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Une longue marche des habitants d’Aït Bouguemez, porte-voix de revendications sociales

La marche des habitants d’Aït Bouguemez vers Azilal, entamée le 9 juillet, a été organisée sur fond de revendications sociales : routes dégradées, services sociaux quasi inexistants, exode rural… mais aussi une volonté ferme d'améliorer leur avenir. Récit.

Une longue marche des habitants d’Aït Bouguemez, porte-voix de revendications sociales
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Le 11 juillet 2025 à 16h29 | Modifié 11 juillet 2025 à 21h21

La province d'Azilal est, depuis le mercredi 9 juillet, au cœur de l'attention sur les réseaux sociaux à la suite d'une marche de protestation partie du cœur de la région d'Aït Bouguemez. Des dizaines d'habitants de la région ont entamé une marche à pied en direction du siège de la province d'Azilal pour dénoncer la "marginalisation dont souffre le plateau" et ce qu'ils considèrent comme un "mépris continu de leur dossier revendicatif".

Les manifestants, hommes de toutes tranches d'âge issus des différents douars du plateau d'Aït Bouguemez, portaient diverses revendications sociales, économiques et environnementales. Au cours d'un périple d'un jour et demi, ils ont scandé des slogans appelant à la justice territoriale, au désenclavement, à l'amélioration des conditions de vie et à la facilitation de l'accès aux services de base, notamment dans les domaines de la santé, du transport, de l'éducation et des infrastructures.

L'amélioration des infrastructures constitue une priorité urgente pour les manifestants, en particulier la réfection de la route régionale n° 302 via le col de Tizi n'Terghist, et de la route n° 317 via Aït Abbas. Ces axes routiers connaissent une détérioration avancée qui aggrave l'enclavement des douars et transforme les déplacements quotidiens en "un véritable calvaire, notamment pendant la saison hivernale".

Sur le plan sanitaire, les habitants exigent la présence d'un médecin permanent dans l'unique centre de santé de la région, affirmant que l'absence de personnel médical les contraint à parcourir des dizaines de kilomètres jusqu'à la ville d'Azilal, ce qui représente un danger réel pour les femmes enceintes et les cas d'urgence.

Les participants à la marche ont également insisté sur la nécessité de renforcer la couverture du réseau téléphonique et Internet, qui reste quasi inexistante dans plusieurs douars d'Aït Bouguemez. Cette situation empêche les élèves de bénéficier de l'enseignement à distance et affecte négativement le secteur du tourisme de montagne, une ressource économique essentielle pour la population.

De leur côté, les jeunes de la région ont appelé à la création d'un grand terrain de sport pour leur offrir un espace d'animation et d'encadrement, en l'absence de toute structure sportive ou de loisirs, ce qui tend à exacerber l'oisiveté parmi une large frange de la jeunesse.

Des acteurs locaux ont également plaidé pour "la création d'un centre de formation aux métiers de la montagne et aux artisanats liés à l'environnement local" en vue d'intégrer les jeunes dans une dynamique économique durable, fondée sur la valorisation des ressources locales, et de freiner l'exode rural vers les villes.

La population a aussi réclamé la construction de barrages collinaires pour protéger les terres agricoles du risque de crues saisonnières, qui causent chaque année des pertes matérielles considérables et menacent la stabilité des habitants dans une région fortement dépendante de l'activité agricole.

Cette nouvelle forme de protestation intervient en raison d'un sentiment général de déception après une série de rencontres dont l'issue n'a pas été à la hauteur des attentes de la population, malgré une première écoute de leurs revendications. Selon des témoignages concordants d'activistes locaux, l'absence de mesures concrètes après les précédentes sessions de dialogue avec les autorités, et en premier lieu le gouverneur de la province, a attisé les tensions et entraîné une perte de confiance dans les promesses officielles.

De nombreux participants à la marche espèrent que leurs revendications se concrétiseront enfin, loin des promesses reportées, en soulignant que leur démarche est motivée par "un profond sens patriotique" et une conviction ferme que le développement est un droit légitime qui ne saurait être ajourné.

