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Produits énergétiques : disponibilité, stocks, importations… ce que l’on sait de la situation au Maroc

Face à l’escalade des tensions au Moyen-Orient, la question de l’approvisionnement énergétique du Maroc refait surface. Au-delà des prix, il est désormais question de disponibilité et de niveau des stocks de produits stratégiques, notamment les hydrocarbures, le fuel, le charbon et le gaz. Voici ce que l'on sait à ce stade.

Produits énergétiques : disponibilité, stocks, importations… ce que l’on sait sur la situation du Maroc
Produits énergétiques : disponibilité, stocks, importations… ce que l’on sait sur la situation du Maroc
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Le 5 mars 2026 à 17h10 | Modifié 6 mars 2026 à 10h26

L’escalade au Moyen-Orient remet sur la table la question de l’approvisionnement énergétique du Maroc. Au-delà de l’impact sur les prix, les interrogations portent aussi sur les volumes disponibles et le niveau des stocks nationaux. 

La ministre de l’Économie et des finances, Nadia Fettah, vient d'assurer à la télévision française que le Royaume dispose des mécanismes nécessaires pour contenir les effets d’une éventuelle prolongation du conflit. Cependant, l’enjeu ne se limite pas à l’évolution des prix du pétrole ou du gaz. Il concerne également la disponibilité des ressources.

Où en est le niveau du stock national des produits énergétiques (hydrocarbures, fuel, charbon et gaz) ? Quels sont les besoins annuels du Royaume ? Quelle est la provenance de nos importations sur ces matières ? Et quelles sont les options du Maroc en cas d’aggravation de la situation au Moyen-Orient ?

Les statistiques officielles détaillées ne sont pas disponibles et ne sont pas publiées par le ministère. Nous avons donc eu des difficultés à obtenir des chiffres actualisés et précis sur la situation. Voici ce que l'on sait à ce stade et qui donnera à nos lecteurs une vue globale de la situation.

Le ministère affirme surveiller les stocks

Le ministère a publié, au début de cette journée du jeudi 5 mars, un communiqué où il affirme "suivre de près l’évolution de la situation".

"Le Maroc suit attentivement les développements au Moyen-Orient, notamment les atteintes à la souveraineté de plusieurs pays arabes et leurs répercussions sur plusieurs secteurs stratégiques, dont les transports, les infrastructures civiles et militaires, les infrastructures numériques et centres de données, ainsi que les secteurs bancaire et assurantiel".

Le ministère indique également "surveiller de près les chaînes d’approvisionnement énergétique", et assure que selon les indicateurs disponibles, "le système énergétique mondial disposerait, à court terme, de mécanismes permettant d’absorber les chocs et les fluctuations des prix".

Le département affirme par ailleurs "suivre quotidiennement la situation des stocks nationaux afin de garantir l’approvisionnement du pays". Il appelle enfin les acteurs du marché "à faire preuve de responsabilité afin de préserver la stabilité du marché et le pouvoir d’achat des citoyens".

Le communiqué en question rassure. Mais, in fine, il n'apporte aucune donnée chiffrée.

"Aucune inquiétude à se faire quant à la disponibilité des hydrocarbures"

Dans cet article, nous nous appuyons principalement sur des informations recueillies auprès de professionnels du secteur, ainsi que sur des rapports datant de 2023 et 2024, qui constituent les derniers documents officiels disponibles.

Pour les carburants, nos sources assurent "qu'il n’y a aucune inquiétude à avoir concernant la disponibilité des produits énergétiques, car le Maroc dispose de fournisseurs diversifiés".

"Cela dit, la guerre et son impact sur le détroit d’Ormuz auront des répercussions sur les prix", ajoute l'un de nos interlocuteurs.

Près de 20% de la production mondiale de pétrole transite par ce passage, ce qui en fait un maillon essentiel de l’approvisionnement énergétique mondial. Toute perturbation du trafic maritime sur ce détroit impacte le marché international.

