Derb Rmad, Salmia, Aïn Diab… les démolitions se poursuivent à Casablanca, sur fond de programme opaque et de silence officiel
De la médina à Aïn Diab en passant par Dar Bouazza, les démolitions s’enchaînent à Casablanca. Très peu d’explications officielles sont fournies, malgré l’ampleur du phénomène. Sur le terrain, les images et les tensions alimentent les interrogations. Round-up.
Les opérations de démolition dans plusieurs zones du Grand Casablanca se poursuivent depuis plusieurs mois et semblent s'accélérer. Les dernières en date sont celles ayant concerné "Derb Rmad", dans l’ancienne médina de Casablanca, et la ferraille de Salmia, au niveau de l’arrondissement de Sbata.
Si ces opérations s’inscrivent dans une dynamique visant à développer et structurer la ville de Casablanca, aucune source officielle ne s’exprime ouvertement à leur sujet. Sur les réseaux sociaux, circulent des images de démolitions qui se poursuivent dans différentes zones. Mais aucun responsable ne veut prendre la parole de manière officielle pour décrire ces opérations, les expliquer, préciser leur cadre, leur déroulement ou encore le dispositif détaillé mis en place.
Médias24 a tenté de contacter plusieurs responsables concernés. Soit aucune réponse ne nous a été donnée, soit il nous a été indiqué que le sujet ne relevait pas de leurs prérogatives.
Quatre facteurs à l’origine, trois zones concernées
Ce que l’on sait, c’est que quatre éléments majeurs expliquent ces démolitions :
- Mettre fin aux habitations menaçant ruine, avec tout l’impact et le risque qu’elles représentent pour les habitants ;
- Mettre fin aux bidonvilles ;
- Préparer Casablanca aux manifestations qu'elle devra accueillir, notamment la Coupe du monde de football 2030 ;
- Libérer le domaine public exploité de manière informelle afin d’assainir le foncier.
Les principales opérations de démolition ont eu lieu, à ce jour, au niveau de l'ancienne médina, particulièrement dans le cadre du projet de l’avenue royale ou pour faire face aux habitations anciennes menaçant ruine.
Elles concernent également la commune de Nouaceur, et principalement Dar Bouazza, où de nombreuses parcelles du domaine public ont été exploitées illégalement depuis de longues années, ainsi que des quartiers populaires caractérisés par la présence de bidonvilles.
Ces opérations touchent aussi la corniche de Ain Diab, dans le cadre de l’aménagement de la deuxième tranche de la corniche de Casablanca, qui s’étendra jusqu’au Morocco Mall.
Derb Rmad et la ferraille de Salmia, les dernières opérations marquantes
Cette semaine a été marquée par la démolition de "Derb Rmad", ancien quartier de l’ancienne médina de Casablanca, relevant de l’arrondissement d’Anfa.
Sur les réseaux sociaux circulent plusieurs images montrant les engins de chantier en train de démolir d’anciens habitats, et des habitants qui sortent leurs affaires, parfois sans savoir où partir, d'après leurs déclarations à la presse locale.
Autre fait marquant : la démolition de la ferraille de Salmia, à Hay Salmia, relevant de l’arrondissement de Sbata. Mais ce n’était pas tout. Selon les images circulant sur les réseaux sociaux, les autorités ont également procédé à la démolition des magasins avoisinants, ainsi que des infrastructures sportives et récréatives, et d'une salle des fêtes.
Cette ferraille était implantée sur plusieurs hectares au cœur d’une zone résidentielle dense. Elle regroupait au moins 1.000 commerçants spécialisés dans la vente de pièces automobiles d’occasion. Elle est même devenue un pôle économique important, attirant chaque jour des professionnels et particuliers à la recherche de pièces à des prix accessibles. Sa délocalisation était prévue depuis quelques années. Les riverains se plaignaient des nuisances qu'elle occasionnait. Mais les ferrailleurs ont toujours affiché leur détermination à bloquer tout processus d’évacuation. D’ailleurs, lors des opérations de démolition, quelques tensions ont été observées avec les autorités locales sur place.
Un projet de cité sportive derrière la démolition de la ferraille de Salmia
La démolition de cette ferraille intervient, selon notre confrère SNRT News, citant le vice-président en charge du patrimoine de la ville, Houcine Nasrollah, dans le cadre d’un programme visant à créer une cité sportive. Celle-ci comprendrait "un complexe de rugby, un centre équestre et la construction du stade Tessema, qui devrait accueillir plus de 30.000 supporters". Contacté par nos soins, M. Nasrollah n’avait pas encore donné suite à notre requête lors de la publication du présent article.
Selon les informations disponibles, la reconstruction de ce stade intervient dans le cadre de la mise à niveau des infrastructures sportives dédiées à la pratique du football, en perspective de l’organisation du Mondial 2030. Le stade se trouve actuellement dans un état vétuste.
Après le lancement, en juillet dernier, d’un concours d’architecture pour sa reconstruction complète par la Fédération royale marocaine de football (FRMF), un second marché a suivi en janvier pour l’élaboration des études techniques et le suivi des travaux. Un troisième, publié le 10 avril, concerne les terrassements généraux et les démolitions du stade.
Le terrain destiné à abriter le nouveau stade, qui portera selon les dispositions de cet appel d'offres le nom de "stade Al Barid", s’étale sur une superficie totale de 4 hectares. Consulté par nos soins, le cahier des prescriptions spéciales (CPS) de ce marché précise qu'il consiste en la démolition des bâtiments et ouvrages sur la parcelle du projet, les terrassements généraux, et la palissade de chantier. Les travaux concernent donc la déconstruction et la démolition complète des constructions et ouvrages en béton et métalliques constituant les structures existantes.
Pour ce qui est de la ferraille, elle devrait probablement être transférée près du futur centre d’enfouissement et de valorisation des déchets, qui devrait accueillir une plateforme de ferrailleurs, selon les propos de Nabila Rmili, tenus lors d’un précédent conseil de la ville (22 octobre 2025).
D’autres opérations finalisées, parfois marquées par des tensions
Outre ces deux événements, il y a également eu la démolition du champ de tir à Aïn Borja, à Hay Mohammadi, dans le cadre de la lutte contre les habitats insalubres.
Des altercations ont eu lieu avec les résidents, nécessitant le déploiement des forces auxiliaires. L’intervention s’est heurtée à des protestations de la part de certains habitants. Ces derniers avaient même formé des chaînes humaines pour ralentir l’avancée des engins de chantier.
Par ailleurs, la démolition de constructions illégales du "Paradise" à Aïn Diab a eu lieu au mois de mars. Il a été procédé à la démolition de l’enceinte du complexe touristique Lido, connu sous le nom de "Paradise", suite à plusieurs irrégularités constatées sur le site, notamment l’ajout de constructions sans autorisations, jugées de nature à présenter un risque pour la sécurité des usagers.
Un volet social flou
Ces opérations se heurtent à plusieurs résistances. Il est vrai qu’elles entrent dans le cadre de la structuration de la ville, mais il demeure un volet social sensible qu’il faut prendre en considération, d'autant qu'elles concernent majoritairement des personnes à faible revenu.
Selon nos informations, ces opérations sont menées conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur. L’ensemble des procédures administratives requises seraient respectées, et les occupants concernés informés en amont, avec des délais jugés suffisants pour libérer les lieux.
Nous savons également qu’il existe deux procédures : soit le relogement, soit l’indemnisation. Mais nous ignorons sur quels critères se base la décision entre ces deux options. S’il s’agit d’un relogement, où se fait-il ? Les immeubles sont-ils prêts ? Lorsqu'il s’agit d’une indemnisation, quel en est le montant ? Sur quels critères est-il fixé ? Est-il suffisant ? Entre-temps, les personnes concernées doivent-elles louer un logement ? Pour combien de temps ?
Des concertations préalables auraient même eu lieu entre les autorités et les représentants des habitants. Mais ces derniers expriment différentes réserves à la presse locale, les situations sociales et économiques étant très variables. Certains contestent la localisation des lots et le niveau des compensations, estimant qu’ils ne permettent pas de répondre aux contraintes sociales et économiques. D’autres n’ont pas les moyens nécessaires pour construire sur les terrains attribués et redoutent les difficultés liées à l’éloignement...
Les démolitions vont certainement se poursuivre, mais nous ignorons à quelle cadence, selon quel programme, et quels quartiers ou zones sont concernés. À ce jour, aucune information officielle détaillée n’est disponible.
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