FIFEL : “Le producteur ne vend pas cher, c'est la chaîne de distribution qui pose problème”
Zakariya Hanich, président de la FIFEL, était l'invité du "12/13" de Médias24 depuis le Salon de l'agriculture de Meknès. Face aux nombreuses explications avancées pour justifier la hausse des prix des fruits et légumes, il remet les pendules à l'heure : si le gasoil a un impact, la véritable cause est ailleurs, notamment dans les conditions de production, les maladies des cultures et les dysfonctionnements de la chaîne de distribution.
Médias24 : On entend souvent que la hausse des prix des fruits et légumes est liée à celle du prix du gasoil. Certains calculs montrent pourtant que l'impact du transport représente à peine quelques centimes par kilo. Est-ce que le gasoil est utilisé comme un alibi pour justifier la hausse des prix ?
Zakariya Hanich : Vous avez en partie raison. Le problème de surcoût dans la production est un problème structurel. Nous avons beaucoup d'intrants sur lesquels on a vécu des augmentations inhabituelles, qui ont bien sûr impacté la chaîne de distribution ou de vente après la première vente réalisée par le producteur au niveau des marchés de gros.
Mais il faut commencer par la vraie problématique. C'est une année exceptionnelle que nous avons vécue, une année pluvieuse comme on n'en a pas connu depuis plus de sept ans. Avec ces pluies, malheureusement, on a eu beaucoup de maladies et de problèmes fongiques depuis le début de la campagne.
Au niveau de la région Souss-Massa, principale zone de production des primeurs qui alimentent le marché local d'octobre jusqu'en mai, c'est une année très difficile. Il n'y a pas que les problèmes liés aux pluies, il y a aussi des problèmes liés aux nouveaux virus.
- Est-ce que la hausse du prix du gasoil impacte directement, et de la manière que l'on constate sur les marchés, la hausse des prix des fruits et légumes ?
- Le vrai problème aujourd'hui se situe au niveau de la production. Cette année, il y a eu beaucoup de problèmes et de maladies qui l'ont impactée, ce qui fait qu'on a moins de produits sur le marché. Nous n'avons pas de vraies serres, nous avons des abris-serres, et ces abris-serres sont directement affectés par les changements climatiques.
Dès qu'on a beaucoup de pluie, on ne peut pas gérer la production. Cette année, il y a eu beaucoup de maladies et de virus qui ont fait baisser la production en fin de campagne, parce qu'une grande partie a été détruite et arrachée en cours d'année.
C'est la principale cause de la moindre quantité de produits disponibles sur les marchés.
- Quand des professionnels du transport affirment qu'un passage de 10 à 15 dirhams le litre de gasoil n'impacte le prix du kilo de fruits et légumes que de quelques centimes, est-ce la vérité ?
- Oui. Sur le marché de gros d'Inezgane, dans la région d'Agadir, la hausse récente des prix est due à la baisse de la production. Les prix constatés à 13, 14 ou 15 dirhams sur les marchés de Casablanca ou de Rabat sont bien sûr impactés par la hausse des intrants, notamment le gasoil, mais la principale cause reste la production.
Il y a eu des vents violents en février, des destructions de serres, qui ont ensuite favorisé le développement de maladies et réduit encore davantage les volumes disponibles sur les marchés de gros.
Du marché de gros d'Agadir jusqu'à Casablanca, Tanger ou Oujda, l'impact du gasoil existe, c'est certain. Mais il ne justifie pas que le prix soit parfois doublé. On parle de prix à 15 dirhams, alors que dans la région d'Agadir, certains produits se vendent à 10 dirhams.
Il y a l'effet des intermédiaires pour arriver sur les autres marchés.
- C'est justement le fond du problème : les intermédiaires entre le producteur et le consommateur final. Certains parlent d'une amplification des prix tout au long de la chaîne. Le marché marocain fonctionne-t-il de manière transparente et équilibrée ?
- Aujourd'hui, le producteur pourrait vendre à un meilleur prix, et le consommateur pourrait acheter moins cher qu'il ne le fait. C'est pourquoi la normalisation des marchés permettra de trouver des solutions pour réduire cet écart.
Aujourd'hui, nous ne pouvons pas vendre directement aux consommateurs, il y a beaucoup de problématiques à régler. Ce problème des intermédiaires et de la logistique impacte bien sûr le prix.
Le producteur est parfois pointé du doigt : on dit qu'il vend trop cher, ce qui est faux. Si l'on prend la moyenne de vente annuelle d'octobre jusqu'à aujourd'hui, on se situe entre 3 et 3,50 dirhams par kilo. Or, avec les difficultés actuelles, le coût de revient est entre 4 et 5 dirhams.
Ce qui permet au producteur de maintenir la production et de continuer à travailler, c'est la partie export, qui subventionne le marché local pour qu'il reste viable.
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