CMT : entrée d’Ayrad, prise de contrôle… quelle lecture pour le marché ?

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Par | Le 30/3/2026 à 15:44
L’entrée d’Ayrad au capital de CMT et la perspective d’une prise de contrôle redessinent la lecture du titre en bourse. Les analystes y voient un signal de confiance, dans un contexte de reprise du secteur, tout en intégrant des éléments de risque qui continuent de peser sur la visibilité.

La Compagnie minière de Touissit (CMT) a annoncé une opération majeure portant sur la recomposition de son capital, marquée par l’entrée d’Ayrad Group Limited à travers l’acquisition indirecte de 37,04% du capital, aux côtés de la CIMR, avec en perspective une prise de contrôle conjointe et le lancement d’une offre publique d’achat obligatoire.

À la date du 30 mars, le titre reste suspendu à la Bourse de Casablanca, après une décision prise le 27 mars à la demande de l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC).

Comment cette opération est-elle appelée à redéfinir la lecture du titre par le marché ? Et dans quelle mesure constitue-t-elle un véritable tournant pour le dossier ?

Cette annonce intervient dans un contexte particulier pour CMT, marquée ces dernières années par plusieurs contentieux, dont un litige douanier d’envergure toujours en cours d’examen en appel.

Un signal positif pour le marché, porté par un nouvel actionnaire et une dynamique déjà perceptible

L’opération annoncée par la CMT s’impose d’abord comme un signal positif pour le marché. La recomposition du capital, avec l’entrée d’Ayrad Group Limited à hauteur de 37,04%, relance la lecture du dossier et repositionne le titre dans le radar des investisseurs.

"L’arrivée de ce nouvel actionnaire constitue clairement un signal positif. Le marché y voit un retour de confiance et un potentiel de création de valeur", explique un analyste de la place contacté par Médias24. "Je pense qu’on sort d’une période où le titre a perdu en visibilité, donc ce type d’annonce change immédiatement la perception".

"On parle d’un acteur émirati avec une logique d’opérateur minier. C'est quelqu’un qui connaît le secteur et qui s’inscrit dans une vision industrielle. Cela apporte de la crédibilité au dossier", poursuit-il.

Or, ce positionnement fait écho à ce que l’on observe déjà sur le marché marocain, avec des investisseurs émiratis présents dans le tour de table de grandes valeurs, dans une logique de long terme. Etisalat, actionnaire de référence de Maroc Telecom, ou encore Taqa Morocco, illustrent cette présence. "Ces acteurs arrivent avec une vision long terme, et le marché a tendance à l’intégrer rapidement", précise l’analyste.

Sur les trois jours avant la publication officielle, le cours de CMT est passé de 3.060 DH à 3.500 DH, soit une progression de plus de 14%. Dans le même temps, les volumes ont fortement accéléré, atteignant plus de 26 MDH le 26 mars, contre des niveaux habituellement observés autour de quelques millions de dirhams par séance.

"On a clairement vu une montée en puissance des volumes et du cours sur ces trois séances. Ce type de situation correspond généralement à des prises de position de gros investisseurs".

Disons-le autrement : "Ce type de séquence traduit un marché déjà en mouvement. Il y a eu une circulation d’informations, même partielle. Il s'agit d'investisseurs qui se repositionnent avant une annonce".

Une dynamique portée par les métaux précieux, mais une visibilité encore encadrée

La trajectoire récente de la CMT s’inscrit dans un contexte particulièrement favorable aux valeurs minières. Depuis le début de l’année 2026, le titre affiche une progression de plus de 90%, porté par la hausse des cours des métaux, notamment de l’argent, qui soutient l’intérêt des investisseurs pour le secteur.

"C’est courant, cet appétit pour les valeurs liées aux matières premières, dans un environnement de marché orienté vers les actifs tangibles dans un contexte d’incertitude mondiale".

"Mais le dossier du litige avec la douane reste à suivre. En novembre 2025, la CMT a été condamnée en première instance à une amende de plus de 2,3 milliards de dirhams au profit de l’Administration des douanes, dans une affaire liée à des transferts financiers jugés irréguliers". La société a fait appel dans la foulée, plaçant le dossier à ce stade dans une phase judiciaire ouverte, dont l’issue reste déterminante pour la visibilité du titre.

