Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.
L'essentiel
- Le Maroc attire plusieurs dizaines d'entreprises minières étrangères, mais les projets réellement entrés en phase d'exploitation restent peu nombreux.
- L'essentiel des permis de recherche se concentre dans trois régions à vocation minière historique.
- La majorité des entreprises minières étrangères opérant au Maroc sont sans actif productif, et leur communication financière vise d'abord à lever des fonds.
- Comme dans l'exploration pétrolière, seul le forage, l'étape la plus coûteuse, permet de confirmer la minéralisation en profondeur et d'évaluer la rentabilité réelle d'un projet : la viabilité d'une mine est une question de volume, non de longueur en surface.
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Les détails
Le Maroc s'est imposé ces dernières années comme une destination minière pour plusieurs dizaines d'entreprises étrangères. Les annonces de découvertes « exceptionnelles », « prometteuses » ou « inédites » se multiplient. Mais qu'en est-il réellement ?
Cette dynamique a effectivement fait émerger un certain nombre, dénombrable, de projets de mines : Boumadine (or et argent), Achmmach (étain), Bouskour (cuivre), Tabaroucht (cuivre), Agadir Melloul (cuivre), Cap Juby (titane), le projet de Sondiale Tan Tan (silicium), un projet de mine de graphite dont l'emplacement n'est pas encore communiqué, et, plus récemment, la mine d’Amghas (antimoine).

Derrière cette vitrine se cache toutefois un nombre bien plus important de projets encore au stade du développement, susceptibles d'induire en erreur. Car un projet minier peut nécessiter dix à quinze ans pour passer du simple indice à des réserves prouvées. Les projets de développement sont donc, logiquement, les plus nombreux : il faut beaucoup d'exploration pour augmenter la probabilité de mettre au jour une seule mine exploitable.
Où se concentrent les projets de développement minier ?
Trois régions concentrent l'essentiel des permis de recherche : Souss-Massa, Marrakech-Safi et Drâa-Tafilalet. Des régions historiques, qui abritent les grandes richesses minières du Royaume : la mine d'argent d'Imiter (la plus grande d'Afrique), la mine de cobalt de Bou Azzer (la plus grande du Maroc et l'une des rares au monde à produire le cobalt comme produit principal), la mine de cuivre de Tizert (la plus importante du pays) et la mine d'or de Tiouit (la seule en activité au Maroc).
Tout naturellement, la majorité de ces projets de développement minier se situent à proximité de ces gisements, dans l'espoir de déceler des opportunités alentour. Des chances de succès plus faibles, mais à ne pas négliger compte tenu du potentiel régional.
L'exemple de la mine d'étain d'Achmmach, située à proximité de la mine de fluorine de la Samine, illustre parfaitement cette tendance ; cette ressource, autrefois négligée, voit aujourd'hui sa valeur grimper en flèche grâce à l'essor de l'industrie technologique mondiale.
Viennent ensuite les projets de développement « fast-track », qui ciblent d'anciennes exploitations parfois abandonnées dès l'époque coloniale en raison de la chute des cours. Les ressources y sont disponibles, mais leur relance dépend de coûts d'exploitation enfin compétitifs, à l'image de la mine polymétallique de Goundafa.
D'autres opérateurs reprennent des permis détenus par des sociétés marocaines après un développement initial, lorsque ces dernières ont besoin de fonds pour faire avancer les travaux, notamment les forages. C'est le cas par exemple de la compagnie Xtract Resources et de l'entreprise marocaine Wildstone.
Enfin, plusieurs sociétés, notamment canadiennes, ont été attirées par le succès de la compagnie Aya Gold & Silver, devenue une référence de l’investissement minier au Maroc.
En quoi diffère un projet de développement minier ?
Comparé à d’autres industries, le secteur minier figure parmi les investissements les plus risqués, l'exploration initiale ne garantissant jamais l’ouverture future d'une mine. En effet, la découverte d'indices à forte teneur en surface ne traduit pas automatiquement l'existence d’un gisement économiquement exploitable. C’est particulièrement vrai pour l'or, un élément inerte dont la répartition géologique est extrêmement erratique et difficile à anticiper.