Après une marche de 50 km, les protestataires ont fait une halte nocturne dans la commune d'Aït M'hamed, à environ 20 km de la ville d'Azilal. Ils ont repris la route le lendemain matin en direction du siège de la province, avec la possibilité de prolonger la marche jusqu'à la wilaya de Béni Mellal en l'absence de réaction à leurs revendications, selon les déclarations de certains organisateurs.

Le président de la commune de Tabant rejoint la marche

Le président du conseil communal de Tabant-Aït-Bouguemez, dans la province d'Azilal, le PJDiste Khalid Tikoukine, a rejoint la marche de protestation organisée par les habitants de la région.

Interrogé par Médias24 sur les motivations de sa présence aux côtés des manifestants, Khalid Tikoukine a affirmé qu'il s'agissait d'une obligation inhérente à sa fonction. "Ma présence lors de cette marche n'était pas un choix, mais un devoir moral et politique. En tant que représentant élu, ma place est aux côtés de la population que je sers, surtout lorsqu'elle exprime un désarroi légitime. Mon rôle est d'encadrer, d'écouter et de porter leur voix. C'est ma conception de la responsabilité", explique cet ancien député.

Le responsable communal ajoute : "Cette marche n'est pas née de rien. Elle est l'expression d'une souffrance quotidienne et d'une accumulation de problèmes concrets : l'absence de services médicaux de base, une route dangereuse et impraticable [...], des difficultés d'accès à l'eau et des inondations récurrentes. Ce ne sont pas des slogans, mais des faits qui impactent directement la vie des citoyens".

Khalid Tikoukine a également révélé que la voie du dialogue avait été tentée en amont, sans succès. "Il est essentiel de comprendre que cette manifestation n'était pas la première option. J'ai personnellement entrepris une démarche proactive en sollicitant, plus d'un mois et demi auparavant, une rencontre avec les autorités pour discuter de ces urgences. Malheureusement, cette demande est restée sans réponse, ce qui a renforcé le sentiment d'abandon et la détermination des habitants".

Face aux critiques l'accusant de "manœuvre électorale", il a répondu : "Ces accusations sont dénuées de tout fondement. Ma légitimité ne se construit pas sur des actions de dernière minute, mais sur un engagement quotidien et une connaissance intime des dossiers. Ceux qui cherchent des arrière-pensées politiques ne font que projeter leur propre logique".

La réaction du gouverneur d'Azilal

À l'arrivée des manifestants dans la ville d'Azilal le jeudi 10 juin, le gouverneur de la province d'Azilal Hassan Benkhayi, a tenu une réunion avec une commission déléguée représentant la population au siège de la province. Cette commission comprenait des élus et des acteurs locaux, parmi lesquels notre interlocuteur Khalid Tikoukine. Selon ce dernier, le dialogue avec le gouverneur a été "direct et responsable", et tous les points figurant dans le dossier revendicatif présenté par les habitants ont été discutés.

Selon Khalid Tikoukine, le gouverneur de la province s'est ainsi engagé à tenir une série de réunions avec les services extérieurs concernés. Il a également été décidé d'organiser une réunion officielle dans les prochains jours avec les membres de la commune territoriale pour détailler la liste des priorités, en présence de représentants des douars d'Aït Bouguemez.

Parmi les engagements annoncés lors de la réunion, le responsable a promis de résoudre le problème de l'absence de médecin sur le territoire de la commune. Le dossier de la généralisation du réseau téléphonique et Internet a également été abordé, le gouverneur le considérant comme l'un des chantiers prioritaires et indiquant qu'il avait déjà commencé à y travailler avant même le début du dialogue.

Le dossier des inondations de l'oued Aït Bouguemez et des dégâts annuels qu'il cause a aussi été discuté. Face à l'absence de barrages collinaires, le gouverneur a indiqué qu'un programme spécifique pour la construction de barrages visant à protéger la région des risques d'inondations était déjà en place.

La situation du centre de formation aux métiers de la montagne, toujours en cours de travaux, a été soulevée. Les représentants des habitants ont exprimé leur espoir d'une accélération du rythme d'aménagement afin d'offrir aux jeunes de la région de réelles opportunités de formation et de qualification professionnelle, adaptées aux spécificités du milieu montagnard.

Les participants ont également insisté sur la nécessité de simplifier les procédures d'urbanisme dans les zones rurales.

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