Aide sociale directe : chez les bénéficiaires, un taux de satisfaction générale de 87% (ONDH)
Transparence, efficacité, équité : tels sont les mots clés de la première évaluation nationale du programme d’aide sociale directe. Selon l’ONDH, les résultats sont globalement positifs, bien que des défis persistent, notamment en matière d’accessibilité numérique.
Dans le cadre de ses missions, l'Observatoire national du développement humain (ONDH) a réalisé une enquête de terrain pour mesurer la satisfaction des bénéficiaires du programme d'aide sociale directe durant le premier semestre 2024. Cette enquête, "première du genre au Maroc", vise, selon l'Observatoire, à évaluer l'impact du programme en consignant les expériences concrètes des bénéficiaires et en recueillant leurs opinions.
Les résultats de cette enquête ont été dévoilés ce mercredi 2 juillet lors d'une conférence de presse.
La méthodologie adoptée
"Pour garantir la fiabilité de nos résultats, nous avons adopté une méthodologie rigoureuse et diversifiée", a déclaré le président de l’ONDH, Otmane Gair. Cette démarche repose d’abord sur une enquête quantitative de grande ampleur, réalisée auprès de 4.462 chefs de famille couvrant l’ensemble des régions et provinces du Royaume.
Afin d’enrichir cette approche statistique, l’ONDH a également mené une enquête qualitative reposant sur des groupes de discussion mis en place dans six provinces représentatives : Taroudant, Sidi Ifni, Rhamna, Médiouna, Boulemane et Chefchaouen.
"Cette phase qualitative nous a permis de capter des dynamiques locales, des perceptions citoyennes et des retours d’expérience essentiels pour affiner notre lecture des données", a précisé le président de l'ONDH.
Enfin, une analyse comparative internationale est venue compléter le dispositif. L’ONDH a confronté les résultats marocains à ceux obtenus dans des programmes de référence au Brésil, au Mexique, en Afrique du Sud et en Indonésie.
"Ces pays sont reconnus pour leur expertise en matière de politiques de développement humain. Les comparer au contexte marocain permet de mieux évaluer nos avancées et d’identifier des leviers d’amélioration", a fait observer Otmane Gair.
Un programme salué pour "son impact social et sa transparence"
Les premiers résultats de l’enquête menée par l’ONDH révèlent des indicateurs très positifs, reflétant une large adhésion des bénéficiaires au programme évalué. Selon Otmane Gair, "le taux de satisfaction générale atteint 87,46%, ce qui témoigne d'une réception largement favorable de l’aide apportée".
Au-delà de la satisfaction, les résultats mettent en évidence un niveau élevé de confiance dans la gestion du dispositif. "95% des personnes interrogées considèrent que le traitement des demandes d’inscription est transparent, ce qui montre l’adhésion au système et la crédibilité accordée aux institutions en charge", souligne Otmane Gair.
La qualité de l’information diffusée aux bénéficiaires a également été saluée. La majorité des participants ont jugé les contenus clairs et compréhensibles, renforçant ainsi l’accessibilité du programme.
Mais c’est sans doute sur le terrain de l’impact direct sur les conditions de vie que les résultats sont les plus marquants. " 89,6% des familles interrogées déclarent une amélioration de leur niveau de vie, dont 31% de manière significative", note le président de l’ONDH.
L’effet du programme sur la sécurité alimentaire est également manifeste : "92% des ménages indiquent une amélioration de leur accès à une alimentation suffisante".
Autre point clé : l’effet sur la scolarisation. 82% des familles estiment que le programme a contribué à soutenir la continuité scolaire de leurs enfants, en particulier dans les milieux ruraux ou précaires.
