Le Maroc en retard sur le Nouveau Modèle de développement, la trajectoire actuelle est insuffisante (BM)
Cinq ans après le lancement du Nouveau Modèle de développement (NMD), le Maroc avance, mais pas encore au rythme requis. Les réformes engagées améliorent la trajectoire, sans suffire à atteindre les objectifs fixés pour 2035. Pour rattraper cette échéance, le pays doit combiner des marchés plus efficaces, des entreprises plus dynamiques et un investissement public mieux ciblé. Il doit aussi mieux intégrer les femmes et les jeunes au marché du travail.
L’essentiel :
- Cinq ans après le lancement du NMD, les réformes engagées ont donné un élan à l’économie, mais elles ne suffisent pas encore à placer le pays sur la trajectoire prévue.
- Les écarts sont visibles sur l’emploi, l’activité des femmes et la croissance, qui restent en dessous des objectifs du NMD.
- Selon la Banque mondiale, au rythme actuel, le doublement du revenu par habitant serait atteint autour de 2044, soit neuf ans après l’échéance du NMD.
- Pour tenir l’échéance de 2035, le Maroc doit accélérer les réformes sur les marchés, les entreprises, l’investissement public et l’intégration des femmes et des jeunes sur le marché du travail.
- Si ces réformes sont menées de façon cohérente, la Banque mondiale estime qu’en 2035 le PIB réel pourrait être 17% plus élevé que dans une trajectoire où le Maroc continuerait au rythme actuel, avec l’équivalent de 1,7 million d’emplois supplémentaires ou améliorés.
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Les détails :
Le Nouveau Modèle de développement (NMD), lancé en mai 2021, constitue un référentiel national de transformation à l’horizon 2035. Il porte l’ambition de faire passer le Maroc à un nouveau palier de développement, plus productif, plus inclusif et surtout plus créateur d’emplois.
Parmi ses principaux objectifs figurent le doublement du PIB par habitant à l’horizon 2035, le relèvement du taux d’activité des femmes à 45% et la formalisation de 80% de l’emploi.
Le gouvernement a été installé quelques mois après le lancement du NMD. Cette proximité temporelle a nourri l’idée qu’il devait être, en quelque sorte, le premier gouvernement chargé de traduire ce nouveau référentiel en politiques publiques.
Le chef du gouvernement mentionnait, devant les deux Chambres du Parlement, l’engagement de mettre en œuvre le contenu du NMD, confirmant ainsi que l’action gouvernementale devait s’inscrire dans cette orientation.
Dans son programme 2021-2026 (p. 21), le gouvernement avait retenu plusieurs engagements chiffrés. Il promettait de créer au moins un million d’emplois nets sur cinq ans, de porter le taux d’activité des femmes à plus de 30% au lieu d’environ 20% au moment de la présentation du programme, et de porter le rythme de croissance à 4% sur la période du mandat.
Ces engagements ne reprenaient pas exactement les objectifs du NMD, ce qui est normal. Le NMD fixe un cap à l’horizon 2035, tandis qu’un gouvernement agit sur un mandat de cinq ans. Mais les deux trajectoires devaient aller dans le même sens. Si l’action gouvernementale ne pouvait pas réaliser seule l’ambition nationale, elle devait rapprocher le pays du rythme nécessaire.
Le Maroc avance-t-il à la vitesse nécessaire pour atteindre les objectifs du NMD ?
D’abord, le développement est une affaire de long terme. Il suppose des réformes institutionnelles, une transformation du tissu productif, une montée en gamme de l’école, une meilleure qualité et une plus grande efficience de l’investissement public, mais aussi, et surtout, un secteur privé plus dynamique et un marché du travail capable d’absorber les jeunes et les femmes.
Il faut aussi tenir compte du contexte. Le gouvernement a travaillé dans une période difficile, marquée par la sortie du Covid, l’inflation de 2022 et 2023, les sécheresses, les tensions budgétaires et le coût de la généralisation de la protection sociale. Ces chocs ont réduit les marges de manœuvre.
Malgré cela, des chantiers importants ont avancé, notamment dans la protection sociale, les aides directes, la fiscalité, l’investissement, certains volets de l’État social et les mesures de soutien au pouvoir d’achat.
Mais la question reste la même. Est-ce que cela suffit pour mettre le pays sur la trajectoire du NMD ? Pour l’instant, la réponse est non.
