PLF 2026 : les propositions des économistes istiqlaliens ressemblent à une esquisse de programme électoral
Dans une note publiée en amont du Projet de Loi de Finances 2026, l’Alliance des Économistes Istiqlaliens (AEI) formule huit ensembles de propositions avec pour objectif de consolider l’État social, stimuler l’investissement privé, renforcer les souverainetés stratégiques du Maroc et soutenir le pouvoir d’achat des ménages.
Alors que le PLF 2026 se prépare, l’Alliance des Économistes Istiqlaliens (AEI) livre, comme chaque année, ses propositions structurées autour de huit axes de mesures.
Celles-ci vont du déploiement accéléré de l’État social au soutien du monde rural, en passant par la stimulation de l’initiative privée, la création d’emplois de qualité et une meilleure gouvernance budgétaire.
Ces mesures ressemblent moins à des propositions liées à la prochaine loi de finances, qu'à une ébauche de programme électoral. C'est comme si l'Istiqlal se démarquait déjà du gouvernement.
Pour l'AEI, "le Projet de Loi de Finances (PLF) pour l’année 2026 se prépare dans un environnement international caractérisé par une augmentation des tensions géopolitiques, des déséquilibres budgétaires et une ascension de l’endettement des grandes puissances, des incertitudes économiques et commerciales, ...".
"Il en découle un ralentissement de la croissance mondiale que notre économie pourrait ressentir, notamment en termes de demande et d’investissements extérieurs adressés au Maroc".
"Malgré ce contexte particulièrement contraignant, l’économie marocaine devrait terminer l’année 2025 avec une croissance de 4,5%, une maitrise de l’inflation à un taux légèrement supérieur à 1% et un début de recul du taux de chômage", poursuivent les économistes istiqlaliens qui "recommandent plus de prudence quant aux hypothèses de croissance, notamment en ce qui concerne la production céréalière et les prix des commodités".
Voici l'essentiel de leurs propositions :
1- Accélérer le déploiement des principaux axes de l’État social, avec un ciblage basé sur le registre social, permettant de rectifier les insuffisances constatées dans les pratiques actuelles :
- Redéfinir les éléments de calcul du "score RSU" à travers la révision des listes d’éligibles et des critères d’éligibilité (achat de certains biens et services jugés non indispensables) en augmentant le plancher jugé non indispensable (ex : achat de moyens de locomotion et consommations d’électricité et d’Internet qui sont parfois des outils de travail) et observer ces consommations sur une durée minimum de 6 mois avant de revoir l’éligibilité ;
- Réaménager le régime AMO pour les saisonniers, en garantissant un maintien temporaire des droits sociaux même en cas d'emploi irrégulier pour éviter la migration des salariés, cherchant à préserver leur droit à l’AMO, y compris agricoles, vers l’informel.
- Doubler la dotation (de 100 DH) destinée aux personnes en situation de handicap pour améliorer la couverture de leurs charges incompressibles ;
- Adapter la gouvernance de la Sécurité sociale en fiabilisant les mécanismes de prise en charge des travailleurs saisonniers, en élargissant la base contributive, et en améliorant le recouvrement des cotisations ;
- Compléter l’offre sanitaire en améliorant la gestion des urgences médicales par l’élargissement du champ d’action du SAMU pour inclure les secours sur la voie publique et le renforcement de ses moyens financiers ;
- Accélérer le déploiement de l’Agence du sang, la doter des moyens humains et matériels appropriés ;
- Impliquer les Conseils régionaux dans la gestion et le financement des agences régionales du sang et des services d’urgence médicale en leur permettant d’instaurer un prélèvement sur le chiffre d’affaires des activités privées de santé ;
- Accélérer l’adoption et le déploiement de la réforme approfondie, tant attendue, des retraites ;
- Mettre en place une meilleure coordination entre les caisses sociales et les organismes de santé, afin d’assurer la continuité des droits et de simplifier les démarches administratives pour les ménages.
