Jazzablanca 2025 : première soirée en apesanteur
Sous les étoiles de Casablanca, la musique a tout balayé : les certitudes, la fatigue, le silence. Premier soir d’un festival qui vibre déjà au-delà du jazz.
Casablanca, Anfa-Park. Il est à peine 19h30, mais quelque chose a déjà changé dans l’air. Des effluves de street food se mêlent aux premières montées de basse, la lumière dorée du crépuscule se faufile entre les silhouettes encore calmes. Puis soudain, ça bascule. El Comité entre en scène, et la ville tout entière semble s’allumer.
Six Cubains qui jouent comme s’ils respiraient par leurs instruments. Pas un mot de trop. Juste les pulsations du piano, la batterie qui galope, les cuivres qui rugissent. Le public, d’abord timide, se met à onduler, porté par ce jazz percussif. Les corps s’échauffent, les sourires se desserrent, les rythmes afro-cubains éclaboussent la scène. C’est une ouverture sans diplomatie : directe au cœur.
Puis, quelques heures après, la lumière se tamise. Et c’est Hindi Zahra qui apparaît, presque irréelle, drapée dans ses silences et ses chuchotements. Née à Khouribga, elle est l’une des pionnières de cette folk marocaine qui voyage entre les continents. Sur scène, elle est plus que chanteuse ; elle est présence.
Une voix angélique, comme murmurée par le vent, capable de nous suspendre dans le calme d’un blues ou de nous emporter dans des grooves lancinants. Sa musique flotte, s’infiltre, berce. Le public, captif, ne dit plus rien. On écoute avec la peau.
Et puis enfin, la légende. Seal, silhouette sobre, costume vif, charisme intact. Dès les premières notes de ‘Crazy’, l’hippodrome explose. Sa voix, grave, veloutée, instantanément reconnaissable, traverse les générations.

Il déroule ses tubes comme des chapitres d’un roman soul. ‘Kiss From a Rose’ arrive, et soudain, tout le monde chante. Les plus jeunes, les plus anciens, les curieux, les fidèles. Une communion rare, presque cinématographique. Les téléphones s’abaissent, les regards montent.
Quand la dernière note s’éteint, il est presque une heure du matin. Mais personne ne veut partir. Les pieds sont fatigués, mais le cœur, lui, reste suspendu quelque part entre Cuba, Khouribga et Londres.
Jazzablanca a commencé. Et il bat déjà très fort.
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