Gazoduc Nigeria-Maroc. Le projet qui veut redessiner la carte énergétique de l’Afrique (Amina Benkhadra)
Dans un contexte de recomposition des marchés mondiaux de l’énergie, le gazoduc Atlantique Africain s’impose comme un projet structurant pour l’Afrique et l’Europe. Pour Amina Benkhadra, DG de l’ONHYM, ce corridor gazier pourrait redéfinir durablement les équilibres énergétiques des deux continents voisins. Explications.
À l’heure où les tensions géopolitiques bouleversent les flux énergétiques mondiaux, le gazoduc Afrique Atlantique (AAGP), reliant le Nigeria au Maroc, se distingue comme l’un des projets les plus ambitieux du continent. Pensé à l’échelle régionale, il dépasse largement le cadre d’un simple projet d’exportation. À terme, il s’impose comme une infrastructure clé d’intégration économique et énergétique.
Un projet continental aux ambitions multiples
Le gazoduc s’étend le long de la façade atlantique. Il traversera treize pays d’Afrique de l’Ouest. Rejoignant, en aval, le Maroc, il permettra d’acheminer les vastes réserves gazières nigérianes vers un réseau régional intégré, avec, via le gazoduc Maghreb-Europe, des connexions potentielles vers l’Europe.
Sollicitée par Médias24, la directrice générale de l’Office national des hydrocarbures marocains (ONHYM) estime que ce projet constitue une véritable plateforme d’intégration énergétique régionale. En somme, il ne se limite pas à une logique d’exportation.
De plus, en reliant les marchés africains et européens, Amina Benkhadra explique que le gazoduc Afrique Atlantique permettra de créer un corridor énergétique inédit à l’échelle du bassin atlantique.
Une colonne vertébrale économique pour l’Afrique de l’Ouest
Selon notre interlocutrice, il a été pensé comme une infrastructure multi-usages. Il vise, à la fois, à valoriser les importantes réserves de gaz du Nigeria et à alimenter les économies ouest-africaines en énergie fiable.
"Le gazoduc répond simultanément à plusieurs objectifs : sécuriser l’offre, stimuler la demande régionale et créer un pont énergétique vers les marchés internationaux", explique Amina Benkhadra. Elle ajoute que ce projet, qui devrait desservir 400 millions de personnes, favorisera l’émergence d’un véritable marché régional du gaz, réduisant la dépendance aux importations et renforçant l’intégration économique du continent africain.
Une mise en œuvre progressive pour sécuriser l’investissement
Depuis son lancement en 2016 dans le cadre d’une vision portée par le Roi Mohammed VI et l’ancien président nigérian Muhammadu Buhari, aujourd’hui poursuivie par Bola Ahmed Tinubu, des avancées majeures ont été réalisées. Des études de faisabilité ont été achevées, un tracé défini, des accords signés avec les pays concernés, ainsi qu’un accord intergouvernemental adopté par la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CÉDÉAO) fin 2024.
Amina Benkhadra rappelle également qu’un de ses atouts majeurs réside dans sa stratégie de développement par phases. De premières connexions concerneront le Ghana et la Côte d’Ivoire au sud, ainsi que le Maroc, le Sénégal et la Mauritanie au nord.
"Une approche progressive qui permettra de générer une demande régionale dès les premières étapes et de limiter les risques financiers", explique la directrice générale. Elle ajoute que ce modèle devrait renforcer la bankabilité du projet et sa résilience face aux évolutions du marché.
Un levier d’industrialisation pour le continent
Au-delà de l’approvisionnement énergétique, notre interlocutrice souligne que le gazoduc devrait jouer un rôle déterminant dans le développement industriel de l’Afrique de l’Ouest. Elle cite la nécessité d’accéder à un gaz fiable pour soutenir la production d’électricité, les industries lourdes et minières.
"Le projet constitue une véritable colonne vertébrale pour l’industrialisation régionale", affirme Amina Benkhadra. Pour elle, la création de zones industrielles et de marchés énergétiques intégrés pourrait, grâce à l’AAGP, accélérer la transformation économique de toute la région.
Une opportunité stratégique pour l’Europe
En outre, l’Europe voit dans ce corridor une alternative crédible. Il offre une nouvelle route d’approvisionnement stable et compétitive entre les deux continents, dans un contexte de crise énergétique poussant les marchés consommateurs à diversifier leurs sources d’approvisionnement.
"L’accès à des marchés extérieurs renforce considérablement la viabilité économique du projet", souligne Amina Benkhadra. Pour elle, la double dimension régionale et internationale constitue l’un des principaux atouts du projet.
Le Maroc, futur hub énergétique régional
À l’extrémité nord du corridor se situe le Maroc. De ce fait, le développement de ses infrastructures gazières et ses interconnexions avec l’Europe lui permettront de devenir un hub énergétique stratégique.
Du fait de sa position, le Maroc jouera un rôle de passerelle entre les ressources africaines et les marchés mondiaux, renforçant son rôle dans les échanges énergétiques entre l’Afrique et l’Europe.
Amina Benkhadra conclut que, dans le contexte actuel marqué par la flambée des prix gaziers, ce projet devrait redéfinir la géographie énergétique du continent et ouvrir un nouveau corridor stratégique entre l’Afrique et le reste du monde.
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