Une opération structurée pour reprendre le contrôle d’un actif stratégique

"Ayrad rachète 100% d’OSEAD Fund, une entité basée au Luxembourg, qui détient indirectement cette participation dans CMT via la société marocaine OMM. Autrement dit, le contrôle change de mains au sommet de la structure, sans passer par le marché".

"Ce choix permet de sécuriser immédiatement un bloc stratégique, sans dépendre de la liquidité du titre ni d’un processus d’accumulation progressive. On est face à une opération négociée de gré à gré, préparée en amont, avec un objectif de reprendre la main rapidement sur un actif jugé stratégique".

"Et puis Ayrad n’avance pas seul. Le schéma repose sur une prise de contrôle conjointe avec la CIMR qui détient 16,12%, appelée à être formalisée à travers un pacte d’actionnaires. Ce montage installe un équilibre entre un opérateur industriel et un institutionnel local déjà présent au capital. Pour le marché, cette combinaison apporte à la fois une logique de développement et un ancrage dans le temps".

Dans la foulée, une offre publique d’achat obligatoire doit être lancée sur l’ensemble du capital. Et là, la lecture devient immédiatement plus concrète pour les investisseurs. Une OPA introduit un nouveau point de référence : elle pose la question du prix implicite du contrôle et du niveau de valorisation que les nouveaux entrants sont prêts à défendre.

Enfin, l’opération s’accompagne d’un règlement avec l’Office des changes (182 MDH), à travers un accord transactionnel. "Là encore, il a été cohérent de clarifier une partie du passif réglementaire afin de stabiliser la lecture du dossier au moment du changement d’actionnariat".

Au final, "on dépasse largement le cadre d’une simple cession de participation. L’ensemble ressemble à une reprise en main progressive d’un actif qui avait accumulé, au fil des années, plusieurs sources d’incertitude. Le nouveau montage redonne une structure lisible, introduit un acteur industriel et prépare une recomposition complète du capital".

Des fondamentaux solides qui accompagnent la relecture du dossier

La performance opérationnelle de CMT s’inscrit dans une dynamique claire de progression, soutenue à la fois par l’environnement des métaux et par une amélioration de l’efficacité industrielle.

Le chiffre d’affaires consolidé en 2025 atteint près de 690 MDH, en hausse de 18%, tandis que le résultat d’exploitation progresse à 388 MDH, soit une croissance de 30%. Dans le même mouvement, la marge d’exploitation s’élève à 56%, traduisant un meilleur niveau de rentabilité et une gestion plus fine des coûts.

Cette évolution se reflète directement dans le résultat net, qui s’établit à près de 196 MDH, marquant un retour à un niveau de profit cohérent avec le profil industriel de la société. Dans le même temps, la capacité d’autofinancement dépasse 260 MDH, confirmant la capacité de la CMT à générer des flux internes solides et à soutenir ses projets de développement.

La forte appréciation des cours des métaux, en particulier l’argent, en hausse de 75%, soutient directement les revenus et les marges. Cette sensibilité aux prix des matières premières s’impose comme un levier central dans la lecture du titre, en lien direct avec le positionnement de la CMT sur les concentrés argentifères et de zinc.

Dans cette dynamique, les avancées industrielles renforcent la crédibilité du modèle. La mise en production du nouveau puits d’Ighrem Aousser, ainsi que la progression du projet cuprifère de Tabaroucht, viennent élargir la base productive et inscrire la société dans une logique de développement à moyen terme. La certification des réserves selon la norme internationale NI 43-101 apporte, elle aussi, une meilleure lisibilité sur la qualité des ressources.

Ainsi, la lecture des résultats met en évidence un point central : le socle opérationnel de la CMT s’inscrit dans une trajectoire de croissance et de rentabilité. Ce socle vient soutenir la dynamique boursière observée depuis le début de l’année et accompagne la nouvelle phase ouverte par la recomposition du capital.

Dans le même temps, la structure financière conserve des éléments à suivre de près, avec un niveau de provisions pour risques et charges supérieur à 330 MDH, qui s’intègre dans la lecture globale du dossier.

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Source: medias24.com

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