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Nappes profondes : le Maroc lance ses premiers forages d’exploration au-delà de 1.000 mètres

Le ministère de l’Équipement lance des forages dépassant le kilomètre de profondeur pour cartographier les nappes fossiles du Sud. Une démarche complexe. Explications.

Nappes profondes : le Maroc lance ses premiers forages d’exploration au-delà de 1.000 mètres
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Le 1 décembre 2025 à 13h37 | Modifié 2 décembre 2025 à 8h46

Le Maroc commence l'exploration de ses nappes profondes. La Direction de la recherche et de la planification de l’eau du ministère de l’Équipement prévoit d'explorer la nappe profonde dans trois communes de la région de Laâyoune.

Les nappes profondes, considérées comme des réserves stratégiques, peuvent constituer une opportunité pour la mobilisation des eaux potables.

Cependant, la connaissance de leur potentiel nécessite la réalisation d’études et de prospections coûteuses capables de mettre en évidence de nouvelles zones inconnues auparavant.

Pour éviter toute ambiguïté, les nappes profondes considérées sont celles supérieures à 1.000 mètres de profondeur, bien que d’autres classifications admettent que les nappes sont considérées profondes au-dessous de seulement 200 mètres.

Nappes profondes : le Maroc lance ses premiers forages d’exploration au-delà de 1.000 mètres

La nappe profonde saharienne : une nappe douce ou saline ?

Actuellement, les régions de Laayoune et Dakhla s'approvisionnent en eau grâce à un système combinant transfert d'eau, dessalement et déminéralisation.

Ces régions ont été les premières à l'échelle nationale à avoir recours massivement au dessalement.

La nappe de Foum El Oued, située à l'embouchure de la Sakia El Hamra, constitue aujourd'hui la principale ressource d'eau douce superficielle de la zone. Elle alimente la ville de Laayoune en complément des eaux issues du transfert et du dessalement.

Quant à la nappe profonde saharienne, bien qu'elle couvre une vaste superficie, elle reste à ce jour inexploitée et encore méconnue.

Les forages historiques, réalisés entre 500 et 750 mètres de profondeur, ont révélé une salinité moyenne de 2,6 grammes par litre. Cette ressource est exploitée par des forages dans quelques communes rurales faiblement peuplées, équipées de systèmes de déminéralisation (monoblocs).

Toutefois, les débits captés restent faibles et ne permettent de répondre qu'à des besoins très limités.

La configuration géométrique de la nappe profonde saharienne montre un enfoncement progressif d'est en ouest, culminant à environ 1.500 mètres de profondeur à Boujdour.

La meilleure perméabilité de cette nappe se situe dans sa partie sud. Concernant sa salinité, celle-ci s'accroît du sud au nord et reflète directement le changement de faciès, ce qui démontre la nécessité d’investir dans plusieurs forages de reconnaissance.

C’est ainsi que le projet d'exploration récemment annoncé prévoit des forages, devant cette fois dépasser les 1.000 mètres de profondeur. Ils visent à localiser des ressources en eau moins salées.

Cependant, forer un puits à de telles profondeurs ne constitue pas une tâche simple où plusieurs paramètres techniques et économiques doivent être pris en considération.

Pourquoi le forage d’un puits de la nappe profonde est complexe

Plusieurs recherches scientifiques ont indiqué que les ressources en eau situées au-delà de 1.000 mètres de profondeur sont potentiellement plus répandues qu'estimé précédemment. L’intérêt d’une telle découverte ouvre la voie à de nouvelles sources d’eau non conventionnelles, notamment pour les régions arides.

À l’image de la nappe saharienne, le système aquifère du grès nubien, situé sous le désert égyptien, est le plus grand aquifère fossile connu au monde à une profondeur de 3.500 mètres. Il contient plus de 150.000 kilomètres cubes d’eau souterraine dont l’origine remonte à la dernière période glaciaire.

La recherche de ces nappes profondes nécessite de mobiliser des techniques d’exploration utilisées par le secteur des hydrocarbures. Il s'agit soit de sonder ces profondeurs à distance, soit d'exploiter les données sismiques historiques pour identifier des zones propices au forage. Cette approche permet de localiser avec une forte probabilité de l'eau dans des zones auparavant considérées comme sèches.

Le forage d’un puits profond est une opération coûteuse, car les profondeurs à atteindre sont similaires à celles explorées par l'industrie pétrolière et gazière. En revanche, son exploitation semble plus avantageuse que le dessalement de l’eau de mer. Ce dernier nécessite en effet une consommation énergétique très élevée et des coûts de maintenance périodique importants. L'exploitation des nappes profondes peut, elle, être rendue moins onéreuse si elle utilise une énergie renouvelable pour le pompage.

Toutefois, en tant que ressource non renouvelable, la consommation de cette eau doit être rigoureusement rationnelle pour éviter son épuisement car il est toujours difficile de compenser le déficit de ces nappes profondes par les aquifères peu profonds.

Pourquoi le Maroc doit scanner ses nappes profondes

Tandis que l’action publique se concentre sur les projets de mobilisation des ressources non conventionnelles, les eaux fossiles du pays restent largement sous-évaluées. En dehors de quelques forages de découverte sporadiques, le Maroc reste sous-exploré, alors qu’un investissement soutenu dans l’exploration pourrait débloquer des découvertes inattendues d'eaux fossiles piégées.

Face à un futur incertain exacerbé par le réchauffement climatique, il ne serait pas logique d’ignorer l’évaluation de ces ressources fossiles. Malgré le coût d'investissement élevé, cette exploration pourrait ouvrir la voie à des projets d’exploitation à utilisation hydrique limitée et néanmoins rentable, d'autant plus que des découvertes mondiales récentes ont identifié de l'eau douce même dans des nappes situées sous les océans.

Un exemple pertinent est la Jordanie, où l'exploitation de l'eau souterraine fossile est considérée comme plus envisageable étant donné qu'environ 200 millions de mètres cubes s'écoulent naturellement de la nappe vers la mer Morte sans être utilisés.

De son côté, depuis 1991, l'Arabie saoudite a exploité des eaux fossiles et y a investi des milliards de dollars pour développer cette ressource pour l'agriculture. En 2016, le pays a cependant définitivement abandonné ce programme de production, en raison des inquiétudes croissantes concernant l'épuisement rapide des réserves d'eau souterraines.

Nappes profondes : le Maroc lance ses premiers forages d’exploration au-delà de 1.000 mètres
Image satellitaire de parcelles agricoles développées grâce à l'irrigation par eaux fossiles en plein désert de l'Arabie saoudite.

Au Maroc, il est par ailleurs vrai que le modèle d’exploitation privé et anarchique des nappes peu profondes a exercé une pression considérable sur ces ressources renouvelables alors que la rareté de la pluie et l’utilisation intensive des sols ont entraîné la salinisation des eaux peu profondes.

L'exploitation des eaux fossiles est actuellement très coûteuse et ne peut pas subir le même sort que les eaux peu profondes. En raison du cout, l’État est en effet le seul acteur habilité, financièrement et juridiquement, à les exploiter de manière encadrée, à définir les méthodes appropriées pour leur préservation et à détecter les meilleurs endroits de forage. Or, la reconnaissance de l’ensemble des ressources est vitale pour mieux penser et décider notre futur.

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