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Verbatim. Les messages de Abdellatif Jouahri lors de son point de presse
Le premier Conseil de Bank Al-Maghrib de l'année 2026 se tient deux semaines après le déclenchement de la guerre contre l'Iran. Voici l'essentiel des réponses du gouverneur aux questions des journalistes.
Par
Adam Fassi Fihri
Le 17 mars 2026 à 16h24
|
Modifié 18 mars 2026 à
11h59
Le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir le taux directeur à 2,25%, en raison de l'incertitude de l'environnement international et des conséquences de ces tensions et guerres sur l'économie nationale.
"Une réunion exceptionnelle si les données et si la situation l'exigent de par son impact sur l'économie et sur l'inflation marocaine"
La Banque centrale a fait subir un stress test à l'économie marocaine. "Nous prenons un certain nombre d'hypothèses, puisque maintenant le problème essentiel est le problème des prix de l'énergie parce qu'il impacte beaucoup d'autres secteurs, notamment les transports, les secteurs des services (...) Nous avons examiné toutes les hypothèses des organismes internationaux. C'est une situation bien imprévue (...) et, bien sûr, selon l'hypothèse que vous prenez, l'impact et les conséquences ne sont pas du tout les mêmes. Nous essayons de voir ce qui est essentiel", explique Abdellatif Jouahri.
"Comment ça va se passer ? Personne ne sait comment ça va se passer. Nous voyons l'impact sur les rubriques à la fois balance des paiements, à la fois sur le plan inflation, à la fois sur le plan budgétaire parce qu'il y a la compensation. C'est pour cela que nous avons dit que notre décision se fera réunion après réunion avec l'actualisation des données. Nous avons pris la décision aussi de prévoir éventuellement une réunion qui peut être exceptionnelle, soit à distance, soit en présentiel si les données et si la situation l'exigent de par son impact sur l'économie et sur l'inflation marocaine".
La LCM du FMI est un recours possible
Interpellé sur les mesures qui doivent être prises par le gouvernement à la suite des impacts de la guerre au Moyen-Orient, Jouahri a répondu : "Malheureusement, cela fait quinze ans que nous vivons dans les crises. C'est comme si nous avions pris l'habitude de gérer ses crises, leurs répercussions et les mesures qu'il faut prendre, que ce soit au niveau monétaire ou gouvernemental (...), malgré le fait que les crises ne se ressemblent pas".
"Le gouvernement a déjà pris plusieurs mesures : les aides directes, les aides sectorielles, le dialogue social... mais, en même temps, il y a eu une vigilance concernant le maintien des équilibres macroéconomiques. Comme je le rappelle souvent, les équilibres macroéconomiques relèvent de la souveraineté de l'État, qui plus est dans le contexte actuel", affirme-t-il.
Si les prix augmentent et font pression sur la devise, "nous avons la ligne de crédit modulable avec le FMI" que nous pouvons actionner "immédiatement", rappelle le gouverneur. "Nous avons utilisé ce mécanisme en 2020".
"Nous n'allons pas le faire à un baril à 80 dollars, alors que nous disposons de 6 mois de réserves de changes (...), mais si nous atteignons des barils à 100 ou 120 dollars, nous pourrons l'envisager".
Le gouverneur annonce que la Banque centrale et le ministère des Finances ont mis en place une cellule de suivi de la situation.
Succursales des banques marocaines en Europe
Concernant la directive européenne liée à l'activité des succursales marocaines en Europe, le wali a fait part des dernières nouvelles.
"La Commission européenne a validé notre accord avec les Français. Tout de suite, la task force menée d'ailleurs par le ministère des Affaires étrangères [a commencé les contacts avec d'autres pays]. Nous avons commencé par la Hollande et la Belgique. La semaine prochaine, nous allons entamer des échanges avec l'Italie et l'Espagne. L'Allemagne est un peu en retrait parce qu'on n'a pas beaucoup [d'activité]… Donc, nous continuons. Mais le fait que l'accord d'abord que nous avons eu avec la France permet à nos banques de continuer les opérations relais sans grosses difficultés est déjà un atout important pour nous, car il influence les décisions au niveau des autres pays. Nous restons confiants", résume le gouverneur.
L'e-dirham et les cryptoactifs
Le projet de loi sur les cryptoactifs est au niveau du Secrétariat général du gouvernement (SGG). "Il va bientôt être déposé au Parlement".
En ce qui concerne l'e-dirham, "les équipes continuent de travailler dessus. Nous avons listé les priorités. C'est un dossier qui prend un peu de temps. Car si nous devons avoir des réflexions, c'est sur le moyen terme. Notre priorité aujourd'hui, c'est réduire le cash, pas d'avoir l'e-dirham. Parce que le cash a augmenté de 15% en 2025", explique le wali.
"Nous travaillons sur le mobile et le réseau de proximité. L'étude sur le cash a été finalisée et nous l'avons transmise au chef du gouvernement et aux finances. Nous avons formulé des propositions et nous sommes prêts à les discuter pour faire en sorte que le cash revienne aux circuits et permette de financer l'économie".
Du rôle de la Banque centrale
Considérez-vous que cette période d'incertitude consolide le rôle de Bank Al-Maghrib comme un pilier central de stabilité et protège le citoyen d'une crise économique considérable ? Profitant de cette question d'un confrère, le wali de Bank Al Maghrib a rappelé sa doctrine du dirham fort.
"Je ne peux pas prétendre cela. Non. Ce que je peux vous dire, c'est que nous veillons au maintien de la valeur du dirham. Je peux témoigner de ma joie quand je rencontre des personnes simples qui me disent que notre dirham est 'meziane'. On a tenu une politique d'un dirham fort. Mais le dirham n'est fort que parce que les équilibres macroéconomiques sont maintenus chacun dans son domaine : une politique budgétaire soutenable avec une dette qui diminue et, de notre côté, nous avons adopté une politique monétaire accommodante".
Et d'ajouter : "Ce qui fait que, sur le plan extérieur (agences de notation, le FMI...), nous avons la reconnaissance et le respect vis-à-vis de notre politique". Il cite l'exemple de la ligne modulable du FMI, sur laquelle on peut tirer "sans condition". "J'envoie un e-mail comme j'ai fait en 2020, je tire les 5 milliards de dollars. Et cela parce que les fondamentaux économiques sont bons et solides".
"La Banque centrale participe à la stabilité des équilibres macro, et de façon fondamentale".
Sur la question d’un éventuel effet d’éviction du crédit au détriment des TPME, le wali écarte cette hypothèse. Selon lui, le problème ne réside pas dans une saturation de la capacité de financement bancaire, mais dans la nécessité de mieux accompagner les TPE et de rendre leurs projets plus bancables.
"Nous ne pensons pas qu’il y ait un effet d’éviction en ce qui concerne les TPE vis-à-vis du crédit bancaire. Au contraire, nous avons dit qu’il faut rendre davantage bancables les projets des TPE pour qu’ils puissent accéder au financement", indique-t-il.
Pour Jouahri, les banques ont encore une capacité importante pour financer les TPME. Le problème ne vient donc pas d’un manque de liquidité, mais plutôt d’un enjeu de bancabilité et, dans certains cas, de la solidité économique des projets portés par les TPE.
"Nous avons évalué la capacité de mobilisation auprès des banques marocaines et constaté que les lignes mobilisables auprès du système bancaire peuvent atteindre 400 à 450 MMDH, alors qu’elles se situent actuellement autour de 150 à 160 MMDH. Il existe donc une marge importante. Sur ce point, nous travaillons pour rendre les dossiers des TPME plus bancables", conclut-il.
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Par
Adam Fassi Fihri
Le 17 mars 2026 à 16h24
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