APM Capital Morocco : stratégie et ambitions d’un fonds logistique de 2,2 milliards de dirhams (interview)

Ghislane Guedira.
Par | Le 9/3/2026 à 11:56
APM Capital Morocco a finalisé le closing de son fonds dédié au transport et à la logistique, doté d’une capacité d’investissement de 2,2 milliards de dirhams. Médias24 a échangé avec sa dirigeante, Ghislane Guedira, sur la stratégie du fonds, ses ambitions au Maroc et les perspectives d’investissement dans l’écosystème logistique.

Le gestionnaire d’investissements APM Capital Morocco, filiale d'A.P. Moller Capital, a finalisé le closing de son fonds dédié au transport et à la logistique, doté d’une capacité d’investissement de 2,24 milliards de dirhams. La structure est basée à Casablanca, au sein de Casablanca Finance City.

Ghislane Guedira, dirigeante d’APM Capital Morocco, explique à Médias24 que la structure marocaine s’inscrit dans l’organisation globale du groupe : "Il y a deux niveaux dans l’organisation : la société de gestion internationale et la plateforme locale. Mais la stratégie reste la même : mobiliser des capitaux de long terme dans les secteurs dans lesquels nous avons une expertise".

"Les secteurs dans lesquels nous avons une expertise, au sein du groupe, sont d’une part les infrastructures de transport et de logistique, et d’autre part la transition énergétique. C’est la stratégie globale portée par A.P. Moller Capital, notre maison mère, qui gère des fonds à l’international".

"Dans le cadre des fonds qu’A.P. Moller Capital gère à l’international, il existait déjà une connaissance du Maroc, issue notamment de notre activité de gestionnaire de fonds. Dans nos fonds précédents, nous avons déjà réalisé des investissements dans le pays. C'était par exemple avec notre premier fonds international, qui était un fonds dédié à l’Afrique".

"Au-delà de cela, le groupe A.P. Moller, plus largement, est également très présent au Maroc. Beaucoup de personnes connaissent le groupe à travers certaines de nos sociétés sœurs, notamment A.P. Moller Maersk, qui est la société de transport international de conteneurs par bateau, ainsi que A.P. Moller Terminals, qui gère les terminaux portuaires. Ce sont des sociétés sœurs au sein du même groupe".

"Ces sociétés ont évidemment une connaissance très importante du Maroc. Maersk est présent au Maroc depuis plus d’un siècle. À l’origine, les activités du groupe concernaient notamment le transport de phosphate pour OCP, avec les premiers bateaux de Maersk qui transportaient le phosphate vers les clients à l’international".

"Le groupe connaît donc le Maroc depuis très longtemps. Plus récemment, à travers A.P. Moller Terminals, le groupe a obtenu au début des années 2000 des concessions pour gérer les terminaux portuaires de Tanger Med".

Cela montre que le groupe connaît très bien le Maroc et qu’il existe un véritable appétit pour ce marché. Il était donc assez naturel, comme nouvelle étape, d’installer une équipe locale à travers APM Capital Morocco.

- Medias24 : Quel est concrètement l’objectif d’APM Capital Morocco et quel rôle son fonds est-il appelé à jouer dans l’écosystème logistique marocain ?

- Ghislane Guedira : Notre objectif reste toujours le même : investir dans des infrastructures qui soutiennent le commerce, les chaînes d’approvisionnement et le développement économique.

Et l’idée est bien sûr de le faire au Maroc. Le Maroc est un marché prioritaire pour nous. D’abord parce que le pays présente depuis longtemps des fondamentaux macroéconomiques solides. Ensuite parce que sa position géographique en fait un carrefour entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques, au croisement de plusieurs chaînes d’approvisionnement.

Enfin, le pays a engagé depuis plusieurs années un développement continu de ses infrastructures logistiques et industrielles.

C’est donc assez naturellement que nous avons franchi cette étape. L’objectif, au niveau marocain, est désormais de constituer un portefeuille d’entreprises de qualité qui viendront renforcer l’écosystème logistique marocain, tout en créant de la valeur à long terme pour nos investisseurs.

Car in fine, nous sommes un gestionnaire de fonds d’investissement et nous avons la responsabilité de générer de la valeur pour nos investisseurs.

- Quel rôle le Fonds Mohammed VI pour l’investissement a-t-il joué dans la création de votre fonds ?

