img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Santé

Malgré son retrait du marché, le Baraclude ravive la polémique sur les écarts de prix des médicaments au Maroc

Un post Facebook relatant l'histoire d'un médicament, le Baraclude, vendu dix fois plus cher au Maroc qu'en Turquie, a relancé la polémique autour du prix des médicaments dans le Royaume. Pourtant, selon nos informations, ce médicament n’est plus commercialisé au Maroc depuis au moins cinq ans. Cette polémique est ravivée sur fond de refonte du système de fixation des prix.

Le Baraclude ravive la polémique sur les écarts de prix des médicaments au Maroc
Le Baraclude ravive la polémique sur les écarts de prix des médicaments au Maroc. Crédit photo : MyHEALTH Shop
Par
Le 23 juillet 2025 à 17h41 | Modifié 23 juillet 2025 à 19h03

Baraclude, un médicament jusque-là inconnu du grand public, est propulsé au cœur des débats sur les prix des médicaments. Un simple post Facebook a suffi à déclencher la colère de nombreux citoyens face aux prix des médications pratiqués au Maroc. L’histoire racontée par un internaute a fait le tour des réseaux sociaux. Elle a également été reprise par plusieurs médias, suscitant une vive polémique sur l'écart entre les prix pratiqués au Maroc et ceux relevés dans d'autres pays, notamment la Turquie.

Dans son témoignage, l’auteur du post raconte que l’un de ses amis a voulu aider une personne atteinte de cirrhose hépatique, à la recherche du médicament "Baraclude", prescrit dans le cadre du traitement de l’hépatite B. En pharmacie au Maroc, le prix affiché est de 5.266 DH. Jugeant ce montant excessif, l’ami en question a entrepris des recherches et a pu se procurer exactement le même médicament en Turquie, pour seulement 580 DH (l’équivalent de 2.600 livres turques).

Le Baraclude retiré du marché marocain depuis cinq ans

Médias24 a contacté plusieurs acteurs du secteur. Une source proche du dossier nous confirme que "le Baraclude n’est plus commercialisé au Maroc depuis au moins cinq ans". L'information nous a également été confirmée par des pharmaciens d'officine.

"Ce médicament était auparavant distribué au Maroc par Maphar, sous licence du laboratoire Bristol-Myers Squibb (MBS), qui disposait d'une représentation dans le pays avant sa fermeture".

La même source nous précise que "Maphar ne le propose plus, même pas sous forme d’autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Les patients doivent donc se tourner vers l’importation ou recourir à son générique".

En effet, la fiche du Baraclude consultable sur le site de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé (AMMPS) indique clairement son retrait du marché, tant pour la version 0,5 mg que pour la 1 mg.

Baraclude
Le Baraclude est retiré du marché marocain.

Source : AMMPS

Baraclude Maroc

Source : AMMPS

Contactée par nos soins pour plus de détails, l'Agence est restée injoignable au moment de la mise en ligne du présent article.

Un seul générique au Baraclude, mais en rupture de stock ?

Joints par Médias24, plusieurs pharmaciens du Royaume nous confirment par ailleurs que le seul générique disponible au Maroc est l’Opavir 0,5 mg ou 1 mg. "Il est également en rupture de stock depuis quelques mois", précisent-ils.

Cette situation soulève une question inquiétante : les patients atteints d'une infection chronique par le virus de l'hépatite B sont-ils aujourd’hui privés de toute solution thérapeutique locale ?

Impossible d’y répondre, l’AMMPS étant restée injoignable. Aucune information officielle n’a alors pu être obtenue sur les alternatives envisagées ni sur la gestion de cette pénurie.

Un prix de vente très élevé au Maroc

Notons que le Baraclude, nom commercial de l'Entécavir, est un médicament antiviral indiqué dans le traitement des patients adultes atteints d'une infection chronique par le VHB.

Il s'adresse aussi bien aux personnes ayant une maladie hépatique compensée, avec preuve de réplication virale, qu'à celles souffrant d'une maladie hépatique décompensée.

Sous la forme d'une boîte de 30 comprimés, il est classé comme médicament princeps, c'est-à-dire l'original avant l'apparition de génériques.

Le prix public de vente (PPV) de la version 0,5 mg de ce médicament, lorsqu’il était distribué au Maroc, était fixé à 5.266 DH, selon les données de l’Agence nationale de l’assurance maladie (ANAM). Son prix hospitalier était de 5.009 DH.

Ce médicament est remboursé par la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS) et par la Caisse nationale de sécurité sanitaire (CNSS), sur la base du PPV de son générique, l’Opavir 0,5 mg.

Ce dernier est fixé à 2.833 DH, et le remboursement s'effectue également sur cette même base.

À l’étranger, des prix bien plus bas

En France, par exemple, pays de référence, le Baraclude est un médicament sur ordonnance, remboursé à hauteur d’au moins 60%. Son prix, hors honoraires, est fixé à 155,22 euros, soit environ 1.660 DH, avec un prix final (honoraires inclus) de 156,24 euros.

