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Energie

Gaz : pourquoi la production nationale s’effondre au pire moment

En 2025, la production nationale de gaz naturel a chuté de 40 %, passant sous les 25 millions de mètres cubes par an. Alors que l’opérateur britannique SDX Energy est à l’arrêt faute de moyens, l’enjeu est désormais de sécuriser l’approvisionnement des industriels, au moment où les tensions mondiales renchérissent l’énergie. Le champ de Tendrara est attendu dès le second semestre 2026 pour relancer une offre locale devenue stratégique.

Gaz : pourquoi la production nationale s’effondre au pire moment
Champ gazier de Sdx Energy
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Le 28 mai 2026 à 15h08 | Modifié 1 juin 2026 à 17h30

L’essentiel :

  • La production marocaine de gaz est tombée à 24 millions de m³ en 2025, sous l'effet d'une chute de 82 % de la production dans le gisement du Gharb, réduit à 3 millions de m³.
  • En 2026, la compagnie britannique SDX Energy, qui assurait la production de plusieurs puits, a perdu la majorité de ses permis et concessions. Faute de moyens financiers, elle n’a pas pu relancer la production de gaz dans le Gharb.
  • L'ONHYM a remis ces permis sur le marché en avril 2026, regroupés sous le nouveau bloc "Gharb Ouest".

La production gazière marocaine a certes atteint un plancher historique, sur fond de défaillance de SDX Energy. Mais la mise en service imminente de Tendrara, conjuguée au potentiel pour le moment inexploité de Chariot Energy et aux perspectives du Gazoduc Afrique-Atlantique, ouvre la voie, à court et moyen termes, à une recomposition du paysage gazier national.

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Les détails :

La production nationale de gaz naturel a poursuivi sa chute, enregistrant une baisse annuelle de 40 %, passant de 40 millions de mètres cubes en 2024 à seulement 24 millions de mètres cubes en 2025.

Avant 2023, cette production oscillait autour de 100 millions de mètres cubes par an. Bien qu'insuffisante pour alimenter la production électrique, elle couvrait néanmoins une partie des besoins industriels du pays.

Ce gaz provient de deux gisements, celui du Gharb et celui de Meskala. Le gisement de Meskala, situé aux environs d'Essaouira, est dédié à l'approvisionnement des usines du groupe OCP à Youssoufia, tandis que celui du Gharb alimentait les industriels de la zone industrielle de Kénitra.

Le gaz du Gharb au plus bas depuis le début de son exploitation

En 2025, le Gharb n'a produit que 3 millions de mètres cubes, contre 17 millions en 2024, soit une chute de près de 82 %.

En 2023, la production du gisement était déjà passée pour la première fois sous la barre des 50 millions de mètres cubes. Ce gaz, acheminé par un réseau de pipelines, constituait un atout stratégique pour attirer les industries lourdes à Kénitra (voitures, agroalimentaire, chimie…).

La compagnie britannique SDX Energy avait d'ailleurs signé plusieurs contrats d'approvisionnement avec des industriels gros consommateurs de gaz, le dernier en date concernant une usine de production de jantes en aluminium.

Cette baisse pourrait laisser penser à un épuisement des réserves du Gharb, mais il n'en est rien. Il s'agit plutôt de l'épuisement des puits actuellement en production, sachant que d'autres puits potentiels restent encore à forer.

De son côté, le gisement de Meskala a produit 21 millions de mètres cubes de gaz en 2025, contre 23 millions en 2024, soit une baisse d'environ 8,7 %. En plus du gaz, le gisement a également généré 2.500 mètres cubes de condensats, une matière première pour le raffinage, l'industrie pétrochimique et la dilution d'huiles lourdes très visqueuses.

SDX Energy à l'arrêt : l'ONHYM remet les permis sur le marché

Depuis 2023, la compagnie britannique SDX Energy, opératrice du gisement, traverse de graves difficultés financières, malgré sa relance par un nouvel investisseur.

Gaz : pourquoi la production nationale s’effondre au pire moment

Gaz : pourquoi la production nationale s’effondre au pire moment
En 2026, l'ONHYM a récupéré l'ensemble des permis précédemment octroyés à la compagnie britannique SDX. Cette dernière n'a procédé ni au renouvellement ni à la cession de ses actifs productifs.

