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Santé

Réglementation des psychologues : une réforme en cours… et des initiatives qui interrogent

Le chantier de réglementation de la profession de psychologue, enclenché par le gouvernement il y a quelques mois, suscite une multiplication d’initiatives politiques et associatives. La dernière en date est une proposition de loi déposée le 27 avril au Parlement par le PPS. Une dynamique qui interroge, tant sur ses motivations que sur sa portée réelle.

Réglementation des psychologues : une réforme en cours… et des initiatives qui interrogent
Réglementation des psychologues : une réforme en cours… et des initiatives qui interrogent
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Le 3 mai 2026 à 13h00 | Modifié 3 mai 2026 à 13h49

Alors que le gouvernement a officiellement enclenché le chantier de la réglementation de la profession de psychologue, une série d’initiatives politiques et associatives, observées ces derniers temps, vient semer la confusion. Entre propositions de loi et émergence de nouvelles structures (associations et syndicats), le secteur de la santé mentale se retrouve au cœur d’une bataille de positionnement… sur fond d’enjeux électoraux.

Les 28 et 29 avril, deux partis politiques, le PPS et l’Istiqlal (images ci-dessous), ont organisé à un jour d’intervalle des journées consacrées à la santé mentale. De même, une nouvelle proposition de loi visant à réglementer le métier de psychologue et à créer un ordre refait surface. Elle a été déposée le lundi 27 avril par le PPS à la Chambre des représentants.

Ces sorties interrogent. Pourquoi maintenant, et quelle est leur portée réelle ?

Une séquence politique qui interroge

Contactée par nos soins, la Société marocaine des psychologues cliniciens (SMPC) estime que ces initiatives s’inscrivent dans un contexte particulier. Elle y voit une instrumentalisation politique d’un sujet de société majeur, notamment après l’annonce, en octobre 2025, par le ministre de la Santé, d’une future réglementation de la profession.

En effet, le ministre de la Santé, Amine Tahraoui, avait indiqué le 27 octobre dernier, lors de la séance hebdomadaire des questions orales, que le Maroc ne dispose que de 1,7 psychiatre pour 100.000 habitants, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en recommande 10.

Pour y remédier, le ministère avait rappelé que son département travaille sur une feuille de route nationale de santé mentale, déjà finalisée, et que des discussions ont été engagées avec les professionnels du secteur. Celle-ci devrait être déployée à l’horizon 2030.

Elle s’article sur différents axes, notamment la création d’un cadre juridique pour les psychologues, qui n'en disposent pas, ainsi que le renforcement de la formation et autres.

Selon notre interlocuteur à la SMPC, "ce n’est pas la première tentative". "En 2024 déjà, une proposition de loi avait été déposée par le RNI. Mais elle n’est jamais sortie du tiroir. Nous avons tenté d’ouvrir le dialogue avec le parti à ce sujet, sans succès. Nous avons même contacté la député RNI qui portait le projet, mais elle n’a pas donné suite. Pourtant, nous étions ouverts à toute discussion".

Même constat pour la proposition actuelle du PPS, dont l’issue est jugée tout aussi incertaine : "elle ne sortira probablement jamais du tiroir non plus".

"Le problème, c’est que les partis politiques cherchent à s’emparer du sujet, dans un flou persistant quant à leurs interlocuteurs" du côté des professionnels du secteur, regrette la SMPC.

Une multiplication d'initiatives associatives et syndicales qui sème la confusion

Au-delà des partis, la SMPC pointe également la multiplication récente d’initiatives associatives et syndicales.

D’après notre source, "un syndicat de psychologues a récemment été constitué par quatre personnes dont la majorité ne sont pas des psychologues praticiens et une bonne partie sont des professeurs universitaires retraités".

De plus, "ce syndicat est composé en grande partie de psychologues sociaux" ajoute notre interlocuteur à la SMPC, "ce qui ne correspond pas au besoin actuel du gouvernement. Les besoins du système de santé concernent en priorité les psychologues cliniciens, intervenant en milieu hospitalier aux côtés des médecins et des professionnels de la santé mentale".

