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Xlinks, une ambition brisée ? Autopsie d’une décision britannique aux multiples facettes

Privé du soutien du gouvernement britannique, Xlinks va devoir retrousser ses manches et chercher les bonnes alternatives. Mais avant cela, Xlinks a-t-il demandé l’impossible ? Le projet était-il trop ambitieux ? Et au fond, quelle est la véritable raison de ce rejet ?

La dernière rencontre officielle entre Leila Benali et Ed Miliband remonte à avril 2025, en marge du sommet international sur l'avenir de la sécurité énergétique à Londres.
Leïla Benali et Ed Miliband lors du Sommet sur la Sécurité Énergétique tenu en avril 2025 à Londres.
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Le 29 juin 2025 à 11h25 | Modifié 29 juin 2025 à 11h47

La décision du gouvernement britannique de ne pas conclure de contrat pour différence avec Xlinks ne sonnera pas le glas de son mégaprojet de liaison électrique entre le Royaume-Uni et le Maroc. Un tournant s'impose, mais le projet n'est pas enterré pour autant.

Xlinks l’a confirmé dans un communiqué daté du 26 juin 2026, et comme l’a dévoilé Médias24, Xlinks travaille désormais sur des plans alternatifs, à savoir d'autres clients potentiels comme des acteurs britanniques opérant dans les industries énergivores.

La crise de Xlinks ne date pas d'hier, les lenteurs dans le processus de l’autorisation étaient pointées du doigt depuis plusieurs mois. Avec la décision britannique qui met fin à une longue période d’attente, il est désormais temps de poser les questions pertinentes afin de comprendre les véritables raisons de ce rejet : Pourquoi le soutien britannique à ce projet a-t-il changé ? Le gouvernement britannique a-t-il de solides raisons pour ce revirement ? Le projet n'est-il pas rentable ?

Pourquoi le gouvernement du Royaume-Uni a dit non 

Dans une déclaration publiée le 26 juin 2025, le secrétaire d'État britannique Ed Miliband a affirmé qu'il n'était pas dans l'intérêt national du Royaume-Uni de continuer à examiner un soutien au projet énergétique Maroc-Royaume-Uni, du moins pour le moment.

Ed Miliband a précisé qu'une équipe du Département de la Sécurité Énergétique et de la Zéro Émission (DESNZ) avait travaillé en étroite collaboration avec Xlinks pour examiner les détails du projet, avant de mener une évaluation interministérielle de sa viabilité et de ses bénéfices potentiels. Du côté marocain, Miliband a indiqué que les ministères marocains avaient apporté leur aide tout au long de cette évaluation.

À l'issue de cette évaluation, le gouvernement britannique a conclu qu’il s’agit d’un mégaprojet unique en son genre, mais qui comporte un niveau élevé de risques inhérents et cumulatifs (livraison, exploitation et sécurité).

Selon le Secrétaire britannique à l'Énergie, ce projet ne cadre pas avec les priorités stratégiques du gouvernement et il existe des options alternatives nationales plus solides susceptibles d'offrir de meilleures retombées économiques, tant en termes d'emplois que de chaînes d'approvisionnement.

Miliband a également expliqué que cette décision relevait avant tout de considérations gouvernementales britanniques, tout en précisant qu'elle n'affecterait pas les relations bilatérales avec le Maroc, des liens qui se sont récemment renforcés avec l'annonce stratégique du Royaume-Uni concernant le Sahara marocain et la signature d'une série d'accords bilatéraux avec le Maroc, dont une grande partie concerne le secteur de la transition énergétique et le développement durable.

"Le Royaume-Uni s'engage à renforcer davantage son partenariat et considère le Maroc comme un partenaire commercial et d'investissement de plus en plus essentiel pour lui. Plus tôt ce mois-ci, le Royaume-Uni et le Maroc ont conclu un partenariat stratégique renforcé, qui a vu le ministre des Affaires étrangères se rendre au Maroc pour signer une série d'accords portant sur le commerce, la croissance verte et la sécurité", a déclaré Ed Miliband.

"Le Royaume-Uni se réjouit d'identifier et de développer de nouvelles pistes de coopération avec le Royaume du Maroc dans ces secteurs prometteurs et de plus en plus importants", a ajouté Milibdand, secrétaire britannique à l'Energie.

Le contrat pour différence est-il vraiment un privilège en faveur de Xlinks ?

Pour accroître la part des énergies renouvelables dans le mix électrique britannique, le gouvernement utilise le contrat pour différence (CfD) comme instrument financier incitatif. Ce mécanisme, prévu à l'article 10 de la loi sur l'énergie de 2013, encourage les investissements privés dans les énergies vertes en garantissant un prix fixe par MWh d'électricité produite pendant toute la durée contractuelle.

Le principe de ce contrat est que le vendeur (fournisseur d'électricité propre) s'engage à payer la différence si le prix de l'électricité augmente par rapport à la valeur convenue au moment de la vente. Inversement, l'acheteur (l'État) s'engage à payer si le prix de l'électricité diminue.

À ce jour, sept appels à projets ont été lancés, attribuant des contrats pour différence qui autorisent la vente d'électricité issue de divers types de productions renouvelables (éolien terrestre et offshore, énergie marémotrice, CSP, solaire photovoltaïque, biomasse…). Cependant, ces projets se limitent au périmètre du Royaume-Uni.

Par ce contrat, Xlinks visait un contrat à long terme au prix de 70 £ par mégawattheure, un niveau moyen comparé aux prix proposés par les projets britanniques bénéficiant d'un contrat pour différence, qui variaient entre 37 £ et 170 £ par mégawattheure.