Faute de moyens financiers, ce blocage compromet plusieurs projets pourtant déjà annoncés par la compagnie, notamment le forage de deux puits sur les prospects dérisqués KSR-22 et OLME-A, destinés à relancer la production, ainsi qu'un programme d'acquisition sismique 3D prévu en 2025. Tous ces projets sont restés lettre morte en raison des contraintes financières de l'opérateur.

Dans sa dernière mise à jour des blocs de recherche pétroliers octroyés, publiée fin avril 2026, l'ONHYM affiche désormais comme libres à l'attribution les permis d'exploration auparavant détenus par SDX Energy. Plus précisément, les trois accords pétroliers portant sur les zones de Sebou Centrale, Gharb Occidental et Lalla Mimouna Sud ont été regroupés en un seul permis d'exploration, "Gharb Ouest".

En l'absence de renouvellement, les concessions d'exploitation de SDX arrivent elles aussi à échéance les unes après les autres, la dernière en date, Ksiri Ouest, devant expirer en octobre 2026.

Gharb et Loukkos, deux pépites de gaz industriels en quête de repreneurs

Le potentiel gazier du Gharb ne se limite pas aux puits actuellement exploités par SDX Energy. Une relance reste possible grâce à la reprise des actifs par un nouvel opérateur, qui pourrait poursuivre le développement du gaz biogénique du bassin. À cela s'ajoute le potentiel de la licence onshore de Loukos, située dans la région de Larache et opérée par la compagnie britannique Chariot Energy.

Cette dernière a déjà foré deux puits, dont un s'est révélé productif et apte à la commercialisation sous forme de gaz naturel comprimé (GNC), à l'image du modèle développé par SDX Energy dans le Gharb. Cumulé, le potentiel à vérifier sur l'ensemble de ces actifs avoisine les 2 milliards de mètres cubes.

Chariot Energy est actuellement en négociation pour faire entrer un nouveau partenaire sur sa licence onshore de Loukos, ainsi que sur sa licence offshore Lixus. Son champ phare, Anchois qui cumule des ressources d’environ 18 milliards de mètres cubes, devrait être redimensionné afin d'en assurer une exploitation économiquement viable. À ce jour, aucun calendrier concret de développement d’Anchois n'a été annoncé par la compagnie britannique.

À partir du deuxième semestre de 2026, le gaz de Tendrara à la rescousse des industriels de Kenitra

En raison du blocage du détroit d'Ormuz, l'offre gazière mondiale s'est contractée, provoquant une flambée des prix et des difficultés d'approvisionnement pour les industries lourdes dépendantes du gaz, à l'image de la céramique, des engrais, du ciment et de la chimie. Une situation qui s'ajoute, au Maroc, à la baisse progressive de la production nationale.

Cette tension devrait toutefois s'atténuer prochainement avec l'entrée en production commerciale imminente du champ de Tendrara, prévue à partir du second semestre de l'année en cours.

Dans l'attente de son raccordement au réseau, prévu dans la phase 2 du projet Tendrara, le gaz produit sera acheminé par camion depuis la région de l'Oriental. Dans sa première phase de production, Tendrara devrait produire 100 millions de mètres cubes par an, dépassant pour la première fois le pic historique de la production nationale, et sera intégralement destiné aux besoins industriels.

Aujourd'hui, trois champs apparaissent comme stratégiques pour relancer la production gazière du pays : Tendrara, Anchois et Guercif. Tous trois se situent à proximité du Gazoduc Maghreb-Europe (GME), atout majeur pour leur valorisation.

Le projet de développement de l'infrastructure gazière, en suspens depuis le début de l'année 2026, prévoyait à l'horizon 2027 non seulement la création d'un point d'importation de GNL au port de Nador West Med, mais aussi le raccordement de ces champs au réseau national.

Au-delà de l'enjeu énergétique, ce projet représente une véritable opportunité économique pour les zones industrielles de Kénitra et de Mohammedia, dont il pourrait accélérer l'émergence, car le transport par pipeline est en effet bien plus compétitif que la route. D'où la nécessité d'une relance de ce projet avant la fin de cette année.

Ces nouvelles opportunités prennent également tout leur sens à moyen terme dans la perspective du futur gazoduc Afrique-Atlantique, dont la première phase doit relier les gisements du Sénégal et de la Mauritanie au Maroc à l'horizon 2030.

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