Face aux pressions sur les intrants, OCP fait le pari du TSP
En bouclant la première émission hybride en dollars d'un corporate public, les projecteurs ont été braqués sur le groupe OCP qui réussit sa levée dans un contexte géopolitique complexe. Le groupe phosphatier navigue dans un environnement de marché profondément perturbé et a déjà ajusté sa stratégie industrielle en conséquence.
Depuis le 26 février 2026, la fermeture du détroit d'Ormuz, consécutive à la guerre en Iran, a redistribué les cartes du marché mondial des engrais. Une part importante des exportations mondiales de soufre transite par cette voie. En conséquence, le prix du soufre en provenance du Moyen-Orient a bondi de 35% en avril par rapport au niveau pré-guerre.
Pour un producteur d'engrais phosphatés, c'est un choc direct. Le soufre est un intrant clé dans la fabrication du DAP, le diammonium phosphate, engrais de référence sur les marchés mondiaux. L'ammoniaque, autre composant central, est lui aussi sous pression. Les chaînes d'approvisionnement se tendent et donc les coûts montent.
Dans cette configuration, le marché devient structurellement plus « supply-driven », tiré par l'offre plutôt que par la demande et renforçant l'avantage des acteurs capables d'assurer une production fiable et flexible. La demande, elle, reste solide, portée par les enjeux globaux de sécurité alimentaire, elle devrait croître de 3% par an à l'horizon 2030.
OCP face au choc : stocks, diversification, maintenance anticipée
L'exacerbation des tensions et le prolongement du conflit sans une visibilité sur la réouverture du détroit d'Ormuz interrogent sur la capacité du producteur national de phosphate et d'engrais à faire face à ses besoins en intrants. Ces interrogations ont d'autant été exacerbées avec l'annonce par OCP de l'avancement de ses opérations de maintenance au T2 de cette année.
Selon nos informations, OCP dispose à ce stade de niveaux de stocks permettant de couvrir ses besoins opérationnels au moins jusqu’à fin juin grâce à une approche de sécurisation des approvisionnements en amont des tensions récentes.
La stratégie de constitution de stocks devait répondre à une hausse du cours du soufre, qui a débuté bien avant la guerre. Mais cette dernière a aggravé la tension et accéléré la hausse vertigineuse du cours. Des filières alternatives sont identifiées et activables comme le Kazakhstan, la mer Rouge, le golfe du Mexique, le Canada, l'Europe,... ce qui limite la dépendance à une zone spécifique.
Le soufre, bien que souvent lié aux chaînes de production pétrolières et gazières, peut être approvisionné via des sources diversifiées minières ou substitué par la pyrite et la pyrrhotite sur les procédés industriels. Cette capacité à mobiliser des filières alternatives permet de limiter la transmission directe des chocs pétroliers aux coûts des engrais phosphatés.
Pour ce qui est de la maintenance, OCP a anticipé une partie de ses opérations de maintenance initialement prévues au T3 et T4 en les avançant au T2. L'objectif étant de sécuriser les capacités de livraison et de garantir l'accès aux fertilisants au moment critique des cycles agricoles, même en période de forte volatilité.
Ces ajustements répondent à la conjoncture actuelle et sont de court terme. La réponse structurelle, elle, est ailleurs.
Le TSP, au cœur du pivot stratégique
OCP travaille depuis plusieurs années sur un produit précis qui l'affranchit de ces intrants que le Maroc ne dispose pas : le TSP, triple superphosphate. Le TSP requiert significativement moins de soufre que le DAP et n'utilise pas d'ammoniaque, précisément les deux matières premières dont les prix et la disponibilité sont sous pression.
Le TSP représente environ 30% des volumes d'OCP en 2025. La cible pour 2026 dépasse 50%. Les exports ont plus que doublé par rapport à 2023. Plus d'un million de tonnes ont été vendues en Inde en 2025, qui représente un nouveau marché, ouvert en moins d'un an.
Ce produit qu'OCP pousse commercialement ces dernières années se révèle être dans un contexte comme celui d'aujourd'hui un atout. Le producteur marocain d'engrais a misé sur une stratégie de customisation plus large, construite autour d'une idée, celle de séparer les nutriments (en particulier l'azote et le phosphore) répondant à un objectif à la fois agronomique et économique.
Sur le volet économique, cette séparation vise à introduire un découplage direct entre le coût des engrais et la volatilité des marchés énergétiques. En pratique, lorsque les prix du gaz augmentent, les engrais azotés dont la production en dépend fortement deviennent significativement plus coûteux. Cette hausse se répercute directement sur la facture du fermier.
Sur le plan agronomique, l’azote et le phosphore sont habituellement appliqués conjointement (ex :DAP), selon un ratio fixe qui ne reflète pas les besoins spécifiques des cultures ni les caractéristiques des sols. En privilégiant le TSP, le fermier peut ajuster ses apports en phosphore indépendamment de la dynamique des engrais azotés, optimisant ainsi ses usages selon les principes des 4R (Right Source - la bonne source ; Right Rate - la bonne dose ; Right Time - le bon moment ; Right Place - le bon endroit), tout en limitant son exposition aux hausses liées au gaz et au pétrole.
Dans son ensemble, cette stratégie dont OCP poursuit le déploiement permet de mieux maîtriser les facteurs déterminants du coût de fertilisation, de lisser l’impact des chocs extérieurs et, in fine, tout en assurant la disponibilité des engrais sur le marché.
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