S’agissant de l’équité et de l’accessibilité, 90,4% des répondants estiment que le programme est mis en œuvre de manière équitable. Toutefois, la question de l’inscription reste problématique : seuls 5% des participants jugent les procédures faciles. "Cette difficulté d’accès aux démarches administratives, notamment pour les populations vulnérables peu familières avec les outils numériques, constitue un défi majeur à résoudre si l’on veut garantir l’inclusion effective de tous", alerte Otmane Gair sur ce point.
Une performance positive à l’échelle internationale
La comparaison internationale menée par l’ONDH vient renforcer les constats positifs de l’enquête nationale. " Avec un taux de satisfaction de 88%, le programme marocain se classe parmi les dispositifs sociaux les mieux perçus par leurs bénéficiaires à l’échelle mondial", souligne Otmane Gair.
Il se positionne derrière le programme brésilien Bolsa Família, souvent cité comme modèle de référence en matière de protection sociale, dont le taux de satisfaction atteint 95%, et se rapproche du Child Support Grant sud-africain, qui affiche un taux de 90%.
À l’inverse, il dépasse les résultats obtenus par des programmes similaires au Mexique et en Indonésie, pourtant mis en œuvre depuis plusieurs années. "Ce positionnement témoigne de l’impact réel et mesurable du programme marocain, ainsi que de la pertinence des choix opérés en matière de ciblage, de pilotage et de communication", affirme le président de l’ONDH.
Un nouvel indice pour affiner la perception des bénéficiaires
L’ONDH a franchi une nouvelle étape méthodologique avec la mise en place d'un indice national de satisfaction sociale (INSS).
Ce nouvel outil d’évaluation, conçu pour mesurer de manière fine la perception des bénéficiaires, attribue un score global de 71 sur 100 au programme analysé. Il prend en compte cinq dimensions essentielles : la facilité d’accès, l’impact concret, la faisabilité du déploiement, la pertinence des objectifs et la transparence des procédures.
"Cet indice permettra d’objectiver le ressenti des bénéficiaires et de fournir un indicateur fiable aux décideurs".
L’ONDH prévoit de généraliser cet outil à l’ensemble des programmes sociaux de l’État, afin de "doter le Maroc d’un cadre institutionnalisé d’évaluation de la performance sociale", capable d’orienter efficacement les politiques publiques.
Des recommandations pour renforcer l’impact social et territorial
L'ONDH a également proposé un ensemble de recommandations destinées à consolider les acquis et à relever les défis identifiés.
Parmi les priorités figure la nécessité de renforcer l’assistance sociale de proximité, afin de créer un lien plus direct entre les bénéficiaires et les dispositifs mis en place. "Il est essentiel d’améliorer la communication de terrain, notamment en s’appuyant sur le rôle des associations locales, qui peuvent faciliter l’accompagnement des ménages, en particulier dans l’accès aux services numériques", note Otmane Gair.
Il insiste également sur l’importance de lier la protection sociale à l’autonomisation économique. Pour cela, l'ONDH recommande la mise en place de programmes de développement des compétences, visant à offrir aux bénéficiaires des perspectives d’insertion professionnelle et d’indépendance financière à moyen terme.
Autre enjeu stratégique : la convergence des politiques publiques. L'enquête appelle à une meilleure coordination entre les différents programmes sociaux, notamment AMO Tadamon, afin d’éviter les redondances, d'optimiser les ressources et de garantir une couverture intégrée. "Il est impératif de mettre en place des mécanismes de mise à jour en temps réel des critères d’éligibilité, afin de maintenir l’équité et la pertinence des aides versées".
Enfin, l'enquête insiste sur un aspect fondamental : la participation citoyenne. L’appropriation sociale des programmes passe, selon l’Observatoire, par une implication accrue des citoyens dans la gouvernance territoriale, notamment à travers des dispositifs de concertation, de suivi participatif et d’évaluation locale.
"Renforcer la confiance dans les politiques sociales passe aussi par l'écoute, la transparence et la co-construction ", conclut Otmane Gair, appelant à faire de cette démarche participative un pilier des réformes à venir.
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