Blé tendre : la collecte prolongée, la taxe de 170% maintenue
Le gouvernement prolonge jusqu'au 31 août le dispositif de protection de la récolte nationale de blé tendre, afin de laisser aux minotiers davantage de temps pour atteindre leurs objectifs d'achat. En toile de fond, une collecte qui accuse du retard et des importations toujours freinées par un droit de douane de 170%.
L'essentiel
- Le gouvernement suspend à nouveau les droits d’importation sur les ovins vivants et les viandes issues de bovins, d’ovins, de caprins et de camélidés. Il modifie également ceux appliqués aux abats.
- L’objectif est de renforcer l’offre sur le marché, de laisser au cheptel national le temps de se reconstituer et de contenir des prix toujours très élevés.
- Cette mesure avait déjà été expérimentée sans réel effet sur les prix. Seules 91.000 têtes avaient été importées entre janvier et juin 2025.
- Les professionnels préviennent toutefois que ces exonérations ne suffiront pas tant que les déséquilibres structurels de la filière, le poids des intermédiaires et les problèmes de traçabilité ne seront pas résorbés.
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Les détails
Le Conseil de gouvernement a examiné et adopté ce mercredi 22 juillet 2026 un projet de décret portant sur la prolongation de la perception du droit d'importation sur le blé tendre et ses dérivés. Cela signifie que les importations resteront soumises à un droit de 170%, ce qui devrait continuer à en limiter fortement l’intérêt économique. Selon une circulaire publiée ce mercredi même par l’Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL), la période de collecte primable est prolongée jusqu’au 31 août.
Cette mesure était attendue par les professionnels du secteur, notamment les minotiers. Elle était en discussion depuis plusieurs jours et devait initialement être officialisée le 24 juillet prochain, à l'occasion du conseil d'administration de l'ONICL.
La raison derrière cette prolongation est simple. Le volume de blé tendre issu de la récolte nationale de la campagne agricole 2025-2026 que l'État s'était fixé comme objectif de collecter n'a pas encore été atteint pour plusieurs raisons.
Les minotiers encore loin du compte
Au 15 juillet, moins de 12 millions de quintaux (Mq) avaient été collectés par les minotiers. L’objectif fixé par l’État début juin est compris entre 15 et 20 Mq, dont au moins 80% devaient être collectés à la mi-juillet.
Bien qu’ils soient engagés à collecter le blé national, les minotiers se disent confrontés à plusieurs facteurs exogènes qu’ils ne peuvent pas maîtriser, au premier rang desquels figure l’augmentation des prix de vente du quintal par les agriculteurs. Les minotiers font ainsi face à un phénomène de rétention.
La pluviométrie a été clémente cette année après six années de sécheresse. Le chiffre définitif de la production nationale de céréales, et notamment de blé tendre, n’a toutefois pas encore été annoncé. Le ministère de l’Agriculture s’attend à une production céréalière d’environ 90 Mq, dont près de 44 Mq de blé tendre. Les prix de vente du quintal pratiqués par les agriculteurs restent toutefois élevés.
Ces derniers expliquent cette rétention par le prix de revient élevé des céréales, avoisinant les 4 DH/kg, soit 400 DH/q. De leur côté, les minotiers peuvent acheter le blé à un prix supérieur au prix référentiel fixé par l’État, mais ce surcoût risque de déséquilibrer l’économie de l’opération s’il n’est pas compensé. Le prix de la farine, puis celui du pain risquent alors d’être impactés. Si le prix d’achat du quintal augmente sans soutien de l’État, toute l’équation économique sera remise en cause.
En effet, dans une circulaire datant de mi-mai, l’ONICL a fixé le prix référentiel cible d’achat du blé tendre de la production nationale de la récolte de 2026 à 280 DH/ql. Ce prix intègre toutes les charges, taxes et marges inhérentes à l’achat auprès des producteurs et à la livraison à la minoterie industrielle.
En dehors de la question des prix et du phénomène de rétention, le retard de la collecte s’explique également par le manque de moissonneuses-batteuses dans certaines régions, la pénurie de main-d’œuvre agricole, la célébration de Aïd al-Adha fin mai qui avait perturbé les travaux dans les champs, ainsi que le retard de maturation des céréales.
La période de collecte prolongée jusqu’au 31 août
Au vu de la situation, et pour favoriser la collecte de la récolte nationale de blé tendre, la période de collecte est prolongée jusqu’au 31 août.
Une circulaire de l’ONICL a été publiée dans ce sens ce mercredi 22 juillet. Elle précise que "la période de collecte primable est fixée entre le 1ᵉʳ juin et le 31 août 2026", au lieu du 31 juillet.
Cette période peut toutefois être "réduite ou prorogée en fonction de l'état d'avancement de la collecte et de l'approvisionnement". Cette faculté concerne uniquement la période de collecte primable. Le régime applicable aux importations et aux droits de douane relève, lui, des décisions du gouvernement et ne découle pas de cette circulaire.
La prolongation de la collecte primable étend jusqu’au 31 août la période pendant laquelle les achats effectués par les organismes stockeurs peuvent bénéficier de la prime de magasinage.
Dans le détail, l’ONICL explique que "les achats de blé tendre de production nationale de la récolte 2026, effectués par les organismes stockeurs durant la période de collecte primable, bénéficient d'une prime de magasinage de 2,50 DH/q et par quinzaine".
Par ailleurs, "afin de constituer un stock stratégique de la production nationale, les achats de blé tendre de production nationale de la récolte 2026, effectués par les organismes stockeurs durant la période de collecte primable, bénéficient d'une prime de stockage de 3 DH/q et par quinzaine à partir du 1er septembre 2026", au lieu du 1er août.
Les conditions de constitution de ce stock sont arrêtées comme suit : "La quantité maximale éligible à la prime de stockage est de 8 millions de quintaux (Mq) durant la période allant du 1er septembre au 31 octobre 2026. Elle est réduite à 6 Mq durant la période allant du 1ᵉʳ novembre au 31 décembre 2026 et à 4 Mq durant la période allant du 1ᵉʳ janvier 2027 au 28 février 2027".
Rappelons que le Maroc a rétabli depuis le 1er juin 2026 la perception des droits d’importation sur le blé tendre et ses dérivés, fixés à 170%.
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