergétiques", explique-t-il.

Oussama Ouassini estime aussi que les prix affichés sur les marchés ne reflètent pas toute la tension du marché physique.

"Les cours affichés actuellement sur les marchés financiers sous-estiment la réalité du marché physique. Même après la récente hausse du Brent, les prix auxquels certaines cargaisons s’échangent réellement dépassent déjà 80 dollars le baril sur le marché spot, notamment pour des achats urgents en mer. Les cours visibles ne reflètent donc ni l’ensemble des tensions actuelles ni les anticipations liées à la poursuite du conflit".

Selon notre interlocuteur, si la guerre dure, les conséquences pourraient être lourdes pour le Maroc. "Le choc toucherait directement la facture énergétique, les finances publiques et l’inflation, notamment alimentaire. L’État peut intervenir pour atténuer une partie de la hausse des prix, mais cet effort deviendra de plus en plus difficile à supporter si les prix restent élevés pendant longtemps".

"Si le pétrole se maintient au-dessus de 80 dollars, l’enveloppe consacrée à la compensation en 2027 devra nécessairement être revue à la hausse. Cela exercerait une pression supplémentaire sur le déficit budgétaire et les finances publiques".

Pour Oussama Ouassini, disposer d’une raffinerie au Maroc relève désormais d’une nécessité stratégique.

"C’est une nécessité stratégique. Le pays devrait pouvoir raffiner localement l’équivalent d’au moins 50% de sa consommation nationale, tout en renforçant fortement ses capacités de stockage. Cela lui permettrait d’acheter davantage lorsque les prix sont favorables, de mieux arbitrer ses approvisionnements et de réduire son exposition aux achats urgents sur le marché spot".

Selon lui, le recours aux réserves stratégiques peut ralentir la hausse, mais seulement de manière temporaire.

"De nombreux pays ont commencé à puiser dans leurs stocks pour limiter leurs achats aux prix actuels. Cela permet temporairement de réduire la pression de la demande et de contenir la hausse. Mais ces stocks ne sont pas illimités. Lorsqu’ils devront être reconstitués, de grands importateurs comme l’Inde ou le Japon reviendront massivement sur le marché. Cette demande différée pourrait alors créer un nouveau déséquilibre entre l’offre et la demande et provoquer une nouvelle accélération des prix", explique notre interlocuteur.

"Le problème ne s’arrête pas à la reprise des exportations. Certaines installations énergétiques ont été endommagées, et leur remise en service peut demander plusieurs années. Même si les combats s’arrêtent, le retour à une production normale ne sera donc pas immédiat", souligne-t-il.

"Je ne pense pas que le conflit s’arrêtera rapidement. Il pourrait se prolonger au moins jusqu’en septembre. L’accord annoncé entre les parties n’était pas un véritable accord de fond. Il s’agissait plutôt d’une pause tactique, qui a permis aussi bien aux Iraniens qu’aux Américains de reconstituer leurs stocks et leurs capacités militaires", conclut Oussama Ouassini.

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Le 14 juillet 2026 à 18h08

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