L'Algérie cherche à faire contre mauvaise fortune bon cœur. En vain.
En effet, personne ne peut être dupe eu égard au communiqué publié vendredi 17 avril 2026 par le ministère des Affaires étrangères algérien, à la suite des entretiens qu'ont eus à Antalya (Turquie) le ministre Ahmed Attaf et le haut conseiller du président américain pour le monde arabe et l'Afrique, Massad Boulos. À titre de précision, c'est pour participer à l'"Antalya Diplomacy Forum", une sorte de mini Davos de la diplomatie lancé en juin 2021 par Ankara, que les deux hommes se trouvaient dans la cité balnéaire turque.
Dans le communiqué algérien, il est ainsi dit que "cette rencontre a permis de passer en revue la dynamique positive que connaissent les relations algéro-américaines, tant au regard du niveau distingué du dialogue stratégique entre les deux parties que des perspectives prometteuses offertes par les différents axes du partenariat économique entre les deux pays". Avant d'en venir à l'essentiel, c'est-à-dire à l'actualité brûlante dont il a été question au cours de leur échange, à savoir "les évolutions de la situation en Libye et au Soudan, ainsi que les derniers développements de la question du Sahara occidental".
On remarquera, d'emblée, que le Sahara n'a été cité qu'en toute fin de communiqué, comme s'il s'agissait d'un dossier annexe, alors même qu'il est de notoriété publique qu'il est, du point de vue d'Alger, "dogmatique", pour reprendre un qualificatif utilisé par le président Abdelmadjid Tebboune lui-même dans une interview au quotidien français "L'Opinion" en juillet 2020.
Une ligne américaine inchangée
Mais au-delà de cet ordre de présentation, c’est surtout ce que le communiqué ne dit pas qui mérite d’être relevé. À aucun moment le texte algérien ne laisse en effet entendre que Washington aurait infléchi, même à la marge, sa ligne sur le Sahara, et ce, indépendamment de la susdite "dynamique positive que connaissent les relations algéro-américaines". D'ailleurs, dans le post qu'il a publié à son tour ce samedi 18 avril 2026, Boulos s'est contenté de faire référence à "des questions régionales d'intérêt mutuel, en particulier divers conflits et crises humanitaires", sans faire cas spécifiquement des provinces sahariennes.
Car s'il est vrai que, depuis le retour aux affaires, en janvier 2025, de Donald Trump à la présidence des États-Unis, Alger s’emploie à mettre en scène la relance de sa relation avec la première puissance mondiale, notamment sur le terrain sécuritaire et économique — "sky is the limit" assurait même, en mars 2025, l'ambassadeur d'Algérie à Washington, Sabri Boukadoum —, il n'en reste pas moins qu'au final, cela n'aura pas fait ciller d'un iota l'oncle Sam. Pour cause, la reconnaissance, en décembre 2020, de la souveraineté du Maroc sur son Sahara s’inscrit désormais dans une position d’État américaine, que même l’administration Joe Biden (janvier 2021-janvier 2025) n’avait pas remise en cause malgré l’existence en son sein et dans certaines franges du camp démocrate de sensibilités plus réceptives aux thèses séparatistes algériennes.
Une position que l'administration Trump II a achevé d'entériner en poussant à l'adoption, au niveau du Conseil de sécurité, de la résolution 2797 sur la situation concernant le Sahara, la toute première à consacrer formellement le plan d'autonomie marocain comme base des négociations entre les parties — au titre desquelles l'Algérie a été nommément mentionnée dans le préambule. Et ce n'était pas faute d'un intense lobbying algérien qui s'est poursuivi jusque dans les ultimes heures précédant le vote, en tirant parti de la présence de l'Algérie en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité à ce moment.
Sur un plan diplomatique officiel, Washington prend soin, certes, de ménager Alger, en entretenant une rhétorique d’équilibre et en multipliant les signaux d’ouverture, à l’image de certaines sorties volontairement ambiguës de Boulos tout au long des derniers mois. Une retenue qui semble s'expliquer par une certaine logique stratégique, commune à Washington, voulant que la dégradation durable des relations maroco-algériennes affaiblisse le Maghreb et ouvre un boulevard de manœuvre accru aux rivaux chinois et russe.
Le Maroc, pôle de stabilité
D'ailleurs, presque concomitamment à l'entrevue Attaf-Boulos, le directeur de la Defense Intelligence Agency (DIA) américaine, le lieutenant-général James Adams, intervenait le jeudi 16 avril 2026 devant la sous-commission du renseignement et des opérations spéciales de la Chambre des représentants pour une évaluation des menaces globales dans le cadre de l’examen budgétaire pour l’exercice 2027. Et ce qui en est ressorti est que la progression des influences de la Chine et de la Russie en Afrique constitue un sujet de préoccupation majeur aux yeux des sécuritaires étasuniens. Une lame de fond manifeste notamment dans le hinterland maghrébin que constitue le Sahel, où Pékin et Moscou semblent mettre à profit les fragilités politiques, sécuritaires et institutionnelles sur le plan local pour avancer leurs pions.
En miroir, le Maroc apparaît, lui, dans la prise de parole du lieutenant-général Adams, comme un pôle de stabilité de plus en plus structurant en Afrique du Nord, d’autant plus conforté par le large appui international à son plan d’autonomie. Et à cette aune, il est patent que l'idée américaine est que l'Algérie aussi puisse, de proche en proche, s'inscrire dans un nouvel ordre régional plus stabilisé et moins vulnérable aux pénétrations extérieures.
D'où clairement aussi cette volonté d'impliquer Alger dans les tractations autour du Sahara en cours depuis janvier 2026. Car indépendamment du rôle connu que la capitale algérienne a joué pour faire perdurer le différend, la consolidation d'un environnement maghrébin plus apaisé et plus cohérent sur le plan stratégique ne peut faire l'impasse d'un repositionnement de l'Algérie. Encore faut-il que les décideurs algériens prennent la mesure du message qui leur est adressé et ne condamnent pas une fois de plus la région et ses peuples à de nouvelles décennies de confrontation stérile.