Ne pouvant être qualifié que d’immense, le projet de liaison Maroc-Royaume-Uni promettait une connexion via quatre câbles sous-marins à haute tension. Chacun transportera 1,8 GW issus d'un mix solaire (7 GW) et éolien (4,5 GW) marocain, le tout renforcé par une capacité de stockage de 5 GW de batteries.

Les données des projets pour lesquels le gouvernement britannique a alloué des contrats pour différence montrent pourtant un écart significatif d’échelle : aucun n'est, à ce jour, comparable au projet Xlinks, alors que la plupart des projets contractés se situent sous la barre des 50 MW et les plus importants sont rares et dépassent à peine 1 GW.

Le Royaume-Uni est actuellement interconnecté avec plusieurs pays voisins par des liaisons électriques, notamment avec l'Irlande, la France, la Belgique, les Pays-Bas et, plus récemment, la Norvège. Ces interconnexions offrent des capacités comprises entre 0,5 GW et 2 GW, soit des niveaux nettement inférieurs au potentiel du projet Xlinks.

Sans CfD... et sans DCO, les deux murs qui bloquent Xlinks

Le blocage de Xlinks se répercute également sur le processus d'obtention de l’ordonnance de consentement de développement (DCO), l’équivalent britannique d’une étude d’impact sur l’environnement. La période de préexamen du projet Xlinks, qui précède l'examen, a dépassé les cinq mois autorisés, alors que le paragraphe 5 du Planning Act 2008 stipule une durée maximale de cinq mois pour cette phase.

Quelques jours avant la décision du secrétaire à l'Énergie, l'autorité britannique d'urbanisme a adressé une lettre (Planning Inspectorate) statuant que la réunion préliminaire, initialement prévue le 15 mai 2025 mais reportée à la demande de Xlinks, ne devrait pas dépasser la fin du mois de juillet 2025 comme délai de rigueur.

Désormais, Xlinks devra prioritairement décider, dans les jours à venir, du sort de la réunion préliminaire, à la lumière de la décision du gouvernement britannique de ne pas donner suite à un contrat pour différence. D'après la dernière lettre de l'administration britannique, l'entreprise devra choisir soit de continuer le processus d'examen, soit de l'abandonner momentanément pour y revenir une fois les incertitudes résolues.

Sachant que des investissements sont déjà engagés dans ce projet de liaison, notamment pour la définition du tracé des câbles à travers des études géophysiques, géotechniques et environnementales qui ont été confiées à l'entreprise belge GEOxyz.

Que pourront gagner le Maroc et le Royaume-Uni par ce projet?

Le Royaume-Uni est un pays de référence mondiale en matière d'énergies renouvelables, la part des combustibles fossiles dans son mix énergétique étant ramenée de 76,33% en 2010 à 25,7%, au profit des énergies renouvelables dont la contribution a bondi de 2,04% à environ 41,85% en 2024.

Pour atteindre la neutralité carbone, le Royaume-Uni a actualisé sa contribution déterminée national (NDC) avec un objectif de -81% d'émissions d'ici 2035. Selon Ed Miliband, cet engagement exige une sortie résolue des énergies fossiles au bénéfice d'énergies renouvelables propres, locales et compétitives.

Le projet Xlinks ne constitue pas une atteinte à la souveraineté énergétique britannique, sa production ne pourrait couvrir qu'environ 8% des besoins totaux en électricité du Royaume-Uni, mais constitue un soutien efficient et à bas coût en cas de surdemande.

En janvier 2025, The Guardian a révélé des dépenses record d'environ 12 millions de livres sterling (environ 16;5 millions de dollars) engagées pour fournir seulement trois heures supplémentaires d'électricité, en raison d'une surcharge de la demande. Un expert interrogé par le journal britannique a commenté cet événement en déclarant : "Nos modèles démontrent que la capacité électrique disponible sur le marché est très limitée : les ressources éoliennes sont insuffisantes et les interconnexions par câble avec les pays voisins manquent cruellement".

De son côté, Xlinks promet, grâce à son projet, de réduire les prix de gros de l'électricité de plus de 9 % dès sa première année. Le projet apporterait également 20 milliards de livres sterling de valeur socio-économique, incluant l'injection de 5 milliards de livres sterling dans les industries vertes du Royaume-Uni.

Au Maroc, l'idée du projet Xlinks d'exporter une énergie renouvelable, fortement disponible dans les quatre coins du pays, pourrait sembler être un simple projet permettant aux citoyens britanniques de s'approvisionner en électricité propre et moins chère. Cependant, l'impact va au-delà de ce point, le projet Xlinks démontre et promeut l'environnement d'investissement sain et attractif du Maroc.

Quant aux projets d'énergie renouvelable au Maroc, ils poursuivront certainement leur essor, surtout avec la dernière décision du ministère de la Transition énergétique d’ouvrir le marché de la moyenne tension, ce qui catalysera davantage l'investissement privé dans ce secteur en complément de l'investissement public déjà engagé.

Et si le projet Xlinks tarde à se concrétiser, un projet de siècle porté par l'énergéticien australien Fortescue pourrait s’implanter au Maroc, avec pour ambition d’alimenter l’Europe en 500 TWh d’électricité verte issue de centrales solaires, renforcées par des batteries de stockage et des unités de production d’hydrogène.

Pour Xlinks, les semaines à venir apporteront davantage de réponses quant au sort du projet, qui est actuellement en pleine renaissance en vue d'un prochain développement.

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