- Effectivement, APM Capital Morocco Fund est un fonds sectoriel, dans le cadre du premier appel à manifestation d’intérêt lancé par le Fonds Mohammed VI pour l’investissement (FM6I) il y a environ deux ans.

Le FM6I a annoncé en mai 2025 avoir finalisé 14 fonds, dont certains étaient des fonds généralistes, et d’autres des fonds sectoriels. Nous sommes donc le fonds sectoriel dédié au transport et à la logistique, et d’ailleurs le seul fonds sectoriel dans ce domaine dans lequel le Fonds Mohammed VI a souhaité investir.

Ce qu’il faut savoir, c’est que nous avons été sélectionnés par le Fonds Mohammed VI après un processus de discussions et de sélection qui a duré un certain temps. Nous avons été retenus dans ce cadre.

Par ailleurs, nous avons également associé au Fonds Mohammed VI la participation d’investisseurs institutionnels marocains de premier plan. Autrement dit, le fonds combine l’investissement du Fonds Mohammed VI avec celui d’investisseurs marocains majeurs qui ont choisi d’investir à ses côtés.

Le fonds qui a fait l’objet du closing est un fonds de droit marocain, structuré sous forme de FPCC, c’est-à-dire une forme d’OPCC, avec un règlement de gestion allégé.

Nous avons donc des signatures d’importants investisseurs institutionnels aux côtés du Fonds Mohammed VI, ce qui renforce la confiance dans notre capacité à déployer du capital au Maroc.

- Comment ce fonds est-il structuré et quels sont les montants mobilisés pour investir dans le transport et la logistique au Maroc ?

- Nous combinons également ce dispositif avec un fonds danois, puisqu’un de nos fonds danois co-investira avec le fonds marocain dans les investissements que nous réaliserons dans le transport et la logistique au Maroc.

C’est ainsi que nous avons construit la relation entre le fonds danois et le fonds marocain. Pour vous donner un ordre de grandeur, le fonds marocain représente environ 1,6 milliard de dirhams. À côté de cela, le fonds danois co-investira environ 600 millions de dirhams, en complément de la taille du fonds marocain.

Au total, l’enveloppe d’investissement disponible atteint donc environ 2,24 milliards de dirhams.

- Une fois les capitaux levés, la question du déploiement se pose naturellement. Où en êtes-vous aujourd’hui dans l’identification et la préparation des premiers investissements ?

- Le closing est presque le début d’une autre aventure. L’objectif est de disposer d’un pipeline solide d’investissements potentiels. Nous avons donc travaillé en parallèle de la structuration du fonds pour constituer ce pipeline de projets.

Maintenant, ce que nous cherchons à faire, c’est déployer le capital de manière disciplinée dans le temps.

Pour des investissements de ce type, nous considérons qu’il faut une structuration soigneuse et la construction de partenariats solides. Il vaut donc mieux privilégier une approche de développement à long terme, plutôt que d’essayer de déployer les capitaux trop rapidement.

Nous ne voulons pas nous précipiter. L’objectif est de construire un portefeuille solide, avec de bons partenaires, dans une approche disciplinée et évidemment créatrice de valeur.

Lorsque nous parlons de transport et logistique, cela couvre plusieurs sous-secteurs. Nous regardons par exemple le transport en général, ce que l’on appelle la logistique pour compte de tiers (3PL), mais aussi toute la chaîne du froid, avec le transport et le stockage frigorifique. C’est un sujet dont on parle beaucoup au Maroc, à la fois pour les importations et les exportations.

Nous nous intéressons également à la logistique express internationale. Comme vous le voyez, il existe de nombreux sous-secteurs dans lesquels nous pouvons intervenir.

Dans chacun de ces segments, nous avons identifié des projets et travaillons actuellement à structurer notre portefeuille.

- Concrètement, comment sélectionnez-vous les entreprises ciblées et quel rôle jouent vos investisseurs, notamment le Fonds Mohammed VI, dans ces choix ?

- Aujourd’hui nous sommes dans une structuration où le document fondateur est un règlement de gestion, signé entre les investisseurs et la société de gestion.

Dans ce document, nous nous mettons d’accord sur le secteur, les critères d’investissement, la taille des tickets ou encore le type de prises de participation.

C’est un contrat initial entre la société de gestion et les investisseurs qui lui confient des capitaux.

Une fois ce contrat finalisé, ce qui se fait avant le closing, et validé avec le Fonds Mohammed VI mais aussi avec les autres investisseurs institutionnels qui composent le tour de table, les investisseurs nous délèguent ensuite la gestion.