"Produits pétroliers : une consommation annuelle de 12 millions de tonnes"

Selon des sources professionnelles jointes par Médias24, "la consommation annuelle moyenne des produits pétroliers liquides s’élève à environ 12 millions de tonnes au Maroc, dont plus de la moitié concerne le gasoil (55%). Le reste est réparti comme suit : 6% pour l'essence, 4% pour le kérosène, 24% pour le butane, 9% pour le fuel lourd, et 2% pour le propane".

"Ces chiffres correspondent à des moyennes observées sur plusieurs années", précisent nos interlocuteurs, soulignant que "la consommation nationale progresse d’environ 2,5% à 3% par an, en fonction de la croissance économique".

Ces données de marché rejoignent des chiffres officiels présentés par la ministre de l'Énergie, Leila Benali, en commission au Parlement en octobre 2024 : "une consommation de 11,7 millions de tonnes en 2023, réparties comme suit : 52% pour le gasoil, 7% pour le kérosène, 6% pour l'essence, 8% pour le fuel".

Un niveau de stockage ne dépassant pas 30 jours de consommation

Quid du niveau des stocks au Royaume ? "La moyenne des stocks disponibles, tous produits pétroliers confondus, est de 30 jours actuellement", nous déclare une source ministérielle.

Comprendre : ce niveau de stock peut être plus faible ou plus important selon les types de produits.

Le ministère avait indiqué le 6 février 2026, dans un communiqué publié à la suite de conditions météorologiques exceptionnelles ayant perturbé les ports du Royaume, que le niveau des stocks nationaux de produits pétroliers dépassait 617.000 tonnes. 

Rapporté au volume annuel, cela correspond théoriquement à près de 18 jours de consommation.

Le département de tutelle avait indiqué également, "qu'un million de tonnes étaient en attente dans les ports".

"Une fois les conditions météorologiques améliorées, ces volumes ont pu être déchargés, permettant d’atteindre entre 30 et 45 jours de stocks, avant que la consommation ne reprenne", assure une de nos sources du secteur.

"Plusieurs cargaisons sont actuellement en commande. À court terme, aucun risque majeur de rupture d’approvisionnement en carburants n’est donc évoqué", ajoute notre source.

La réglementation impose aux distributeurs de détenir 60 jours de stocks de sécurité pour les produits pétroliers raffinés. Un niveau qui n'a jamais pu être observé sur le marché national.

Concernant le pétrole brut, l’obligation réglementaire est de 30 jours de ventes détenues par le raffineur. Cela concernait la raffinerie de Samir quand elle était opérationnelle.

Pour ce qui est des capacités de stockage des produits pétroliers, Leila Benali avait annoncé, lors de la présentation du projet de budget 2026 de son ministère, qu'elles atteignaient près de 3 millions de m³, répartis comme suit :

- Produits pétroliers liquides : 2,2 millions de m³, dont 90% liés aux ports ;

- Gaz de pétrole liquéfié (GPL) : 799.000 m³, dont 91% liés aux ports.

En termes de jours de consommation, les capacités de stockage étaient les suivantes vers décembre 2025 :

- Essence super : 100 jours ;

- Gasoil : 76 jours ;

- Kérosène : 58 jours ;

- Fioul : 87 jours ;

- Gaz butane : 55 jours ;

- Gaz propane : 29 jours.

"Des sources d'approvisionnement diversifiées "

En ce qui concerne la provenance des hydrocarbures, nos sources nous expliquent que "le Maroc ne s’approvisionne pas directement auprès des pays producteurs. Les achats passent principalement par des traders internationaux, spécialisés dans le négoce énergétique".

"Ces intermédiaires concluent les contrats et se chargent d’assurer l’approvisionnement. Lorsque les cargaisons arrivent, les certificats d’origine permettent toutefois d’identifier la provenance des produits".

