img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
CULTURE

Comment le Festival de Fès de la culture soufie réinvente le vivre-ensemble

La capitale spirituelle du Royaume accueille, du 18 au 25 octobre, la 17e édition du Festival de Fès de la culture soufie. Sur le thème "Vivre poétiquement, art et spiritualité", l'événement se veut bien plus qu'une simple manifestation culturelle.

Comment le Festival de Fès de la culture soufie réinvente le vivre-ensemble
Par
Le 18 octobre 2025 à 12h41 | Modifié 18 octobre 2025 à 12h41

Dans un monde en "crise de sens", comme l'a déclaré à Médias24 Faouzi Skali, président du festival en citant Edgar Morin, le festival propose une réponse audacieuse : transformer la médina de Fès en un "territoire poétique", un espace où l'art, la sagesse et la célébration du vivant convergent.

Loin d'être un événement éphémère, le projet aspire à créer un "état d'esprit collectif" fondé sur des valeurs partagées.

Après une édition précédente intitulée "Connais-toi toi-même", le festival se concentre cette année sur la manière dont la spiritualité soufie inspire une vision sociétale où "l'art de vivre tient une place majeure".

Les confréries soufies, un héritage vivant et partagé

Au cœur de cette expérience se trouvent les confréries soufies (ṭuruq), véritables "écoles de l'âme" et creusets du lien social marocain. Le festival leur rend hommage en offrant une "immersion" complète dans leur univers.

À travers ses chants, ses danses et ses poésies, le soufisme se révèle comme une culture du vivant, capable de conjuguer enracinement et ouverture.

L'art musical y devient prière en mouvement, un lieu de communion qui fait "s'incarner" l'esprit soufi au cœur de la médina.

L'art, une voie d'initiation au vivre-ensemble

La programmation artistique illustre cette volonté de dialogue des cultures. Le concert d'ouverture, Présence (hadra), unit le flamenco mystique et les vers d'Ibn ʿArabî. Anghâm al-Shifâ’ explore la musique comme voie de guérison, tandis qu'un concert dédié à Paganini, présenté par la Fondation Ducci, réunit virtuosité et intériorité.

Ces expériences visent à faire de l'art un langage universel, une voie d'initiation au vivre-ensemble.

Parmi les créations majeures, la comédie musicale La Huppe et les Douze Oiseaux occupe une place singulière. Inspirée du Cantique des Oiseaux de Attâr, cette œuvre, qui intègre les acrobates du cirque Shem'sy, propose une initiation symbolique à travers le voyage des oiseaux en quête du Simorgh, figure de la connaissance de soi.

Mêlant musique, danse et récit, elle illustre la vocation éducative du festival, visant à transmettre aux jeunes comme aux adultes les valeurs du respect et de la quête spirituelle.

Un forum des consciences : penser le monde autrement

Les conférences du festival constituent un véritable "forum des consciences". Philosophes, poètes, scientifiques et artistes y dialoguent autour de la question centrale : comment "vivre poétiquement" dans un monde en mutation ?

Un colloque rendra également hommage à Sami Ali, fondateur de la psychosomatique relationnelle, explorant le lien entre science et spiritualité.

En rapprochant sa pensée de la poésie soufie, le festival montre comment la guérison passe par la "science des états intérieurs", un concept cher au soufisme.

Fès, une "Jérusalem qui fonctionne" et un modèle d'interfécondation

Au-delà de son contenu, le festival est le reflet d'un modèle de civilisation marocain. Cet "ADN national", forgé par douze siècles de monarchie et l'héritage andalou, repose sur une capacité unique à gérer la diversité culturelle et religieuse de manière harmonieuse.

Pour Faouzi Skali, cette "gouvernance de la diversité" confère au Maroc un rôle naturel de médiateur.

Le "vivre-ensemble" promu par le festival n'est pas une simple coexistence, mais une volonté de "faire société ensemble". C'est cette dynamique qui est souvent décrite comme une "Jérusalem qui fonctionne", un espace où des personnes d'origines différentes peuvent se retrouver.

