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AGRICULTURE

Après les pluies, la campagne agricole est-elle vraiment sauvée ? Echange avec le pt de la Comader

Après plus de sept années de sécheresse, les récentes pluies de fin 2025–début 2026 relancent l’espoir d’une campagne agricole meilleure. Le président de la Comader, Rachid Benali, répond aux questions de Médias24 sur l’état de la campagne, les réserves hydriques, le cheptel et la formation des prix.

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Le 24 janvier 2026 à 14h46 | Modifié 24 janvier 2026 à 15h03

En déplacement vers la région de Marrakech, Rachid Benali, président de la Comader (Confédération marocaine de l’agriculture), échange avec Médias24, dans le cadre de notre émission de décryptage de l'actualité, le 12/13, sur l’impact des précipitations et de l’enneigement enregistrés ces dernières semaines.

Peut-on parler d’une campagne « sauvée » ? Quelles filières en profitent le plus ? Les barrages et nappes se rechargent-ils durablement ? Et pourquoi les prix à la consommation ne baissent-ils pas toujours lorsque la production s’améliore ? Entretien.

Médias24 : est-ce qu’on peut d’ores et déjà, après le récent épisode pluviométrique de fin 2025–début 2026, dire que la campagne agricole 2025-2026 est sauvée ?

Rachid Benali : Non, on ne peut pas dire « sauvée», c’est un grand mot. Pour dire que c’est sauvé, il faut arriver à maturité de tous les produits jusqu’à la fin. Pour les grandes cultures — céréales, oléagineux — ce sont des plantes qui ont besoin de pluie pendant quelques mois.

Pour l’instant, on a un bon démarrage : les trois premiers mois se sont bien passés, mais on a encore besoin de pluie en mars et en avril pour assurer une récolte en mai. On peut dire qu’nous sommes bien partis et qu’une bonne partie est assurée.

-Quelles sont les filières qui vont le plus bénéficier de ces pluies d’automne-hiver et celles qui, au contraire, auront besoin de plus de pluies en février et mars ?

- Toutes les filières en ont bénéficié et toutes auront besoin d’un complément, parce qu’une plante est un être vivant : elle doit être nourrie en permanence.

On ne peut pas dire : « tu as bien mangé aujourd’hui, tu peux rester des mois sans manger ». C’est la même chose pour une plante. Elle a été bien arrosée. Pour l’élevage, il y a du pâturage. Pour l’arboriculture aussi, les arbres vont bien se développer. On a un très bon démarrage, mais il faut une suite : il faut que ça continue.

En revanche, ce qui est très important, c’est le retour de l’eau au niveau des nappes et des barrages : on le sent.

-Les pluies remplissent les retenues et les barrages, et il y a aussi l’enneigement. Ces chutes de neige sont bénéfiques pour la recharge des cours d’eau et surtout des nappes. Peut-on dire qu’un stock stratégique de la ressource hydrique est déjà assuré pour les deux ou trois prochaines saisons agricoles ?

- Pour les barrages, on peut le dire, mais pas pour les nappes, parce qu’on ne peut pas savoir ce qui se passe dans le sous-sol. Est-ce qu’il y a suffisamment d’eau pour un an ou deux ? Est-ce que les puits vont revenir ? Est-ce que les forages vont être remplis ? Est-ce que les sources vont continuer à couler ?

En revanche, les grands périmètres d’irrigation irrigués à partir des barrages : là, on peut dire qu’on est couverts au moins pour deux ans. Certains barrages, peuvent assurer plus que ça. Quand on voit le barrage Al Wahda, à plus de 50 %, il est aujourd’hui à 2,1 milliards de m³ et ça continue : là, on est tranquilles pendant trois ans facilement.

Pour certaines régions, des barrages sont pleins ; au niveau du bassin et du complexe, il y a plus d’un milliard de mètres cubes aujourd’hui. C’est très important pour les deux prochaines années.

Mais parler de toute l’agriculture, ce n’est pas possible, parce que la grande irrigation représente peut-être le tiers de l’ensemble. Ce qui est très important, c’est aussi la PMH — petite et moyenne hydraulique — et surtout la nappe : forages, puits. Là, ce sont souvent de petits et moyens agriculteurs. On a de très bons signes : nous sommes couverts pour une période, mais on ne peut pas dire si c’est un an, deux ou trois. Personne ne peut le savoir, parce que ce n’est pas quantifié comme les barrages.

-Une question sur le cheptel national. Pour les éleveurs, le retour des pâturages est un soulagement majeur. Peut-on espérer une stabilisation durable du cheptel après les pertes des dernières années, avec une année agricole qui s’annonce plutôt bonne ?

- On ne veut pas prédire l’avenir. C’est très difficile à dire. On espère.

-Que vous disent les éleveurs aujourd’hui, ceux qui ont souffert ces dernières années ?

- Ils sont au top aujourd’hui. La situation est impeccable : il y a de l’eau, il y a du pâturage. Il y aura une reconstitution du cheptel. Peut-être pas pour le bovin, parce que c’est plus difficile. Ce n’est pas comme l’ovin, où la gestation et le repeuplement sont plus rapides. Pour les bovins, ça prendra plus de temps. Mais pour les ovins, on est très bien.

La décision de l’année dernière a été excellente : ça a permis de couper avec certains stress. On a arrêté, on a repeuplé, et maintenant on peut repartir pour les prochaines années, inchallah.

Il y a aussi un point très important : leurs finances et leur trésorerie. Ces dernières années, ils étaient obligés d’acheter des aliments composés importés pendant pratiquement toute la période. Maintenant, ils sont couverts pour quelques mois.

-Les pâturages sont donc une sorte de bouée de sauvetage pour ces éleveurs. Une question sur le rendement des activités agricoles et les prix des produits agricoles. En période de sécheresse, la production baisse et les prix augmentent : on l’a constaté ces dernières années. Mais beaucoup de consommateurs ont le sentiment que l’inverse n’est pas vrai : quand la production s’améliore, les prix ne baissent pas forcément. Est-ce une réalité ? Est-ce un problème de structure des marchés agricoles au Maroc ?

- C’est un sujet qui demanderait des heures. En deux minutes, c’est difficile. Nous, en tant qu’agriculteurs, notre mission est de produire à un prix intéressant. D’ailleurs, nos prix sont souvent très bas. Mais quand ça sort des fermes ou des unités industrielles — la Comader regroupe aussi la transformation — et que ça arrive sur le marché, ce n’est plus nous : ça passe entre d’autres mains.

Je cite deux exemples.

La viande : pendant un moment, on était à moins de 100 dirhams, que ce soit bovine ou ovine. Avec la sécheresse, les prix se sont envolés : on comprend le phénomène. Mais aujourd’hui, avec le repeuplement, surtout des ovins, et le cheptel restauré, on a tout ce qu’il faut. Les prix chez le producteur, sortie ferme, le kilo de viande vif est autour de 40–45 dirhams. Donc, en principe, la viande nette est autour de 75–80 dirhams. Avant, ces 75 dirhams se retrouvaient sur le marché à 85–90 dirhams. Aujourd’hui, c’est à plus de 100 dirhams : on ne comprend pas. C’est un phénomène que nous-mêmes n’arrivons pas à expliquer : c’est le marché.

Pareil pour l’huile d’olive : l’année dernière, l’agriculteur a vendu entre 75–80 dirhams au petit transformateur. Les unités vendaient autour de 90 dirhams le litre, et sur le marché on la trouvait à 110–120 dirhams.

-Je rebondis sur le prix de l’huile d’olive, un secteur que vous connaissez très bien. Étant donné que nous nous dirigeons vers une bonne année agricole, pouvez-vous annoncer dès maintenant une baisse significative des prix du litre, qui dépassaient parfois 120 dirhams ?

- L’année dernière, l’huile d’olive se vendait chez l’agriculteur ou le petit transformateur autour de 80 dirhams, sortie unité, et on la trouvait sur le marché à 110–120 dirhams.

Aujourd’hui, elle sort de chez l’agriculteur autour de 35–40 dirhams maximum. Il n’y a pas de raison de la trouver encore à 65–70 dirhams : ce n’est pas logique. Aujourd’hui, le prix doit dépendre de la qualité — il y a de grandes différences — mais il doit se situer entre 45 et 55 dirhams, et au maximum 60 dirhams. On doit la trouver à ces prix-là.

Il y a encore des gens qui continuent à l’acheter à 100 dirhams : ça existe, mais ce ne sont pas les vrais prix, et ils doivent baisser.

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