"Dans la majorité des cas, les traders s’approvisionnent auprès de raffineries situées dans le bassin méditerranéen, notamment en Espagne, Italie, France et Portugal. La région dispose d’un grand nombre de raffineries qui alimentent le marché européen".

"Les traders peuvent également s’approvisionner auprès de grands hubs pétroliers européens, notamment Rotterdam, principal hub pétrolier d’Europe, et Anvers, en Belgique".

Une tension limitée à 10% des importations européennes en provenance du Moyen-Orient

"Pour les hydrocarbures, le Maroc dépend donc largement du marché européen, où ces produits sont raffinés", soulignent nos interlocuteurs. "L’Europe s’approvisionne, de son côté, en pétrole brut auprès de différentes sources, notamment depuis la mer du Nord (Royaume-Uni et Norvège), les États-Unis, l'Afrique dont l'Afrique du Nord".

"Les importations européennes en provenance du Moyen-Orient représentent généralement moins de 10%".

Ainsi, "en cas de tensions, l’Europe pourrait compenser en augmentant ses achats auprès d’autres producteurs comme l’Algérie, la Libye ou le Nigeria, ainsi que d’autres pays producteurs de la façade atlantique de l’Afrique de l’Ouest".

Qu'en est-il du kérosène ?

"Le kérosène suit la même logique d’approvisionnement que les carburants", expliquent nos interlocuteurs. "Le Maroc l’achète principalement via le marché européen".

Selon les professionnels du secteur, "les perturbations climatiques représentent aujourd’hui un risque plus immédiat que les tensions géopolitiques".

"Les ports marocains ne sont pas toujours protégés contre certaines conditions météorologiques, ce qui peut empêcher l’entrée de navires pourtant situés à quelques kilomètres des côtes".

Gaz butane : un impact potentiel sur la facture énergétique

La situation est plus sensible pour le gaz butane et le propane, estiment nos sources. "Le Maroc s’approvisionne principalement au Moyen-Orient, notamment en Arabie saoudite, au Koweït et aux Émirats arabes unis".

Par ailleurs, des alternatives existent. Parmi elles figurent les États-Unis et certains pays africains. "Le Maroc achète déjà ponctuellement du carburant auprès des États-Unis et parfois de la Russie".

Selon nos informations du marché, les stocks de gaz butane, notamment au niveau de la SOMAP (Société marocaine des pétroles), sont "d'environ trois mois de consommation".

"La principale contrainte serait donc le coût du transport en cas d’approvisionnement depuis des zones plus éloignées. Cela n’affecterait toutefois pas la disponibilité du produit. L’impact financier serait surtout supporté par l’État, dans la mesure où le butane est subventionné. C’est donc la facture énergétique et les finances de l'État qui pourraient être affectées.

Fuel et charbon : d’autres circuits d’approvisionnement

En ce qui concerne le fuel lourd, il est principalement utilisé dans la production d’électricité et dans certaines industries.

"Le Maroc s’approvisionne principalement en Afrique, notamment au Nigeria et dans d’autres pays producteurs", nous confie notre interlocuteur.

Pour ce qui est du charbon, "le Maroc a réorienté ses importations vers les États-Unis, qui sont aujourd’hui l’un des principaux fournisseurs, avec encore une part en provenance de Russie. Ces combustibles alimentent notamment les centrales thermiques de Jorf Lasfar et de Safi".

Un risque pour l’économie mondiale

"Il reste toutefois encore tôt pour mesurer les conséquences exactes du conflit", estiment nos sources. "Une perturbation prolongée des approvisionnements énergétiques pourrait affecter plusieurs grandes économies, notamment la Chine, l’Inde, le Pakistan et le Japon".

"Ces pays dépendent fortement des hydrocarbures du Golfe et jouent un rôle central dans les chaînes de production et d’exportation mondiales", concluent-ils.

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Le 5 mars 2026 à 17h10

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