2- Continuer à soutenir le pouvoir d’achat des ménages, en agissant sur l’offre de biens et services, en poursuivant la réforme de l’IR et en stimulant l’épargne, tout en évitant le surendettement des ménages :
- Élargir la tranche de revenu soumise au taux plafond IR de 34 %, de 180.000 à 240.000 DH ; et introduire des clauses contractuelles ou conventionnelles permettant une revalorisation automatique des salaires en fonction de l’évolution de l’indice officiel du coût de la vie (ICV) ;
- Soutenir les parents dans la scolarisation de leurs enfants en appliquant les dispositions de la loi 01-00 portant organisation de l’enseignement supérieur, promulguée en 2000, qui indique dans son article 88 que, dans des conditions et limites fixées par la loi de finances, des déductions peuvent être accordées pour les frais de scolarité ou de formation. 25 ans après la promulgation de cette loi, il est temps de concrétiser cette déductibilité pour l’enseignement supérieur et de l’étendre à l’enseignement élémentaire et secondaire, notamment pour les familles à revenu modeste ou intermédiaire ;
- Combattre la spéculation des intermédiaires, en vue de réduire les prix des viandes, assurer une reconstitution du cheptel, notamment bovin, et l’approvisionnement des marchés en viandes rouges et produits laitiers.
- Encourager les mécanismes d’épargne favorisant l’élargissement de la classe moyenne :
- Porter le plafond du PEE (Plan Épargne Entreprise) de 600 000 à 1 million de dirhams, et en augmentant l’abondement annuel versé par l’entreprise à 15 % du revenu salarial imposable, au lieu de 10 % ; •
- Rehausser le plafond des versements sur le PEL (Plan Épargne Logement) de 400 000 à 600 000 dirhams et le plafond du PE Éducation de 300 000 à 500 000 dirhams
4- Accorder une attention particulière au milieu rural, en améliorant les rendements des activités agricoles et d’élevage, en poursuivant la politique de reconstitution du cheptel, notamment bovin, en organisant la filière laitière au profit des éleveurs, et en diversifiant les sources de revenu de ses habitants :
- Mettre en place, avec les grands producteurs et les « agrégateurs », un système de quotas à l’export sur les produits de base, au prorata de la quantité globale commercialisée, soutenir pour les productions de base destinées à ce marché ;
- Soutenir la montée en gamme, le stockage, le conditionnement et la transformation de proximité des produits ruraux, en faisant bénéficier les investissements y afférant de tous les avantages prévus par la charte d’investissement, quelle que soit la taille du projet et sa province de localisation ;
- Inciter les agriculteurs à une utilisation économique de l’eau ; faciliter les autorisations et encourager les petits et moyens projets touristiques dans le rural ;
- Créer, sous forme de coopératives locales, dans les cercles ruraux, des centrales d’achat pour les intrants de produits et services destinés aux activités rurales et leur distribution et accorder une exonération de 5 ans des taux actuels de la taxe professionnelle ;
- Réduire de 50% les coûts de branchement et d’abonnement internet dans le milieu rural pour permettre l’accès, à distance, à des services d’éducation, de formation et de santé, améliorer l’attractivité de ce milieu pour les TPE et PME et faciliter la création de « maisons multiservices » ouvertes au grand public (poste, assurances, billetterie, etc…).
4- Vers une nouvelle génération de programmes territoriaux pour plus d’équité sociale :
- Réduire les fractures en infrastructures et services :
- Transport et connectivité : prolonger le programme de routes rurales (objectif 10 000 km supplémentaires à horizon 2030) et développer des liaisons ferroviaires régionales ;
- Santé : ouvrir des maisons de santé pluridisciplinaires, intercommunautaires et renforcées par des pratiques de télémédecine pour zones enclavées.
- Éducation : construire des internats pour collégiens et lycéens et des transports scolaires modernisés au profit des enfants du rural (bus intercommunal et bicyclettes) ;
- Lutter contre la déperdition scolaire en poursuivant la politique de ciblage conditionné des aides familiales en relation avec la scolarisation des enfants ;
- Eau & électricité : adopter des solutions décentralisées (mini-barrages, stations de dessalement monoblocs, énergie solaire rurale) pour fournir eau et électricité aux territoires non équipés ;
- Télécoms : inciter le Fonds de service universel (ANRT) à élargir et accélérer les investissements dans les réseaux et infrastructures télécoms pour couvrir les zones blanches, au moins en 4G, permettant ainsi à ces territoires de créer de nouvelles opportunités d’emploi et de bénéficier de services publics à distance.
- Stimuler l’économie locale et les chaînes de valeur régionales en développant des clusters territoriaux, tenant compte des vocations, avantages compétitifs et ressources hydriques locales, et spécialiser les territoires pour éviter les surproductions dans certaines filières (exemple des agrumes) et la rareté dans d’autres ;
- Appuyer ces productions par des fonds régionaux d’investissement et de garantie pour les PME/TPE locales et réserver au moins 25% de la commande publique régionale aux entreprises locales ;
- Renforcer la gouvernance locale et la participation citoyenne avec le soutien institutionnel des associations locales pour en faire un relais de proximité des politiques publiques ;
- Créer, avec le concours du HCP, un Observatoire National du Développement des Territoires (ONDT), avec des délégations régionales, pour le suivi régulier des indicateurs de développement humain et économique au niveau des territoires.
5- Poursuivre et renforcer les mesures visant la création massive d’emplois de qualité
- Augmenter la contribution maximale de l’ANAPEC aux formations dans le cadre du programme Taehil, de 10 000 à 20 000 dirhams par bénéficiaire, notamment les entreprises nouvelles et celles opérant dans des activités créatrices d’emplois à forte valeur ajoutée. Parallèlement, élargir l’éligibilité aux candidats non diplômés en valorisant leurs acquis professionnels, comme cela est pratiqué dans plusieurs pays émergents ;
- Augmenter le plafond d’éligibilité au programme Tahfiz de de 10 à 20 salariés maximum, et relever la part du salaire brut bénéficiant des exonérations fiscales et sociales de 10 000 à 12 000 dirhams par mois ;
- Encourager l’emploi formel en appliquant un taux réduit de 50 % pour toutes les nouvelles inscriptions à la CNSS, durant les 36 premiers mois suivant la déclaration ;
- Créer une bourse d’emploi auprès de l’ANAPEC pour permettre de faire face à la pénurie de ressources humaines que connaissent plusieurs secteurs (BTP, tourisme, santé, industries, codage, etc) et réduire le chômage qui sévit auprès des jeunes et des femmes. L’ANAPEC jouerait un rôle d’intermédiation active, avec l’OFPPT, consistant à orienter les demandeurs d’emploi vers des programmes accélérés de formation-insertion dans les filières concernées ;
- Mener une campagne intensive d’inscription en ligne (application smartphone) des chômeurs auprès de l’ANAPEC et Inscrire systématiquement, auprès de l'ANAPEC, tous les chômeurs demandeurs d’assurance maladie (par échange de données informatique) :
- Lancer des programmes de création massive d’emplois, tels que des programmes de plantation d’arbres dans toutes les communes, y compris sur des terrains privés auxquels l’État fournirait le type d’arbres adaptés ; et lancer par la même occasion des « ceintures vertes » autour des grandes villes pour en réduire la pollution. Un large programme de ramassage et de lutte contre la pollution plastique, terre et mer, peut également être lancé, en l’appuyant par une campagne de sensibilisation citoyenne.
6- Renforcer le cadre économique afin de stimuler le dynamisme de l’initiative privée.
