Où en est la stratégie “Forêts du Maroc” ? L’état d’avancement d’un mégachantier de 9 millions d’hectares
Avant le lancement de la nouvelle feuille de route "Forêts du Maroc 2020-2030", la forêt marocaine perdait chaque année près de 17.000 hectares. Six ans plus tard, l’ANEF revendique une méthode plus territoriale, fondée sur les communes, les coopératives et les compensations. Mais le pari reste délicat : protéger les écosystèmes sans couper les populations des revenus qu’elles tirent de la forêt, alors que la pression sur les ressources demeure forte.
L’essentiel
• La stratégie “Forêts du Maroc 2020-2030” couvre 9 millions d’hectares, dont 5,8 millions de forêts naturelles, et s’articule autour de 17 programmes structurants.
• 147 communes (74% des cibles) sont désormais couvertes par l’animation territoriale ; 73 organismes de développement forestier constitués et 54 plans de développement forestier concerté élaborés.
• 530 périmètres ont bénéficié de compensations pour mise en défens, couvrant 80.000 hectares pour un montant de 45 millions de dirhams injectés dans les communautés locales.
• 237.289 hectares ont été compensés dans le cadre du programme “Ghabati Hayati”, soit 64,7% de l’objectif ; le solde est attendu d’ici fin 2026.
• 310 coopératives forestières actives regroupent près de 19.400 adhérents et génèrent un chiffre d’affaires annuel estimé à 15 millions de dirhams.
• Un programme de reboisement de 600.000 hectares est en cours d’ici 2030, privilégiant les essences autochtones et les techniques modernisées (drones, Waterboxx, mécanisation).
• La digitalisation et le renforcement de la Police forestière (drones, caméras corporelles) visent à mieux lutter contre les coupes illicites et le braconnage.
Les détails
Plus de six ans après le lancement de la stratégie "Forêts du Maroc 2020-2030", l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) dresse un état d'avancement marqué par la montée en puissance de la gouvernance participative, le développement des partenariats avec les populations locales et la poursuite des programmes de reboisement et de préservation des écosystèmes. Si plusieurs objectifs affichent une progression significative, certains chantiers structurants restent encore à achever.
Lancée en février 2020, la stratégie "Forêts du Maroc 2020-2030" vise à moderniser la gestion des quelque 9 millions d'hectares d'espaces forestiers du Royaume, dont 5,8 millions d'hectares de forêts naturelles. Elle repose sur un modèle de gestion durable conciliant préservation de la biodiversité, développement économique et implication des populations vivant dans les territoires forestiers.
L'ANEF rappelle que la forêt marocaine demeure soumise à de fortes pressions. Avant le lancement de la stratégie, près de 17.000 hectares de couvert forestier étaient dégradés chaque année, tandis que les prélèvements en bois de feu dépassaient les capacités naturelles de régénération. À cela s'ajoutaient la surexploitation des parcours forestiers, les effets du changement climatique et une faible valorisation économique des ressources forestières.
Pour répondre à ces défis, la stratégie s'articule autour de quatre axes : renforcer la gouvernance participative, différencier les modes de gestion selon la vocation des espaces forestiers, moderniser les métiers forestiers et refonder le cadre institutionnel. Au total, 17 programmes structurants sont déployés, allant du développement de l'écotourisme à la création d'organismes forestiers locaux, en passant par un vaste programme de reboisement de 600.000 hectares et la digitalisation des activités de gestion.
45 MDH injectés dans les projets des communautés forestières
Sur le volet de la gouvernance territoriale, l'ANEF fait état d'une progression de l'approche participative. En 2025, 147 communes, représentant 74% des collectivités territoriales ciblées par la stratégie, étaient couvertes par l'animation territoriale. L'agence indique également que 94 agents de développement et de partenariat ont été recrutés et formés à fin juin 2026, contre un objectif de 108 dans le cadre du programme "Ghabati Hayati". Par ailleurs, 73 organismes de développement forestier ont été constitués et 54 plans de développement forestier concerté élaborés, tandis que 74% des projets territoriaux validés avec les populations ont déjà été réalisés.