Le festival aspire ainsi à une "interfécondation" des cultures, en s'inspirant de la pensée du sage soufi Amadou Hampâté Bâ : "Si tu penses comme moi, tu es mon frère. Si tu ne penses pas comme moi, tu es deux fois mon frère, car tu m'ouvres un autre monde".

C'est cette capacité à "se faire miroir", à s'inspirer des différences pour produire une "créativité commune", qui définit l'identité du festival.

Une matrice vivante de transformation sociale

Cette vision se concrétise à travers une programmation qui va au-delà des spectacles. L'exposition Interreligiosités marocaines du photographe Manoël Pénicaud témoigne de manière tangible du pluralisme spirituel du Maroc.

Parallèlement, des ateliers autour de la danse, du parfum et de la poésie révèlent que l'art est une voie d'initiation pratique au vivre-ensemble, transformant les festivaliers en acteurs de cette recomposition du lien humain.

En conclusion, l'enjeu du festival n'est pas de célébrer un héritage figé, mais de réinventer un humanisme spirituel. Dans un monde en quête de repères, Fès incarne l'espérance d'une "civilisation du vivant", où la culture devient une source vivante de cohésion et de construction collective.

LIRE AUSSI

La 17ᵉ édition du Festival de la culture soufie de Fès remet l’humain au cœur de la quête technoscientifique

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 18 octobre 2025 à 12h41

à lire aussi

Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)
CULTURE

Article : Le musée du continent africain devrait ouvrir à la fin de 2027 (Mehdi Qotbi)

Porté par la Fondation nationale des musées, le futur musée du continent africain a franchi une étape décisive. Le président Mehdi Qotbi nous annonce que le plus grand complexe muséal d'Afrique, dont les travaux de gros œuvre ont dépassé 85%, entre dans sa phase finale avant une ouverture au public lors du dernier trimestre 2027.

Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier
Quoi de neuf

Article : Le jardinier marocain de Jany Le Pen expulsé vers le Maroc pour séjour irrégulier

Selon une information révélée par Le Parisien, Hatim B., un Marocain de 32 ans qui effectuait des travaux de jardinage chez Jany Le Pen, veuve de Jean-Marie Le Pen, a été expulsé le jeudi 23 avril vers le Maroc. En situation irrégulière en France depuis 2017, il faisait l’objet d’une mesure d’éloignement décidée par le préfet des Hauts-de-Seine.

Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie
NATION

Article : Maghreb : une visite américaine dans un contexte de pression croissante sur l’Algérie

Annoncée par le département d’État, la tournée de Christopher Landau, du 27 avril au 1er mai, intervient dans un contexte marqué par l’implication croissante de Washington dans le suivi du dossier du Sahara et de ses prolongements onusiens.

Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)
ECONOMIE

Article : Ordre des experts-comptables : le scrutin s’annonce serré (liste)

Le scrutin du 21 mai pour le renouvellement du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables met en concurrence 41 candidats pour 11 sièges. Parmi eux, se dégagent des profils issus de grands cabinets internationaux, comme EY, Deloitte, Mazars, BDO, KPMG ou Grant Thornton, des figures expérimentées déjà présentes dans les instances de l’Ordre et des profils plus récents, illustrant les équilibres internes de la profession.

Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat
Quoi de neuf

Article : Protection des femmes victimes de violence : lancement officiel de la cellule centrale à Rabat

À Rabat, le ministère de la Solidarité a lancé la cellule centrale de prise en charge des femmes victimes de violence, chargée de renforcer la coordination institutionnelle, de superviser les structures territoriales et d'améliorer l’accompagnement juridique, psychologique et social des victimes.

Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI chute de 1,69%, les volumes grimpent à 667 MDH

La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 24 avril 2026 en baisse, avec un MASI en recul de 1,69% à 18.815,18 points. Les échanges ont atteint 667,11 MDH, dominés par Managem, Minière Touissit et Attijariwafa bank.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité