Volailles : forte autosuffisance et dynamique export, l’informel reste un défi de la filière
Le secteur avicole couvre 100% des besoins nationaux en viandes de volailles et en œufs de consommation. Avec près de 800.000 tonnes de viandes produites en 2025, 7 milliards d’œufs et une forte dynamique à l’export, la filière confirme sa solidité. Mais derrière cette performance, le véritable défi reste la structuration de l’aval, encore largement dominé par l’informel.
Avec une production qui couvre 100% des besoins nationaux en viandes de volailles et en œufs de consommation, le secteur avicole marocain confirme son rôle de pilier stratégique dans la sécurité alimentaire du Royaume. Première source de protéines animales pour les ménages marocains, il assure aujourd’hui plus du tiers des apports en protéines animales consommées au niveau national et représente, à lui seul, 55% de la consommation totale de viandes.
En 2025, la consommation de viandes de volailles atteint 23,6 kg par habitant et par an, tandis que celle des œufs s’élève à 191 unités par habitant. Des chiffres qui traduisent la place centrale de cette filière dans le panier alimentaire des Marocains, particulièrement dans un contexte marqué par la cherté persistante de la viande rouge.
"Le Maroc se porte bien en termes de protéines avicoles", affirme Dr Ahmed Daoudi, directeur de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole au Maroc (FISA). "Nous avons une autosuffisance en matière de production avicole. Heureusement, l’élevage avicole constitue aujourd’hui la colonne vertébrale de la protéine animale accessible au consommateur marocain."
En 2025, le secteur a produit près de 654.000 tonnes de viande de poulet de chair et 174.000 tonnes de viande de dinde, soit un total avoisinant les 800.000 tonnes de viandes de volailles. À cela s’ajoutent 7,06 milliards d’œufs de consommation, 542 millions de poussins type chair, 14,2 millions de poussins type ponte, ainsi que 16,6 millions de dindonneaux locaux et 3,6 millions importés.
La filière repose également sur une infrastructure lourde : 4 millions de tonnes d’aliments composés pour volailles produits en une année, 15,3 milliards de dirhams d’investissements cumulés, 48 milliards de dirhams de chiffre d’affaires, et près de 181.000 emplois directs générés.
Pour Dr Daoudi, l’amont de la filière — accouvage, élevage, alimentation animale et encadrement vétérinaire — est aujourd’hui bien structuré. "Les investissements sont colossaux et les professionnels ont déployé énormément d’efforts pour atteindre ces niveaux de production", souligne-t-il.
80% de la filière encore dominée par l’informel
Le véritable défi se situe désormais en aval : transformation, abattage, découpe, distribution et commercialisation.
"Ce qui reste perturbateur dans ce secteur, c’est le segment aval", explique-t-il. Malgré l’existence d’environ 35 abattoirs avicoles agréés, industriels et modernes, une large partie de la production continue de transiter par des circuits traditionnels.
Selon la FISA, près de 80% de la production nationale passe encore par l’informel, notamment à travers les tueries traditionnelles et les circuits de vente du vif, échappant ainsi aux exigences de contrôle sanitaire et de traçabilité.
"La santé du consommateur n’a pas de prix", insiste Dr Daoudi. "Il faut garantir la traçabilité de l’œuf jusqu’à l’assiette du consommateur. La loi est claire : toute unité agroalimentaire doit être agréée et autorisée par l’ONSSA afin d’assurer la sécurité sanitaire des aliments."
Prix des volailles : la logique de l'offre et de la demande
Cette structuration devient d’autant plus urgente que la volatilité des prix continue d’alimenter les tensions sur le marché. Pour le directeur de la FISA, le mécanisme reste simple : l’offre et la demande.
"Quand les prix baissent, personne n’en parle. Mais lorsqu’ils augmentent, tout le monde s’interroge. Le principe est simple : surproduction égale baisse des prix, sous-production égale hausse des prix. L’essentiel reste l’autosuffisance alimentaire", résume-t-il.
Au-delà de la stabilisation du marché, la Fédération plaide pour une montée en gamme de la filière. L’objectif n’est plus seulement de vendre du poulet entier, mais de développer davantage les produits transformés, la découpe, la charcuterie et les produits prêts à la consommation.
"Il faut valoriser davantage. Nous devons diversifier l’offre et moderniser la chaîne aval. La vente du poulet entier ne suffit plus", estime Dr Daoudi.
Dans cette logique, la FISA accompagne les porteurs de projets pour le développement d’abattoirs avicoles industriels et encourage la reconversion progressive des tueries traditionnelles en points de vente approvisionnés par des structures agréées.
Exportations avicoles : 55,2 millions d’œufs exportés en 2025
Le secteur regarde également au-delà des frontières. Depuis 2009, le Maroc exporte des produits avicoles vers plusieurs marchés africains et arabes, notamment la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin, le Gabon, la Tunisie, la République centrafricaine, ainsi que l’Arabie saoudite et les Émirats Arabes Unis.
Les exportations concernent notamment les aliments composés, les œufs à couver, les poussins d’un jour, les œufs de consommation et les produits de charcuterie. En 2025, les exportations de poussins d’un jour ont atteint 1,369 million d’unités, tandis que celles des œufs à couver se sont élevées à 55,233 millions d’unités.
Pour la FISA, cette dynamique s’inscrit aussi dans une logique de coopération Sud-Sud, renforcée par les formations assurées via l’Institut de formation avicole inauguré en 2015.
"Nous exportons notre savoir-faire autant que nos produits. C’est une coopération gagnant-gagnant avec nos partenaires africains, et cela contribue directement à la prospérité du secteur", conclut Dr Daoudi.
Autosuffisant, exportateur et fortement intégré à la consommation quotidienne des ménages, le secteur avicole marocain entre désormais dans une nouvelle phase : celle de la modernisation de l’aval, condition indispensable pour consolider durablement sa compétitivité et protéger la santé du consommateur.
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