Les mécanismes d'incitation destinés aux communautés locales constituent également un levier important de la stratégie. En 2025, 530 périmètres ont bénéficié de compensations pour leur mise en défens, couvrant 80.000 hectares pour un montant global de 45 millions de dirhams. Ces financements servent notamment à soutenir des projets communautaires tels que l'achat d'aliments pour le bétail, l'acquisition de matériel agricole, l'ouverture de pistes rurales, le forage de puits, le transport scolaire ou encore l'installation de panneaux solaires.
L'ANEF indique que 237.289 hectares ont déjà été compensés dans le cadre du programme "Ghabati Hayati", soit 64,7% de l'objectif global fixé à 366.846 hectares. Le paiement de l'ensemble des compensations prévues est annoncé d'ici la fin de l'année 2026.
La stratégie mise également sur le développement du tissu coopératif forestier. À ce jour, 310 coopératives sont actives, engagées dans 273 contrats avec l'ANEF. Elles regroupent près de 19.400 adhérents et génèrent un chiffre d'affaires annuel estimé à 15 millions de dirhams. Plus de 80% des nappes de romarin sont désormais couvertes par des contrats de gestion avec ces coopératives, qui interviennent notamment dans la valorisation des plantes aromatiques et médicinales, du bois, des pépinières ou encore de l'aquaculture.
600.000 hectares à reboiser d'ici 2030
Le volet reboisement constitue l'un des principaux piliers de la stratégie. L'ANEF poursuit la mise en œuvre d'un programme national visant la restauration de 600.000 hectares de forêts à l'horizon 2030, en particulier dans les zones de montagne. Ce programme privilégie la régénération des écosystèmes naturels, le reboisement avec des essences autochtones plus résilientes face au changement climatique ainsi que l'amélioration sylvopastorale au profit des populations locales.
L'Agence mise également sur la modernisation des techniques de reforestation, avec le renforcement des pépinières, la mécanisation des travaux du sol, l'utilisation du système Waterboxx pour améliorer la reprise des plants et le recours aux drones pour le suivi des chantiers.
En matière de préservation des espaces naturels, la stratégie prévoit également la valorisation du réseau des 10 parcs nationaux afin d'accompagner le développement de l'écotourisme. Plusieurs programmes sont actuellement déployés dans différents sites, notamment les parcs nationaux d'Ifrane, Tazzeka, Khénifra, Haut Atlas Oriental, Souss-Massa, Toubkal, Talassemtane et Al Hoceïma. Ces projets portent à la fois sur la conservation de la biodiversité, l'aménagement écotouristique et le développement d'activités de pleine nature.
Préserver la biodiversité et freiner la désertification
La protection de la biodiversité demeure un autre axe structurant de la stratégie. L'ANEF poursuit l'actualisation du Réseau national des aires protégées à travers le Plan directeur des aires protégées, tout en renforçant les actions de conservation dans plusieurs espaces naturels. L'objectif est de préserver les écosystèmes forestiers tout en conciliant leur protection avec leur valorisation économique et touristique.
La stratégie intègre également la lutte contre la désertification parmi ses priorités. Celle-ci s'appuie notamment sur les programmes de restauration des écosystèmes forestiers, le reboisement, la réhabilitation des zones dégradées et la protection durable des ressources naturelles, afin d'améliorer la résilience des territoires face aux effets du changement climatique.
La technologie au service de la protection des forêts
L'ANEF poursuit la modernisation de ses outils de gestion. La stratégie prévoit la digitalisation du cœur de métier afin d'améliorer le pilotage des interventions sur le terrain. Cette transformation se traduit notamment par le déploiement d'applications numériques, le recours aux drones, aux caméras corporelles et à l'analyse des données dans le cadre du renforcement de la Police forestière.
L'objectif est de mieux lutter contre les coupes illicites, le trafic de bois et le braconnage, de sécuriser les périmètres de reboisement et d'améliorer la surveillance des espaces forestiers grâce à des brigades mobiles et des outils technologiques.
L'Agence prévoit par ailleurs d'élargir ses partenariats à de nouveaux domaines, notamment le développement de start-up forestières, la valorisation des produits forestiers à forte valeur ajoutée, l'écotourisme ou encore l'aquaculture, afin de renforcer la création de revenus dans les territoires forestiers.
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