Boudra et Khairat au PPS : la stratégie de Benabdallah pour peser en 2026
À quelques mois des législatives de 2026, le Parti du progrès et du socialisme signe un coup double en accueillant Mohamed Boudra et Abdelhadi Khairat. Derrière ces ralliements, Mohamed Nabil Benabdallah veut remettre son parti au centre du jeu et transformer une nouvelle dynamique d’adhésions en poids électoral.
À quelques mois des prochaines législatives, prévues en principe en septembre 2026, les préparatifs avancent à grands pas. Et cela passe notamment par le recrutement de candidats susceptibles de favoriser les chances des partis nationaux dans la course (effrénée) aux sièges à la Chambre des représentants.
À ce titre, une formation en particulier s'est illustrée au cours des derniers temps, à savoir le Parti du progrès et du socialisme (PPS).
Dirigé depuis mai 2010 par Mohamed Nabil Benabdallah, le Parti du livre vient de réussir deux bons coups en attirant dans ses filets, à un jour d'intervalle, Mohamed Boudra et Abdelhadi Khairat.
Boudra a été le premier à annoncer la nouvelle de son adhésion au PPS, et ce le jeudi 12 février 2026 via un post sur les réseaux sociaux.
Ou plutôt, s'agit-il d'un retour au bercail, car comme il l'a lui-même précisé, le concerné avait déjà rejoint le parti une première fois à Nador en 1991, époque où il exerçait en tant que médecin à l’hôpital Hassani de la ville rifaine.
Et Boudra de se fendre, par la même occasion, de ses vœux de "plein succès et [de] réussite à [s]es sœurs et frères au sein du Parti authenticité et modernité" (PAM), qu'il quitte donc après y avoir officié pendant quelque 17 ans – à partir d'avril 2009 – et avoir dirigé, en son nom, la mairie d'Al Hoceima (2009-2021) et le conseil régional de Taza-Al Hoceïma-Taounate (2009-2015).
Quant à Khairat, sa décision a été rendue publique en marge d'une réunion des bureaux provincial et local du PPS, tenue dans la soirée du vendredi 13 février 2026 à Settat.
Âgé de 75 ans (contre 65 pour Boudra), Khairat est, pour ceux qui ne le connaissent pas, un vieux routier de la politique, passé deux fois par la députation (de 2000 à 2002, puis de 2011 à 2016).
Figure historique du parti de l'Union socialiste des forces populaires (USFP), dont il a même été fondateur au célèbre congrès extraordinaire de janvier 1975 à Casablanca, longtemps directeur de son quotidien arabophone emblématique, "Al-Ittihad Al-Ichtiraki", il s'était retrouvé sur la touche à la suite de l'arrivée aux commandes de Driss Lachguar en décembre 2012.
Par voie de conséquence, son départ récent n'est qu'une suite logique à toutes ces années de mise à l'écart.
Mais il faut dire aussi qu'au PPS, il a su trouver une structure accueillante, "où tous les Marocains et les Marocaines qui souhaitent contribuer à défendre son projet d'"alternative démocratique et progressiste" sont les bienvenus", comme l'a fait remarquer Benabdallah dans un échange téléphonique avec Médias24.
"À une condition près", ajoute ceci dit, dans la même foulée, notre interlocuteur. "Que la probité et l'intégrité morale soient au rendez-vous, et c'est fort heureusement le cas chez MM. Boudra et Khairat, comme les suiveurs de la chose politique dans notre pays le savent".
Une stratégie d’élargissement avant 2026
Lors de notre échange, Benabdallah a insisté, à de multiples reprises, sur le fait que ce sont aussi, et surtout, de nombreux citoyens lambda, notamment dans les rangs des femmes et des jeunes, qui ont fait le choix de s'encarter au PPS au cours des mois écoulés.
Combien au juste ? Pas de chiffre encore arrêté, mais d'après l'explication qui nous a été donnée, et qui se base essentiellement sur les demandes d'adhésion faites via le site web officiel, ils seraient désormais dans le millier par mois, contre une dizaine à tout casser auparavant.
Une conséquence, affirme Benabdallah, "de l'offre politique particulière du PPS" : d'une part, il cite l'engagement en première ligne en faveur de la cause nationale du Sahara et celle de la Palestine, qu'il met sur le même pied ; d'autre part, la plateforme sociale du PPS, qui s'appuie donc sur son appartenance à la famille politique de la gauche.
Une ligne d’opposition sociale et politique
À ce dernier égard, Benabdallah met notamment en avant l'opposition frontale dont lui et les siens ont fait montre, tout au long du quinquennat sortant, à l'égard du gouvernement Aziz Akhannouch, taxé d'"agréger" les conflits d'intérêts. Et de donner l'exemple du "scandale" des "lobbys grassement subventionnés" d'importation des viandes rouges, et "l'affaire de la station de dessalement".
"Malheureusement, sur ces questions-là, beaucoup choisissent de pratiquer la politique de l'autruche", regrette Benabdallah, tout en balayant d'un revers de main l'accusation de "populisme" que certaines voix – notamment dans la majorité, justement – portent au PPS.
Objectif : peser aux législatives
Mais à quoi aspire exactement le PPS ? "À faire du mieux possible aux législatives", répond, tout de go, Benabdallah. Jusqu'à pouvoir truster les premières places ? Sur ce point, le leader socialiste se dit, certes, confiant.
Mais il reconnaît qu'en l'état, le PPS doit pouvoir compter sur la conjonction de nombreux éléments de terrain. Le plus fondamental étant que ceux qui croient en son projet prennent tout simplement sur eux d'aller voter le jour J. "Chaque voix est importante, même là où on peut croire qu'un parti donné est prédestiné à gagner", rappelle-t-il.
Et dans le même sillage, Benabdallah souligne que le PPS n'est pas contre l'idée d'une coalition électorale de plusieurs partis progressistes. Qu'à l'instar de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) en France, le PPS fasse front commun avec les autres formations de gauche... y compris l'USFP, avec qui il avait semblé à un moment, l'année dernière, en délicatesse.
"Mais je ne crois pas que ce soit leur priorité à l'heure actuelle. En janvier 2024, nous avions mis en place un groupe de travail conjoint, à notre corps défendant il est devenu lettre morte", confie Benabdallah.
Enfin, ce dernier d'en profiter, au moment où nous l'avons questionné sur les nouvelles lois électorales, pour appeler les pouvoirs publics à "faire le nécessaire", selon lui, pour que certains notables, aux pratiques qu'il qualifie de "douteuses", soient empêchés de sévir lors du scrutin.
"J'ai totalement confiance en notre État, bien évidemment, c'est donc un appel à la vigilance que je veux lancer", conclut-il.
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