Peu à peu, la croissance économique se détache de l’agriculture
Sur longue période, la croissance marocaine a presque toujours suivi le rythme de l’agriculture. Quand celle-ci allait bien, l’économie tenait. Quand elle reculait, la croissance ralentissait. Mais les années 2024 et 2025 semblent ouvrir une nouvelle phase, en rompant avec une régularité observée depuis le début des années 2000.
Entre 2000 et 2025, la valeur ajoutée agricole représente en moyenne 9,4% du PIB en volume. Mais son effet sur la croissance est souvent plus important que ne le suggère ce seul poids.
Cela se manifeste lorsque la valeur ajoutée agricole se contracte, en particulier sous l’effet de la sécheresse devenue plus fréquente ces dernières années.
En raisonnant en valeur ajoutée sectorielle, l’effet de l’agriculture dépasse sa seule contribution directe. Il se transmet aussi à d’autres activités en lien avec elle, comme le transport, le commerce et l’agroalimentaire. Une mauvaise campagne freine ainsi l’activité bien au-delà du seul secteur agricole.
L’historique le montre clairement. Sur la période 2000-2025, toutes les années où la valeur ajoutée agricole a reculé ont coïncidé avec un ralentissement de la croissance économique par rapport à l’année précédente, alors même que l’agriculture ne pèse qu’autour de 8% à 9% du PIB. L’année 2024 apparaît donc comme une rupture claire dans cette dynamique.
2024 et 2025, un changement dans la dynamique de croissance
Sur toute la période étudiée, 2024 est la seule année où une baisse de la valeur ajoutée agricole ne s’est pas traduite par un ralentissement de la croissance globale.
Cela signifie qu’une partie de la croissance peut désormais être portée plus nettement par d’autres moteurs.
Selon les données du haut-commissariat au Plan (HCP), le PIB a progressé de 3,8% en 2024, alors que la valeur ajoutée agricole a reculé de 4,8%.
Cette situation s’explique par la bonne performance des activités non agricoles, dont la croissance a atteint 4,6%. Grâce à cette dynamique, la croissance globale est restée relativement soutenue, malgré le recul de l’agriculture.
En 2025, cette dynamique s’est prolongée. Les activités non agricoles ont progressé de 4,6%, tandis que la valeur ajoutée agricole a également augmenté de 4,6%. Le fait marquant est toutefois la poursuite de la bonne tenue du PIB non agricole, qui a continué sur l’élan de 2024 avec une croissance solide.
Pour mieux illustrer cette évolution, en 2025, les activités non agricoles ont contribué à hauteur de 4,2 points aux 4,6% de croissance totale.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte marqué par un effort élevé d’investissement public. En 2025, la formation brute de capital a progressé de 14,7%, soit la composante du PIB ayant enregistré la plus forte croissance.
Certes, l’agriculture reste un déterminant majeur de la croissance, mais les données récentes montrent que l’économie marocaine commence à s’appuyer sur des relais plus solides hors agriculture. La vraie question est désormais de savoir si ces relais pourront durer lorsque l’effet des investissements actuels se ressentira moins fortement.
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