Blé. Malgré la guerre au Moyen-Orient, le Maroc à l’abri d’une pénurie
L’escalade du conflit au Moyen-Orient relance les interrogations sur la sécurité des approvisionnements mondiaux en matières premières. Après les produits énergétiques, la question se pose pour les céréales, dont le Maroc dépend fortement. La situation géopolitique pourrait-elle perturber l’approvisionnement du Royaume en blé ? Le point avec Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie.
L’escalade du conflit au Moyen-Orient ravive les inquiétudes quant à la sécurité des approvisionnements en matières premières. La question se pose aujourd’hui pour plusieurs produits essentiels au Maroc.
Dans un précédent article, Médias24 s'était penché sur la situation des produits énergétiques. Qu’en est-il des céréales ? Le Royaume, fortement dépendant des importations pour couvrir ses besoins en blé, pourrait-il être affecté par d’éventuelles perturbations géopolitiques et maritimes dans la région ?
Aucune inquiétude quant à la disponibilité du blé au Maroc
Pour le président de la Fédération nationale de la minoterie, la situation ne suscite pas d’inquiétude immédiate quant à la disponibilité du blé.
Joint par nos soins, Moulay Abdelkader Alaoui nous explique que "les routes maritimes empruntées pour l’approvisionnement en céréales, notamment dans le bassin méditerranéen, sont différentes de celles directement impactées par les tensions actuelles".
Selon lui, "le Maroc importe principalement du blé tendre riche provenant d’Europe et d’Amérique, qui transite par la Méditerranée et la mer Noire". Des flux qui ne devraient pas être perturbés par le conflit actuel.
Et d'ajouter que le principal impact pourrait plutôt être indirect, à travers "l’augmentation du coût du transport maritime. La hausse du prix de l’énergie et des carburants pourrait en effet renchérir le coût du fret et, par ricochet, le prix de la matière première".
Fermeture du détroit d’Ormuz : un risque pour l’approvisionnement en urée et les rendements de la prochaine campagne agricole
Si les céréales ne semblent pas directement menacées, le conflit pourrait avoir un impact indirect sur l’agriculture à travers les engrais.
D'après notre interlocuteur, "environ 25% à 35% de l’urée utilisée dans l’agriculture transite par le détroit d’Ormuz", une zone pratiquement fermée par l'Iran à la suite des bombardements.
Or, l’urée constitue un élément clé des fertilisants azotés, essentiels au rendement des cultures. "Les éventuelles perturbations concerneraient donc davantage la prochaine campagne agricole que l’approvisionnement immédiat en céréales".
Dans ce contexte incertain, la filière mise sur la production locale. Parallèlement aux importations, la campagne agricole nationale devrait jouer un rôle clé pour sécuriser l’approvisionnement. D'autant que "les pluies enregistrées en mars ont considérablement amélioré les perspectives".La campagne actuelle est sauvée à 80%
"Avec les précipitations que nous avons eues, on peut dire que la campagne est sauvée à 80%, à condition qu’il n’y ait pas de chergui durant le mois d'avril", estime Moulay Abdelkader Alaoui.
Les conditions climatiques actuelles, marquées par un temps froid et humide, "sont jugées favorables au développement des cultures céréalières. La filière se prépare donc déjà à une collecte massive de la production nationale, en coordination avec le ministère de l’Agriculture. L’objectif est de constituer un stock stratégique à partir de la récolte locale".
"Pour nous, cette récolte nationale représente une véritable soupape pour l’approvisionnement du pays. Chacun doit se mobiliser pour collecter et stocker le maximum".
"Nous allons donc donner la priorité au ramassage jusqu’au dernier grain, afin de constituer un stock stratégique à partir de la production nationale", souligne le président de la Fédération nationale de la minoterie.
"Nous allons, par ailleurs, poursuivre les importations de blé jusqu'au 31 mai, puis les suspendre durant une période transitoire pour permettre la collecte de la récolte nationale. Elles reprendront ensuite une fois cette phase achevée, afin d’assurer l’équilibre du marché".
En effet, même avec une bonne récolte, la minoterie marocaine doit continuer à importer du blé étranger. La production nationale ne peut pas être utilisée seule dans la transformation industrielle. "On ne peut pas uniquement écraser le blé marocain. Il faut le couper avec du blé étranger pour maintenir le niveau de qualité auquel nous avons habitué notre clientèle", rappelle notre interlocuteur.
Des cours mondiaux en légère hausse
Moulay Abdelkader Alaoui souligne par ailleurs que les marchés internationaux ont déjà commencé à réagir aux tensions géopolitiques. D'après ses estimations, les prix mondiaux ont augmenté d’environ 10 dollars par tonne depuis le début des événements.
"Le prix rendu Casablanca se situe actuellement autour de 262 à 265 DH le quintal", nous indique-t-il. "Mais il ne faut pas oublier que les prix ont été grevés par les surestaries liées aux retards de déchargement des navires lors des dernières perturbations climatiques".
"En moyenne, cela représente près de 20 DH supplémentaires par quintal pour l’ensemble des opérateurs", précise-t-il en insistant sur le fait qu'à "ce stade, aucune rupture d’approvisionnement n’est à craindre".
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