À cela s'ajoute un facteur structurel : la majorité des sociétés minières actives au Maroc sont des juniors, dont la plupart ne disposent d'aucun actif productif. Certaines le reconnaissent dans leur business plan, précisant que leur vocation n'est pas d'exploiter, mais de faire avancer un projet avant de le céder ; la plupart, toutefois, s'en abstiennent.
Certes, la conjoncture est favorable au financement des projets miniers, portée par la forte demande liée à la transition énergétique. Pour lever des fonds ou obtenir des emprunts, les entreprises ont donc tout intérêt à rendre leurs projets attractifs.

Sur le plan technique, l'exemple de la compagnie britannique Talisman Metals, récemment installée au Maroc, est éclairant. Dans sa dernière communication financière, la compagnie a mis en avant des résultats présentés comme « significatifs », titrant notamment sur une interception moyenne de 1,21% de cuivre sur une longueur de 700 mètres avec une épaisseur de 1,25 mètre.
Sur le plan purement technique, ce résultat provient d'un échantillonnage en rainure, une méthode superficielle qui consiste à creuser une entaille étroite et régulière le long d'une zone d'intérêt pour obtenir un échantillon représentatif de la largeur minéralisée visible. Or, pour évaluer de véritables ressources, le chemin est encore long et exige de passer par l'étape du forage.
C'est cette phase, la plus coûteuse de l'exploration, qui permet de vérifier si la minéralisation se poursuit en profondeur, car la viabilité d'une mine est d'abord une question de volume tridimensionnel et non de simple longueur en surface.
Ces travaux d'exploration approfondis restent indispensables et ce n'est qu'une fois ce volume certifié qu'il devient possible de définir la méthode d'extraction la plus adaptée et d'évaluer la rentabilité finale du projet, car il arrive également qu'un gisement souterrain bien réel s'avère techniquement prohibitif à extraire face aux cours du marché.
Ce que l'ONHYM apporte au secteur minier marocain
Comparé à d'autres pays, le Maroc dispose, avec l'ONHYM, d'un outil capable de « dérisquer » les projets miniers malgré des ressources financières limitées. L'exemple de la mine de Zgounder est le plus parlant : l'Office en a assuré le développement initial avant de s'associer à un partenaire privé pour l'exploitation, en contrepartie d'une redevance annuelle.
Dans le cadre de ses projets en promotion, l'ONHYM ouvre actuellement au partenariat 26 sites couvrant des minéraux critiques (cuivre, lithium, manganèse, plomb-zinc, terres rares…). Ces projets ont déjà fait l'objet de travaux de développement initiaux révélant des teneurs encourageantes, mais demeurent, pour la plupart, à des stades préliminaires qui nécessitent des investissements pour avancer. À ceux-là s'ajoutent d'autres projets dont le partenariat est déjà acté, notamment celui du lithium à Tichla et plusieurs gisements de cuivre.
L'ONHYM participe par ailleurs au capital de deux sociétés minières en activité : Comabar, pour l'exploitation de la baryte, et la Sacem, pour celle du manganèse de la mine d'Imini. Sa transformation en société anonyme devrait, à terme, lui donner davantage de latitude pour nouer ce type de partenariats.
Sur le plan réglementaire, le ministère a engagé la mise en œuvre du cadastre minier numérique. Cet outil, fondé sur des procédures entièrement dématérialisées, doit renforcer la transparence d'un secteur longtemps réputé opaque et attirer de nouveaux investisseurs, en particulier étrangers. Celui-ci devrait prochainement migrer vers une version opérationnelle.
Reste la réforme du secteur minier. Malgré son importance stratégique, notamment pour débloquer le segment de la valorisation minière, son adoption devrait revenir au prochain gouvernement, le calendrier parlementaire actuel ne suffisant pas à la mener à terme.
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