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DROIT

Roblox et réseaux sociaux : comment protéger les mineurs ?

Certains pays optent pour l’interdiction d’accès aux mineurs des réseaux sociaux et des jeux vidéos tel que Roblox. Mais qu’en est-il du Maroc ?

Roblox et réseaux sociaux : comment protéger les mineurs ?
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Le 10 février 2026 à 11h58 | Modifié 10 février 2026 à 12h14

Le Maroc va-t-il, à son tour, restreindre l’accès des mineurs aux réseaux sociaux et à certains jeux vidéo ?

Le cas récent de l’Égypte, qui a officiellement interdit la plateforme de jeux vidéo “Roblox” s’inscrit dans une vague mondiale de restrictions et d’interdictions des réseaux sociaux visant les mineurs. Sur les réseaux, les images circulent : des enfants égyptiens en larmes, filmés par leurs parents, pleurant la disparition soudaine de leur jeu favori.

L’interdiction des réseaux sociaux, ou du moins leur accès encadré par l’âge, devient un sujet central pour de nombreux États. Après la Turquie, l’Irak, Oman et le Qatar, l’Égypte rejoint la liste des pays qui assument désormais des mesures radicales à l’encontre de Roblox. Mais ça ne s’arrête pas là.

En France ou encore en Espagne, des lois sont en cours d’examen pour interdire l’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs. D’autres pays ont également annoncé leur volonté d’interdiction des réseaux sociaux pour protéger les mineurs. Qu’en est-il alors du Maroc ?

Au Maroc, un vide réglementaire persistant

Au Maroc, le constat reste frappant. Aucun cadre clair. Aucun contrôle structuré. Même au niveau des créateurs de contenu, suivis par des millions, il n’existe ni statut précis, ni règles spécifiques. Les contenus sponsorisés prolifèrent, y compris des publicités illicites, trompeuses ou potentiellement dangereuses.

Certes, quelques poursuites existent. Des associations ont attaqué des influenceurs pour des contenus jugés offensants. La MDJS a également engagé des actions contre des créateurs de contenu ayant fait la promotion de produits relevant de son monopole légal. Mais ces initiatives restent ponctuelles, isolées. Elles ne constituent pas une politique publique cohérente.

Mais le sujet sera peut-être bientôt abordé officiellement au sein de nos institutions nationales. La parlementaire (PAM) et avocate Najwa Koukouss a sonné l’alerte ce lundi 9 février en adressant un appel au gouvernement (fac-similé ci-dessous) au sujet de l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans.

Elle estime que de “nombreux enfants sont exposés, sans réel contrôle, à des contenus violents, sexualisés, addictifs ou à des formes de cyberharcèlement qui ont un impact direct sur leur santé mentale, leur équilibre émotionnel, leur réussite scolaire et leur construction personnelle”.

Un sujet déjà identifié… sans suite concrète

En 2023, Médias24 s’était déjà penché sur la question. À l’époque, le ministère de la Communication évoquait la création d’un pont de communication avec les GAFAM, afin de mieux encadrer la gestion des plateformes. Deux ans plus tard, aucune avancée visible ne se dégage.

Entretemps, les dérives se multiplient. La mendicité en ligne explose. Des profils d’enfants publient du contenu quotidiennement, sans protection juridique, sans autorisation encadrée, sans rémunération encadrée. Certains enfants deviennent créateurs de contenu à leur insu.

En France, un influenceur ne peut pas faire de publicité avec son enfant sans contrat de travail rémunéré pour celui-ci. Il existe un cadre légal précis. Au Maroc, rien de tel. Des familles exposent leurs enfants en continu, sans garde-fou, sans contrôle.

Le rôle des parents est évidemment central. Mais le rôle de l’État l’est tout autant. Protéger les mineurs ne peut pas reposer uniquement sur la vigilance familiale. Cela suppose des règles claires, des mécanismes de contrôle et des sanctions effectives.