- Libérer les énergies productives, lever les obstacles réglementaires et accélérer la mise en œuvre de leviers clés, tels que la charte de l’investissement, qui doit être pleinement opérationnalisée, y compris pour les PME, tout en versant les subventions prévues ;
- Reconsidérer le dispositif de l’auto-entrepreneur en élargissant les seuils de chiffre d’affaires annuels, passant notamment de 200 000 DH à 400 000 DH pour les prestations de services et de 500 000 DH à 1 million de DH pour les activités commerciales et industrielles ; augmenter le plafond de chiffre d'affaires avec un même client de 80 000 DH à 120 000 DH, et en réduire la retenue à la source de 30% à 20% ; et uniformiser le taux de retenue à la source pour les microactivités, avec une déclaration trimestrielle simplifiée ;
- Simplifier les démarches de passage progressif du statut d'auto-entrepreneur vers une forme d’entreprise plus adaptée à l’évolution de l’activité (SARL, par exemple) moyennant un mécanisme approprié, à mettre en place auprès des CRI ;
- Labelliser et accompagner les entreprises innovantes, en collaboration avec des instituts de recherche, comme MAScIR.
7- Poursuivre les actions du Gouvernement visant à augmenter et à diversifier les sources de recettes de l’État et des collectivités territoriales, en vue de poursuivre les grands chantiers de développement humain et économique dans les différentes régions du Royaume.
- Procéder à une révision périodique du système de dépenses fiscales et revoir les modalités d’octroi d’une série de subventions, en privilégiant les PME dans tous les secteurs ;
- Affecter 34% au lieu de 32% des recettes TVA aux collectivités territoriales ; les recettes supplémentaires seraient exclusivement réservées à la réalisation de projets structurants par ces collectivités ;
- Réorganiser et renforcer les moyens de l'administration fiscale des collectivités territoriales, avec un personnel intéressé aux résultats et doté de systèmes d'information efficaces ;
- Une gestion rigoureuse et dynamique du patrimoine public (État et collectivités), impliquant une connaissance fine de ce patrimoine et de ses potentialités, afin de définir une stratégie visant à optimiser l'utilité publique des biens, à améliorer leur rentabilité locative, et à déployer une politique de cessions et d'acquisitions stratégiques répondant aux objectifs de développement local. Les produits de cession des biens doivent également être réservés à l’investissement de développement des collectivités concernées ;
- Dans le cadre du processus de déploiement de la régionalisation avancée, permettre aux 7 Régions de générer des ressources propres pour pouvoir porter des projets régionaux structurants, en complément des efforts de l’État central :
- Les Régions doivent avoir un retour sur investissement issu de projets des communes et entreprises publiques dont les activités relèvent des attributions des Régions, notamment quand ces dernières contribuent à leur financement (péage routier et aéroportuaire, marchés régionaux de gros, distribution d’eau et d’électricité, etc) ;
- La création par les Régions de sociétés foncières, mobilisant du foncier public, destinées à des investissements générateurs d’emplois, avec un cout foncier réduit, et permettant un retour sur investissement à moyen et long terme au profit des régions ;
- La prise de participation des Régions dans des projets de capital-investissement permettant d’encourager l’investissement local, notamment dans des startups en manque de liquidités ;
- Établir une redevance minière, au profit des régions d’implantation, mettre en place un plan cadastral minier et permettre aux entreprises minières de constituer des provisions réglementées pour la reconstitution des gisements miniers
8- Poursuivre les grands projets d’investissement public tout en rationalisant les couts et en privilégiant une gestion active de la dette.
La rationalisation et la maîtrise des dépenses liées à ces projets pourraient nécessiter un recours plus large aux Partenariats Public- Privé (PPP) dans un cadre transparent et régulé, ainsi que la poursuite de l’encouragement de la préférence nationale.
Pour renforcer la discipline budgétaire, préserver la résilience de notre économie et la soutenabilité de nos financements, il serait opportun de définir des critères de priorisation des investissements sur la base d’une évaluation à priori des résultats socio-économiques escomptés.
La mise en place d’un Comité indépendant de suivi et d’évaluation de la soutenabilité des finances publiques, de la conformité aux règles, ainsi que de l’efficacité des politiques publiques est également souhaitable.
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