Autrement dit, ils définissent le champ d’action du fonds, mais les décisions d’investissement sont prises par la société de gestion.

Il n’y a donc pas de décision d’investissement qui soit prise directement par un investisseur, que ce soit le Fonds Mohammed VI ou un autre. C’est ce que l’on appelle un schéma de gestion déléguée.

- Quelles entreprises ciblez-vous dans les secteurs du transport et de la logistique ?

- Nous nous mettons d’accord avec les investisseurs sur les critères d’investissement. L’objectif est de viser des entreprises qui opèrent dans l’écosystème du transport et de la logistique et qui peuvent bénéficier à la fois d’un apport en capital et d’une expertise opérationnelle.

C’est pour cette raison que nous restons dans un secteur que le groupe connaît bien, car nous considérons que nous pouvons apporter du capital, mais aussi un soutien opérationnel et stratégique pour accompagner leur développement.

Nous sommes donc un fonds de croissance, dont l’objectif est de soutenir des entreprises qui souhaitent se développer et devenir, à terme, des champions nationaux ou régionaux dans leur sous-secteur.

Cela peut concerner par exemple des opérateurs logistiques, des entreprises de manutention ou encore des plateformes de gestion de chaînes d’approvisionnement.

En revanche, il y a certaines choses que nous ne faisons pas. Par exemple, nous ne faisons pas de venture capital. Ce point est très clair dans le cadre défini avec nos investisseurs.

Nous investissons dans des entreprises déjà établies qui ont un potentiel de croissance, que nous pouvons accompagner grâce à notre soutien financier et opérationnel.

- De ce fait, intervenez-vous en majoritaire ou en minoritaire dans les entreprises, et quels sont généralement vos tickets d’investissement ?

- Nous souhaitons rester flexibles. Nos investissements peuvent prendre la forme de prises de participation majoritaires ou de minorités stratégiques, selon les opportunités.

En revanche, il est peu probable que nous réalisions des minorités purement passives, car notre objectif est d’apporter une expertise opérationnelle et stratégique aux entreprises que nous accompagnons.

Concernant la taille des tickets, nous restons également flexibles. En général, nous envisageons des investissements entre 250 et 350 millions de dirhams.

Mais nous pouvons aller au-delà de cette fourchette, notamment parce que notre fonds danois co-investisseur peut mobiliser des montants supplémentaires et dispose d’un appétit pour le Maroc.

À l’inverse, si une entreprise est plus petite mais présente un fort potentiel de croissance, nous pouvons également l’étudier. Nous restons donc assez ouverts sur la taille des investissements.

- Comment identifiez-vous les entreprises dans lesquelles vous investissez : est-ce vous qui allez chercher les opportunités ou bien les entreprises viennent-elles vous proposer leurs projets ?

- Ce qui est important de préciser, et c’est très marqué dans notre cas, même si ce n’est pas toujours le cas dans les fonds d’investissement. C’est que nous travaillons beaucoup avec ce que l’on appelle des deals propriétaires.

Cela signifie que, dans la plupart des cas, nous sommes en discussions bilatérales avec une entreprise. Nous ne sommes pas nécessairement dans un processus classique où une société mandate une banque d’affaires pour organiser un appel d’offres ou un processus de vente.

Comme nous sommes très connus dans ce secteur, avec une expertise sectorielle forte, et que nous sommes présents localement, nous avons une bonne connaissance du tissu économique marocain.

Pour ma part, après plus de 30 ans d’expérience dans de grandes entreprises au Maroc, cela permet aussi d’identifier les acteurs à potentiel et d’aller directement discuter avec eux pour explorer des opportunités.

Par ailleurs, notre notoriété internationale dans le secteur fait également que certaines entreprises viennent spontanément vers nous, parce qu’elles souhaitent travailler avec un partenaire capable de les accompagner dans leur développement.

Donc, dans la pratique, cela peut fonctionner dans les deux sens : soit à notre initiative, soit à l’initiative des entreprises.

Mais dans les deux cas, il s’agit généralement d’une relation bilatérale, et non d’un processus compétitif organisé comme une vente d’entreprise. C’est d’ailleurs une force, car cela nous permet d’identifier des opportunités intéressantes et de construire des partenariats dans la durée.

- Quand peut-on s’attendre aux premières annonces d’investissements du fonds ?

- Comme tous les fonds, nous avons plusieurs années pour investir. C’est pour cela que, comme je vous le disais, nous ne voulons pas nous précipiter.

Je préfère travailler de manière rigoureuse et conclure un bon investissement, plutôt que de se précipiter simplement pour faire une annonce.

Cela dit, nous travaillons activement sur plusieurs opportunités. En 2026, nous aimerions pouvoir annoncer une première opération, et nous avançons dans ce sens.

Mais nous avons encore quelques années devant nous pour investir, donc nous prendrons le temps nécessaire pour réaliser de bons investissements.

En 2026, nous aimerions pouvoir annoncer une première opération

- Quelle est la durée de vie du fonds ?

- Le fonds a une durée de vie déterminée, qui est d’environ dix ans.

Cela reste toutefois flexible. Il est possible, si nécessaire, d’étendre légèrement la durée du fonds.

Par ailleurs, nous ne sommes pas obligés d’attendre la dernière année pour réaliser des cessions. Les sorties peuvent intervenir plusieurs années avant la fin du fonds, en fonction des opportunités.

Mais, dans l’ensemble, il s’agit d’un fonds avec une durée d’environ dix ans.

- La Bourse peut-elle constituer une voie de sortie pour vos investissements, par exemple à travers des introductions en Bourse des entreprises que vous accompagnez ?

- Effectivement, lorsque l’on est un fonds d’investissement, l’idée est d’accompagner une entreprise pendant une étape de sa vie et de sa croissance. On peut dire, d’une certaine manière, que nous accompagnons l’entreprise dans son passage de l’adolescence à l’âge adulte.

Ensuite, notre vocation est aussi, à un moment donné, de sortir du capital. C’est parfois difficile, parce qu’on finit par s’attacher aux entreprises dans lesquelles on investit et on aimerait parfois rester plus longtemps. Mais il arrive un moment où il faut organiser cette sortie.

Parmi les différentes options possibles, l’introduction en Bourse peut être une solution. Ce n’est pas la seule, mais c’est une option.

Aujourd’hui, ce qui se passe sur la Bourse de Casablanca est plutôt positif. On observe un élargissement du marché, avec un appétit à la fois des investisseurs institutionnels et des particuliers.

Il y a aussi, selon moi, un regain de confiance dans la Bourse de Casablanca, qui s’appuie sur les fondamentaux macroéconomiques du pays.

Dans ce contexte, l’introduction en Bourse peut tout à fait être une option.

Mais il existe également d’autres possibilités, par exemple la cession à un partenaire stratégique ou d’autres formes de sortie en dehors du marché boursier.

Le moment venu, ce qui se situe généralement plusieurs années plus tard, nous examinerons les différentes options possibles et nous choisirons la solution la plus optimale à la fois pour l’entreprise et pour les investisseurs

- Pour conclure, au-delà de ce premier fonds dédié au transport et à la logistique, envisagez-vous à terme d’élargir vos investissements à d’autres secteurs au Maroc ?

- Au sein du groupe, j’ai beaucoup parlé du transport et de la logistique parce que le fonds sectoriel dont nous parlons aujourd’hui est dédié à ce secteur.

Mais au sein du groupe, nous travaillons également beaucoup sur la transition énergétique.

Certains de nos autres fonds sont en effet consacrés aux énergies renouvelables, et nous avons déjà réalisé plusieurs investissements à travers l’Afrique, notamment dans le solaire et l’éolien.

Au Maroc également, le fonds danois a déjà investi directement dans un projet dans le cadre de l’offre Maroc, notamment un projet d’hydrogène vert.

Nous faisons partie aujourd’hui d’un consortium avec TotalEnergies et un autre fonds d’investissement danois, CIP, pour développer un projet d’hydrogène vert dans la région de Guelmim-Oued Noun.

Cela montre que les énergies renouvelables constituent un autre secteur dans lequel il existe un potentiel très important et dans lequel nous sommes déjà actifs.

Le choix que nous avons fait, en accord avec le Fonds Mohammed VI pour l’investissement, est que le premier fonds marocain soit exclusivement dédié au transport et à la logistique.

Cela n’empêche pas, par ailleurs, le fonds danois de continuer à investir au Maroc dans le domaine des énergies renouvelables.

Pour l’instant, ce sont donc les deux secteurs sur lesquels nous nous concentrons, et nous n’avons pas prévu à court terme d’élargir nos investissements à d’autres secteurs.

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