Nous sommes désormais à environ un tiers de la période prévue pour atteindre les objectifs du NMD. Si l’on se limite aux objectifs liés à l’emploi et à la croissance, le constat est assez clair. Données à l’appui, l’écart reste significatif entre ce qui a été réalisé et les objectifs fixés.
L’emploi illustre bien ce décalage. Sur la période 2022-2025, la création nette d’emplois n’a été que de 95.000 postes. Le taux d’activité des femmes n’a pas progressé. Il a même reculé, passant de 20,9% en 2021 à 19% en 2025. Le chômage, lui, a augmenté sur la période.
Le même constat vaut pour la croissance économique. Le taux annuel moyen de croissance s’établit à 3,5% sur la période. Ce niveau reste inférieur aux 4% prévus par le programme gouvernemental et très éloigné du rythme supérieur à 6% nécessaire pour réaliser les objectifs du NMD. Il pourrait éventuellement être atteint moyennant une très bonne performance en 2026.
Certes, les investissements récents ont permis de réaliser une croissance relativement importante en 2024 et 2025. Mais il ne suffit pas d’avoir plus de croissance. Il faut une croissance qui transforme réellement la vie économique. Une croissance capable de créer des emplois, notamment formels. Une croissance qui permette aux jeunes diplômés de trouver leur place. Une croissance qui offre aux femmes de vraies possibilités d’entrer sur le marché du travail, mais aussi d’y rester durablement.
Le gouvernement peut donc défendre une partie de son bilan. Il y a eu des réformes, des chocs et des contraintes. Mais les résultats obtenus sur les quatre premières années restent insuffisants pour atteindre le rythme exigé par le NMD.
Comment rattraper l’échéance 2035 ?
Le récent rapport de la Banque mondiale apporte une réponse à cette question. Ses projections ne montrent pas que le NMD est irréaliste, mais plutôt que la trajectoire actuelle demeure insuffisante, même en tenant compte des réformes engagées.
Il convient toutefois de souligner que le Maroc ne part pas de zéro. Selon les simulations, les réformes en cours relèveraient le potentiel de croissance à moyen terme d’environ 0,6 point par an, pour atteindre une moyenne de 4,2%.
Mais ce rythme reste inférieur aux 6,9% nécessaires pour atteindre les objectifs du NMD d’ici 2035, notamment le doublement du PIB par habitant. Dans ce scénario, selon la simulation de la Banque mondiale, le Maroc ne doublerait son revenu par habitant de 2023 qu’autour de 2044, soit neuf ans plus tard que l’échéance prévue par le NMD.
Donc, les réformes actuelles améliorent la trajectoire. Les grands investissements donnent un élan. Mais l’ensemble ne suffit pas encore pour atteindre la cible de 2035.
Par ailleurs, ce que le Maroc doit changer maintenant, c’est la qualité de sa croissance. Il faut mieux orienter les investissements. Il faut aussi aller au-delà du soutien à l’activité par les grands projets et créer un tissu d’entreprises capables de grandir, d’innover, d’exporter et de recruter. Autrement dit, il faut une croissance qui crée des emplois productifs et surtout formels et mieux rémunérés.
La Banque mondiale chiffre aussi les gains possibles d’une accélération des réformes. Un paquet cohérent portant sur l’efficacité des marchés, le dynamisme des entreprises, la qualité de l’investissement public et la participation des femmes et des jeunes pourrait placer le PIB réel 17% au-dessus du scénario de référence en 2035.
À noter que ces 17% ne correspondent pas à la croissance totale du PIB. Il s’agit d’un gain supplémentaire par rapport à la trajectoire actuelle si elle est maintenue.
Le même paquet de réformes pourrait générer l’équivalent de 1,7 million d’emplois supplémentaires ou améliorés d’ici 2035, selon l’indicateur "more and better jobs" utilisé par la Banque mondiale.
Cette transformation demande de lier les réformes entre elles. Si le Maroc augmente seulement le nombre de personnes qui cherchent un emploi, sans créer assez d’emplois productifs, il risque d’avoir plus de chômage ou plus de découragement. Si le Maroc améliore seulement la productivité sans intégrer davantage les femmes et les jeunes, il laissera une partie de son capital humain inutilisée.
La solution est donc dans la combinaison. Des marchés plus ouverts. Des entreprises plus dynamiques. Un investissement public plus efficace. Une meilleure participation des femmes et des jeunes. Et surtout une croissance qui ne soit pas seulement plus forte, mais plus utile.
Le NMD reste atteignable. Mais il ne le sera pas par le simple prolongement des tendances actuelles. Il faudra approfondir les réformes et changer de rythme.
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