En Turquie, ce même médicament coûte 2.602,76 livres turques, soit environ 578,68 DH.

Ces écarts de prix interpellent. Car selon la réglementation marocaine en vigueur actuellement, le prix fabricant hors taxe (PFHT) des médicaments princeps est censé être fixé en fonction du plus bas PFHT parmi six pays de référence : France, Belgique, Portugal, Espagne, Turquie et Arabie saoudite.

Le calcul du PPV d'un médicament princeps se fait ensuite selon la formule suivante : PPV = PFHT + (marge grossiste × PFHT) + (marge officine × PFHT). Pour les médicaments importés, une marge supplémentaire de 10% est appliquée pour couvrir les frais d’importation et de douane.

La marge des officines varie entre 47% et 57% pour les médicaments des tranches T1 et T2. Elle est toutefois plafonnée à 300 DH ou à 400 DH pour les T3 et T4. Pour ce qui est des grossistes, elle se situe entre 2% et 11%, selon le prix fabricant.

Des explications, qui ne suffisent pas à dissiper le malaise

Alors, pourquoi le Baraclude était-il vendu à un prix aussi élevé au Maroc ? Plusieurs sources avancent l'hypothèse selon laquelle le prix de référence pourrait avoir baissé dans les autres pays ces dernières années, pendant que le médicament était absent du marché marocain. Les dévaluations successives de la livre turque peuvent également jouer dans le même sens.

D'autres sources du secteur nous expliquent pour leur part qu'au-delà des prix, d'autres aspects doivent être pris en considération pour effectuer de telles comparaisons, "notamment les pratiques et les différents systèmes de santé dans les autres pays de référence".

"Il faut également tenir compte des révisions de prix dans les autres pays. Il peut, par exemple, arriver qu’un médicament ait vu son prix baisser en Turquie, alors que cette révision n’a pas encore été appliquée au Maroc", nous explique-t-on.

Mais ces explications ne suffisent pas à dissiper le malaise. Car, au-delà du cas Baraclude, de nombreux médicaments continuent d’être vendus à des prix très élevés au Maroc, dans certains cas, sans justification apparente par rapport aux six marchés de référence. Une situation qui pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages, rendant l’accès au traitement difficile pour de nombreux patients, notamment pour les pathologies graves.

La réforme des prix des médicaments devient donc indispensable dans ce contexte. Elle devra s’attaquer non seulement aux écarts de prix avec l’étranger, mais aussi à la transparence des mécanismes de fixation, à l’actualisation régulière des prix de référence, et à la gestion des ruptures de stock.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 23 juillet 2025 à 17h41

à lire aussi

Les dessous du rachat du Palace d'Anfa par le groupe Rassuich
TOURISME

Article : Les dessous du rachat du Palace d'Anfa par le groupe Rassuich

Le Palace d'Anfa a changé d'actionnaires. Montant de l’acquisition, valorisation, calendrier des travaux et ambitions pour 2030. Ce que prévoit le nouvel acquéreur de l'établissement casablancais.

Swissport Maroc envisage le rachat de Swiftair.
Quoi de neuf

Article : Swissport Maroc envisage le rachat de Swiftair.

Le Conseil de la concurrence a annoncé avoir été notifié d’un projet de concentration économique portant sur la prise de contrôle exclusive de Swiftair Maroc par Swissport Maroc, opérant dans les services au sol aéroportuaires.

Législatives 2026 : le RNI dévoile une liste de 89 candidats
Elections 2026

Article : Législatives 2026 : le RNI dévoile une liste de 89 candidats

Le Rassemblement national des indépendants (RNI) a dévoilé, ce vendredi 5 juin, la liste de ses candidats aux prochaines élections législatives, à l’issue de la validation par la Commission nationale des élections de l’ensemble des candidatures présentées dans les différentes régions du Royaume.

Les prévisions météo pour le samedi 6 juin
Les prévisions quotidiennes

Article : Les prévisions météo pour le samedi 6 juin

Voici les prévisions pour le samedi 6 juin 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Temps assez chaud à localement chaud […]

Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse de 0,24% ce 5 juin
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca. Le MASI termine en baisse de 0,24% ce 5 juin

La Bourse de Casablanca a clôturé la séance du 5 juin 2026 en baisse. Le MASI a perdu 0,24% à 18.519,03 points, dans un marché marqué par le recul des valeurs minières et un volume d'échanges de 216,4 MDH.

MEDI1TV obtient l’autorisation officielle de diffusion au Mali
Quoi de neuf

Article : MEDI1TV obtient l’autorisation officielle de diffusion au Mali

MEDI1TV annonce la signature d’une convention avec la Haute Autorité de la communication (HAC) de la République du Mali autorisant l’établissement, l’exploitation et la diffusion de ses programmes sur le territoire malien.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité