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ECONOMIE

Financement. Y a-t-il vraiment un effet d’éviction pour les TPE au Maroc ?

Les difficultés de financement des TPE ne semblent pas relever d’un effet d’éviction du crédit bancaire. Pour le wali de Bank Al-Maghrib, elles tiennent surtout à la faible bancabilité des projets et à la qualité des dossiers présentés aux banques.

TPE au Maroc, le faux procès de l’éviction du crédit.
TPE au Maroc, le faux procès de l’éviction du crédit.
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Le 18 mars 2026 à 16h39 | Modifié 18 mars 2026 à 17h04

Les TPE au Maroc restent loin de leur plein potentiel en matière d’emploi, de création de revenus privés à travers les salaires, et de recettes publiques à travers l’impôt.

Le taux de mortalité des TPE est préoccupant, tout comme le nombre élevé d’entreprises zombies. Les causes sont multiples, mais la question de l’accès au financement reste structurante.

Cette situation conduit à s’interroger sur l’existence possible d’un effet d’éviction. La question se pose d’autant plus que, depuis deux ans, l’effort public d’investissement atteint un niveau élevé.

Pourquoi l’idée d’une éviction du crédit convainc peu

Interrogé par Médias24, à l'occasion du dernier Conseil de Bank Al-Maghrib (BAM) ce mardi 17 mars, sur un possible effet d’éviction du crédit au détriment des TPE, le wali de la Banque centrale a rejeté cette hypothèse.

"Nous ne pensons pas qu’il y ait un effet d’éviction en ce qui concerne les TPE vis-à-vis du crédit bancaire. Au contraire, nous avons dit qu’il faut rendre davantage bancables les projets des TPE pour qu’ils puissent accéder au financement. Nous avons évalué la capacité de mobilisation auprès des banques marocaines et constaté que les lignes mobilisables dans le système bancaire peuvent atteindre 400 à 450 MMDH, alors qu’elles se situent actuellement autour de 150 à 160 MMDH", indique Abdellatif Jouahri.

Cette précision permet de remettre le débat à sa juste place. Parler d’effet d’éviction du crédit suppose qu’un financement accordé à certains agents économiques réduise la possibilité pour d’autres d’accéder au crédit.

Or, ce raisonnement relève d’une logique de fonds prêtables, dans laquelle le volume de crédit est limité par un stock d’épargne préexistant. Dans un tel cadre, l’investissement ne peut dépasser l’épargne disponible, et les banques ne peuvent financer que les ressources déjà accumulées.

Ainsi, prêter davantage à un acteur reviendrait mécaniquement à priver un autre acteur d’une partie des fonds disponibles.

Cependant, ce n’est pas ainsi que fonctionnent les systèmes bancaires dans les économies modernes. Dans le système actuel, la création monétaire est en grande partie endogène. Les banques accordent du crédit lorsqu’elles jugent un projet finançable et rentable, sous réserve des contraintes prudentielles, de liquidité, de solvabilité et du cadre fixé par la Banque centrale. Cela ne signifie pas pour autant que leur capacité de financement soit illimitée, mais que l’offre de crédit ne dépend pas mécaniquement d’un stock d’épargne préalablement constitué.

Le vrai frein des TPE reste la bancabilité

Si, comme l’a rappelé Jouahri, les lignes mobilisables par le système bancaire sont de l’ordre de 400 à 450 MMDH, alors que seulement 150 à 160 MMDH sont actuellement utilisés, il est difficile de soutenir qu’un projet de grande taille évince les TPME du marché du crédit, du moins au sens macroéconomique strict.

Et c’est là qu’intervient le problème de bancabilité. Une banque ne finance pas un projet simplement parce qu’il existe un besoin. Elle finance un dossier documenté, cohérent, traçable, avec des perspectives crédibles de remboursement.

Lorsqu’une TPE ne dispose pas d’états financiers suffisamment robustes, d’une gouvernance minimale, de garanties adaptées ou d’une visibilité suffisante sur ses flux futurs, le problème devient un problème d’accès et d’accompagnement, non un problème d’éviction au sens macroéconomique strict.

Il convient également de rappeler que le secteur bancaire marocain reste marqué par une gestion prudente du risque. Cette prudence peut renforcer la stabilité financière, sans être toujours favorable au développement du tissu entrepreneurial.

Cela n’exclut pas que des arbitrages bancaires puissent, dans les faits, favoriser les dossiers les plus lisibles, les signatures les plus solides ou les projets de plus grande taille. Mais ce type de biais d’allocation ne relève pas nécessairement d’un effet d’éviction au sens strict ; il peut aussi traduire un problème de structure de l’offre bancaire, d’appétence au risque ou d’insuffisante préparation des dossiers portés par les TPE.

Dans de nombreuses économies, la capacité du système bancaire à prendre une part mesurée de risque joue un rôle décisif dans l’essor du secteur privé. L’expérience de plusieurs pays montre qu’un secteur bancaire plus disposé à financer l’initiative entrepreneuriale contribue davantage à la croissance des entreprises, à l’investissement et à la création d’emplois. Encore faut-il que cette prise de risque s’appuie sur de meilleurs outils d’évaluation, d’accompagnement, de garantie et de partage du risque, et non sur un relâchement des critères prudentiels.

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Le 18 mars 2026 à 16h39

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