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POLITIQUE

Benkirane désavoue-t-il son propre vote sur la Moudawana ?

Le secrétaire général du PJD a présenté, lors d'un meeting à Safi le 25 avril 2026, l'opposition de son parti au Plan d'intégration de la femme au développement comme un titre de gloire électoral. Ce qu'il a oublié de dire, c'est que le retrait de ce plan n'a pas arrêté l'histoire. La réforme historique de la Moudawana en 2004 a été votée à l'unanimité des parlementaires, dont les députés PJD. Une ambiguïté que ce parti traîne depuis vingt-cinq ans.

Moudawana Benkirane PJD
Abdelilah Benkirane et Abdelaziz El Omari, lors des festivités du 1er mai 2026 à Casablanca.
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Le 4 mai 2026 à 15h07 | Modifié 4 mai 2026 à 16h26

Le Parti de la justice et du développement (PJD) a accéléré la cadence de sa campagne électorale. Désormais, les meetings sont nombreux, même si l'on constate, comme à Safi le 25 avril dernier et les jours suivants, une assistance moyenne et une faible interactivité.

À Safi justement, Abdelilah Benkirane a tenu des propos étonnants qui nous autorisent à nous poser des questions quant à son adhésion réelle aux réformes apportées par la Moudawana en matière de condition féminine.

Les faits :

À Safi, Abdelilah Benkirane a livré un discours dans lequel il a notamment cité les moments fondateurs du parti et les batailles qu'il a menées. Parmi elles, il a mis en exergue l'opposition du PJD au Plan d'intégration de la femme au développement, présenté en 1999 par le ministre PPS (Parti du progrès et du socialisme) Saïd Saâdi. Cette opposition, dit-il, a propulsé le parti de 14 à 42 sièges au Parlement. Il a qualifié le plan de "contraire à l'intérêt de la société" et l'a accusé d'être "un plan national dont l'objectif est de modifier la famille marocaine".

Aux élections législatives suivantes, le PJD est ainsi passé de 14 à 42 députés. Une progression que l'orateur impute à la manière dont le parti a "combattu le plan et défendu les valeurs".

L'histoire a tranché :

Le plan Saâdi a effectivement été retiré. Mais ce retrait n'a pas signifié la victoire des conservateurs. En fait, le Roi Mohammed VI a constitué une commission royale, qui a travaillé pendant deux ans, et dont les conclusions ont débouché sur la réforme de la Moudawana de 2004. Le Roi, Amir Al Mouminine, a tranché. Le texte de la Moudawana, présenté au Parlement, a été validé à l'unanimité des membres de l'institution législative. Dont le PJD.

Pourquoi les propos de Benkirane suscitent la circonspection : 

La Moudawana de 2004 est le fruit d'un arbitrage du Commandeur des croyants. De ce fait, il était naturel que le PJD, qui aime à brandir le référentiel islamique du Maroc, vote favorablement.

Mais une fois qu'il l'a fait, est-il opportun de présenter l'opposition au plan Saâdi comme un titre de gloire ? Désavoue-t-il la réforme qu'il a contribué à adopter ?

Ce que cela nous dit :

Cette ambiguïté n'est pas nouvelle. Ce n'est pas la première fois que le PJD joue sur cette corde. En 2015, lors d'un meeting à Casablanca, c'est Abdelaziz El Omari, alors ministre des Relations avec le Parlement, qui avait cru utile de rappeler, comme un fait de gloire, la manifestation du 13 mars 2000 à Médiouna (500.000 personnes mobilisées contre ce même plan d'intégration de la femme, mais pas tous à l'appel du PJD, loin de là). Dans le contexte d'une campagne électorale, ce rappel avait suscité une interrogation légitime : Abdelaziz El Omari acceptait-il la Moudawana réformée, qu'il avait votée ? Et si oui, pourquoi ce retour triomphaliste sur un épisode que l'histoire a précisément rendu caduc ?

Révisions idéologiques : jusqu'où ?

Benkirane lui-même, lors de ce même meeting de 2015, avait évoqué les "révisions idéologiques" accomplies par son parti, sur les institutions, sur la violence politique, sur le rapport à l'État. Mais sur le statut de la femme, il avait gardé le silence.

Il y a là une contradiction que le PJD n'a jamais résolue publiquement. Elle mérite d'être posée clairement, à un moment où le parti cherche à reconstituer une base électorale et à affirmer une identité politique. Les électeurs, et en particulier les Marocaines, ont le droit de savoir si le vote de 2004 était une conviction ou une concession conjoncturelle.

Il y aura cette année un débat sur la future réforme de la Moudawana. Le PJD a déjà pris position.

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Le 4 mai 2026 à 15h07

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