Mort de Abderrahim Fakir : l'avocat redoute que la vérité soit étouffée
Le célèbre avocat italien Me Fabio Anselmo, désormais conseil de la famille de Abderrahim Fakir, mort lors d'une interpellation à Bologne, livre à Médias24 une analyse des premières orientations de l'enquête et des risques que la procédure choisie fait peser sur la manifestation de la vérité.
Des bancs du Parlement aux pavés de Bologne et de Turin, l'Italie se fracture. À Bologne, la colère suscitée par les circonstances de la mort de Abderrahim Fakir se heurte désormais aux gaz lacrymogènes et aux canons à eau.
Alors que le parquet de Bologne a ouvert une procédure pour homicide involontaire après la mort de Abderrahim Fakir, dans laquelle deux policiers et quatre professionnels de santé ont été inscrits au registre préliminaire dit "modello 45-bis", Me Fabio Anselmo ne cache pas son inquiétude face aux premières orientations de la procédure. L'inscription de ces six personnes sous ce régime technique, plutôt que sur le registre classique des suspects, est selon lui un signal alarmant.
Ce dispositif, introduit par la récente loi sur la sécurité, est présenté par ses détracteurs comme un véritable "bouclier pénal". "Un mot qui parle de lui-même", souligne l’avocat, ajoutant avec gravité que "l’État italien n’aime pas se juger lui-même".
Pour le pénaliste, cette procédure s’apparente à un raccourci vers le classement sans suite. En considérant d’emblée qu’une cause de justification paraît évidente, la justice s'enferme dans une enquête dont les investigations sont limitées à 120 jours, avant une décision qui doit intervenir dans les 30 jours suivants, ce qui, selon lui, fait directement obstacle à la manifestation de la vérité.
L'ombre d'Aldrovandi, de Magherini et de Cucchi
Me Fabio Anselmo sait très bien de quoi il parle. Sa carrière est jalonnée de combats éprouvants pour la vérité dans des affaires qui ont profondément marqué l’Italie. Aujourd'hui, il dresse un parallèle saisissant avec ces tragédies du passé, affirmant que sous l'empire des lois actuelles, la vérité n'aurait tout simplement jamais éclaté au grand jour.
Il évoque d'abord le cas de Federico Aldrovandi, mort en 2005 lors d'une interpellation. "Si ce bouclier pénal avait existé, Federico serait passé à la postérité comme un homme mort d'une overdose de drogue, alors que la drogue n'y était pour rien. Sa mort était le produit d'une violente altercation et d'une contention au sol prolongée".
Le parallèle est encore plus troublant avec Riccardo Magherini, décédé à Florence en 2014 dans des circonstances "dramatiquement similaires" à celles de Abderrahim Fakir. Me Anselmo se souvient des obstacles surmontés : le corps de la victime gardé six mois dans une chambre froide, des délais d'enquête qui auraient largement dépassé les 120 jours imposés aujourd'hui, et une première conclusion médicale imputant le décès à la cocaïne.
Il aura fallu une exhumation et une seconde autopsie pour établir que la contention en position ventrale avait contribué au décès.
Même constat pour l'affaire Stefano Cucchi, mort en 2009, où la justice avait tâtonné pendant six ans en suivant des pistes erronées avant que ne s'ouvre le procès des carabiniers. Une quête de vérité aujourd'hui compromise par le nouveau cadre légal.
L'insoutenable réalité des images et le précédent européen
L'autopsie de Abderrahim Fakir s'annonce comme une étape décisive, tandis que les vidéos amateurs de l'interpellation pèsent déjà lourdement sur le débat public. Pour Me Anselmo, "ce que l'on voit sur ces images est humainement, mais aussi juridiquement, inacceptable".
Il rappelle que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a condamné l’Italie, en janvier 2026, dans l’affaire Riccardo Magherini. Elle a constaté une double violation de l’article 2 de la Convention, qui protège le droit à la vie : sur le fond, parce que la contention en position ventrale, maintenue au-delà de ce qui était nécessaire, avait contribué au décès ; et sur le plan procédural, en raison du manque d’indépendance de certains actes d’enquête.
Alors que les prochains jours seront déterminants, la famille de Abderrahim Fakir, soutenue par la diplomatie marocaine, s'apprête à mener un long combat juridique. Face à ce qu’il considère comme la tentation de l’appareil d’État de s’autoprotéger, Me Fabio Anselmo promet de faire entendre la voix de la justice, dans le sillage des combats qu'il mène depuis des décennies pour les droits humains en Italie.
à lire aussi
Article : Croissance à 5,3%, déficit à 3%, dette… les prévisions de clôture 2026 que Fettah a présentées au Parlement
La ministre de l’Économie et des Finances a présenté aux parlementaires l’état d’exécution de la loi de finances 2026 et les grandes orientations budgétaires pour 2027-2029. Croissance revue à la hausse, déficit contenu, dette jugée soutenable et poursuite des grands chantiers sociaux : voici les principaux éléments de son exposé.
Article : Bourse : quels secteurs résistent à la baisse du marché ?
Alors que le MASI perd plus de 6% depuis le début de l’année, les mines et les assurances restent parmi les rares secteurs en hausse. La progression des minières est partagée par les trois valeurs cotées, mais son influence sur le marché repose surtout sur Managem. Dans les assurances, les évolutions sont plus contrastées, avec Sanlam et Wafa Assurance en hausse face au recul d’AtlantaSanad.
Article : Blé tendre : la collecte prolongée, la taxe de 170% maintenue
Le gouvernement prolonge jusqu'au 31 août le dispositif de protection de la récolte nationale de blé tendre, afin de laisser aux minotiers davantage de temps pour atteindre leurs objectifs d'achat. En toile de fond, une collecte qui accuse du retard et des importations toujours freinées par un droit de douane de 170%.
Article : Législatives : l'Istiqlal mise sur la tolérance zéro contre la corruption
À Salé, le Parti de l'Istiqlal a détaillé l'un des cinq engagements de son programme pour les législatives de 2026 : la lutte contre la corruption et les conflits d'intérêts. Le parti défend cinq axes de réforme pour restaurer la confiance des citoyens.
Article : Réseaux sociaux : la France interdit l'accès aux moins de 15 ans
Le Parlement français vient de valider une mesure inédite sur le continent européen visant à bannir les moins de 15 ans des réseaux sociaux pour préserver la santé des adolescents.
Article : Textile : les industriels marocains redoutent l'arrivée d'invendus européens à bas prix
L’interdiction européenne de détruire les vêtements et chaussures invendus pourrait produire des effets bien au-delà des frontières de l’Union européenne. En obligeant les grandes entreprises à privilégier leur maintien en circulation, le nouveau dispositif pourrait favoriser l’exportation de vêtements neufs à prix réduit vers des marchés comme le Maroc. Un scénario qui inquiète un professionnel du textile national.