D’où vient l’énergie importée par le Maroc ?
Gasoil, essence, butane, GNL, charbon, électricité et autres produits énergétiques... Les données de l’Office des changes montrent l’origine des importations de chaque produit, mettant ainsi en lumière l’évolution de la hiérarchie des fournisseurs entre 2023 et 2025.
Pendant longtemps, la question énergétique au Maroc a surtout été lue à travers les prix. Or, dans le contexte actuel de guerre au Moyen-Orient, de perturbations dans le détroit d’Ormuz et de tensions sur les routes maritimes, une autre question redevient importante : d’où vient exactement l’énergie importée par le Maroc, et dans quelle mesure certains produits dépendent-ils d’un petit nombre de fournisseurs ?
Médias24 a examiné les importations d’énergie du Maroc sur la période 2023-2025. Pour simplifier la lecture, notre analyse se concentre sur huit produits clés, qui couvrent l’essentiel des achats énergétiques du pays.
Il s’agit du gasoil, de l’essence, du carburéacteur, des fuel-oils, du butane, du gaz naturel, du charbon et du coke, ainsi que de l’électricité.
Cette sélection représente 115,8 MMDH en 2023, 107,1 MMDH en 2024 et 100,4 MMDH en 2025. Elle montre ainsi une baisse de la facture énergétique sur la période.
La géographie des importations énergétiques
Le premier poste reste de très loin le gasoil. À lui seul, il pèse 52,9 MMDH en 2023, 51,6 MMDH en 2024 et 46,4 MMDH en 2025.
En 2025, le Maroc a importé 15,7 MMDH de gasoil en provenance d’Arabie saoudite, soit 33,7% de l’ensemble de ses importations de gasoil. L’Espagne arrive en deuxième position, avec 10,3 MMDH, ce qui représente 22,1% du total. Les États-Unis occupent la troisième place, avec 7,1 MMDH, soit 15,2% des importations marocaines de gasoil.
La dynamique est révélatrice. Entre 2023 et 2025, la part des États-Unis dans les importations de gasoil du Maroc est passée de 3,8% à 15,2%. De même, la part de l’Inde a progressé de 0,7% à 8,0% sur la même période.
Tandis que les parts de Bahreïn, des Émirats arabes unis et de la Russie reculent, cette dernière disparaissant même complètement après 2023.
Le butane, qui reste socialement très sensible, provient massivement des États-Unis. Leur part atteint 76,1% en 2023, 77,1% en 2024 et 77% en 2025. L’Espagne reste deuxième, mais loin derrière, avec 12% à 14%.
Le gaz naturel a, lui, changé de géographie en trois ans. En 2023, les États-Unis en assurent 72,5%. En 2024, l’Espagne devient le premier fournisseur avec 61%, tandis que le Pérou apparaît avec 16,6%.
En 2025, la structure bascule encore. L’Espagne représente 51,6% et le Pérou 48,4%, alors que les États-Unis sortent presque entièrement de la liste. C’est l’un des mouvements les plus marqués de toute la période.
L’électricité importée est un cas beaucoup plus simple. Elle vient pratiquement d’un seul pays. L’Espagne représente 100% des importations d’électricité en 2023 et quasi la totalité en 2024 et 2025.
Le charbon et le coke restent, eux aussi, très concentrés, mais avec une recomposition importante. Les États-Unis sont déjà le premier fournisseur en 2023 avec 52,6%. Leur part monte à 78,2% en 2024, puis redescend à 60,3% en 2025.
Dans le même temps, la Russie, qui pesait encore 14,4% en 2023, disparaît ensuite complètement. L’Afrique du Sud atteint 22,9% en 2025, tandis que la Colombie remonte à 14,3%.
L’essence est plus diversifiée. En 2023, la Lituanie arrive en tête avec 31,4%, juste devant l’Espagne avec 29,4%. En 2025, la Lituanie a disparu du haut du classement. L’Espagne reste première, mais avec seulement 21,9%. Derrière elle, on trouve l’Italie, la Finlande, Chypre et les Pays-Bas. Cela fait de l’essence un produit moins concentré que le gasoil, le butane ou l’électricité.
Les fuel-oils montrent eux aussi une géographie changeante. En 2023, l’Italie, la Grèce et l’Espagne dominent. En 2025, le Kazakhstan devient le premier fournisseur avec 19,6%, devant le Turkménistan avec 15,3%, puis l’Italie et la France. Là encore, le Maroc n’achète pas tous ses produits énergétiques dans le même espace géographique.
Au total, trois pays dominent l’ensemble du panier retenu. Ainsi, les États-Unis, l’Espagne et l’Arabie saoudite représentent ensemble 58,1% de la facture en 2023, 66,8% en 2024 et 62,6% en 2025.
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