L’Europe se mobilise contre les réseaux sociaux

C’est précisément cette logique qu’a suivie la France. Une loi sur les influenceurs a déjà vu le jour en 2023. Une commission d’enquête parlementaire a auditionné des personnalités du web sur les dangers des réseaux sociaux pour les mineurs en 2025.

Et aujourd’hui, une nouvelle loi va plus loin. Validée par l’Assemblée nationale, elle doit encore être votée par le Sénat. Son objectif est d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. Si le texte est définitivement adopté, son application interviendra dès septembre 2026.

La liste des applications concernées n’est pas encore arrêtée. Elle le sera après l’adoption définitive. Mais une orientation se dégage déjà : les applications de “scrolling”, celles qui favorisent l’addiction, figurent en première ligne.

Emmanuel Macron a même demandé une procédure accélérée. Le dispositif prévoit plusieurs mesures fortes : impossibilité pour les moins de 15 ans de s’inscrire, exclusion des utilisateurs déjà présents s’ils ont moins de 15 ans, et obligation pour tout nouvel utilisateur de prouver son âge via une application tierce, dans le respect du RGPD (Règlement général sur la protection des données).

Une dynamique européenne… et mondiale

Le débat dépasse la France. L’Espagne envisage une interdiction pour les moins de 16 ans. La Suède et le Danemark ont annoncé leur volonté d’agir. L’Australie, elle, a déjà franchi le pas avec une interdiction lancée en décembre dernier.

Les premiers retours, relayés par la presse étrangère, évoquent toutefois des difficultés d’application. De nombreux jeunes contournent les dispositifs d’identification ou utilisent des VPN.

Mais les États persistent. Car au-delà de l’addiction au scrolling, d’autres dangers deviennent urgents à encadrer.

Roblox, un jeu devenu cible prioritaire

Les jeux en ligne se retrouvent désormais dans le viseur des autorités. Certains pour leur violence. D’autres pour des risques bien différents. Roblox s’impose comme un cas emblématique.

Selon la police nationale française, Roblox est accessible sur téléphone, ordinateur et tablette. Le principe repose sur la création de mondes virtuels. L’esthétique paraît ludique, presque enfantine. La réalité est tout autre.

La plateforme permet la discussion en ligne entre utilisateurs. Elle est ainsi devenue un terrain de chasse pour des prédateurs sexuels. Ils s’y font passer pour des enfants, ciblent de jeunes joueurs, puis déplacent progressivement les échanges vers d’autres plateformes comme Discord, Instagram etc.

Dans 40% des cas, ces échanges débouchent sur l’envoi de photos ou de vidéos. Les conséquences sont lourdes : corruption de mineurs, sextorsion, traumatismes psychologiques profonds. Certains enfants, déjà fragilisés, se réfugient dans ces univers pour fuir le harcèlement ou l’isolement. En subissant ce genre de traumatismes, des enfants ne supportent pas la situation et en viennent au suicide.

Des parents ont d’ailleurs poursuivi Roblox et Discord, les tenant pour responsables des suicides de leurs enfants.

Des chiffres effarants

En 2025, Roblox comptait 151 millions de joueurs quotidiens. 42% des utilisateurs avaient moins de 13 ans en 2024. Des chiffres qui expliquent la sévérité croissante des décisions étatiques.

Les études scientifiques confortent cette approche. Une étude menée sur plusieurs années auprès de milliers d’adolescents montre que ceux ayant un usage addictif des écrans présentent un risque significativement plus élevé de pensées suicidaires ou de comportements suicidaires que ceux ayant un usage contrôlé.

Une autre étude révèle que près de la moitié des adolescents présentent des comportements proches d’une dépendance : usage compulsif, perte de contrôle, difficulté à se détacher des écrans.

Fac-similé : Question orale de la députée Najwa Koukouss
Fac-similé : Question orale de la députée Najwa Koukouss

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