La SMPC s’interroge ainsi sur d’éventuels liens entre ce syndicat et le PPS. "Il est à l’origine de certaines des initiatives actuelles". Et d’ajouter : "il y a aussi d’autres associations récentes, créées il y a à peine quatre ou cinq mois, qui tentent aujourd’hui de se positionner sur ce sujet et surfer sur la vague".

Dans ce contexte, une confusion s’installe. "Les professionnels du secteur pensent que le Parlement est en train de statuer sur leur sort, alors que ce n’est pas le cas. Le sujet est tout simplement instrumentalisé. C’est le gouvernement qui est impliqué dans la réglementation, et non les partis politiques".

Une réforme déjà engagée… ailleurs

La SMPC nous assure que le véritable chantier de réglementation est déjà en cours au niveau gouvernemental. "Le ministre de la Santé a annoncé officiellement en octobre 2025 que la réglementation était en préparation. C’est intégré dans le programme de santé mentale à horizon 2030, mais cela pourrait aboutir bien avant", affirme-t-elle. "C’est d'ailleurs cette annonce qui est venue concrétiser réellement le processus de réglementation de la manière la plus efficiente".

La SMPC affirme travailler étroitement avec les autorités compétentes depuis plusieurs années. "Nous avons déposé, l'année dernière, une proposition de loi auprès des instances gouvernementales, qui a été bien accueillie. Elle est actuellement étudiée. Nous ne passons par aucun parti politique. C’est une stratégie assumée. Les partis ont d’autres intérêts que les nôtres".

La SMPC insiste également sur l’ancienneté de son engagement. Créée en 2000, elle travaille concrètement sur la réglementation depuis 2015, date à laquelle une première mouture de projet de loi a été élaborée. Celle-ci ne concernait initialement que les psychologues cliniciens.

Depuis 2021, une nouvelle version a été entièrement repensée pour intégrer l’ensemble des spécialités de la psychologie, en tenant compte des évolutions du système marocain, que ce soit au niveau de l’enseignement supérieur, du secteur libéral ou des institutions.

"Nous avons travaillé avec des juristes spécialisés, des universitaires issus des différents champs de la psychologie au Maroc et des praticiens du public et du privé notamment. Le texte a été écrit, relu, critiqué, retravaillé. Ce n’est donc pas une proposition improvisée. Cette mouture repose également sur un benchmarking international et des normes reconnues. Nous ne réinventons pas la roue. Partout dans le monde, la profession est encadrée. Le Maroc ne peut pas rester une exception".

Nous avons déposé, l'année dernière, une proposition de loi auprès des instances gouvernementales, qui a été bien accueillie. Elle est actuellement étudiée

La dernière mouture, à l'étude par le gouvernement, se base sur des justificatifs scientifiques internationaux, avec une documentation bien précise. "Aucune disposition proposée n’a été posée de manière arbitraire".

Autre point important souligné par notre source : "toutes les spécialités ne relèvent pas nécessairement du ministère de la Santé. La tutelle commune reste celle de l’Enseignement supérieur, dans la mesure où il s’agit avant tout d’un enjeu de formation. La question centrale est celle de l’accréditation : sur quels critères est-on formé et reconnu ?"

"L’exercice de la profession de psychologue doit reposer sur des exigences claires, notamment l’obtention d’une licence en psychologie, et non dans une autre discipline, suivie d’un master. Autrement dit, le titre de psychologue ne peut être accordé qu’à partir d’un niveau minimum bac+5 en psychologie, avec une spécialisation précise. Chaque spécialité répond, en effet, à une fonction d’intervention spécifique".

La proposition de loi du PPS jugée faible

A l’inverse, les propositions portées par certains partis sont jugées largement insuffisantes. "Il y a une méconnaissance de la réalité, qu’elle soit marocaine ou internationale", regrette la SMPC.

Elle relève notamment certaines imprécisions dans le texte du PPS, qui mentionne la criminologie sans distinguer clairement cette discipline, davantage rattachée au champ juridique, de la psychocriminologie, relevant de la psychologie clinique. Elle souligne également l’absence de formation spécifique dans ce domaine psychologique au Maroc. "Ce n’est pas sérieux".

L’autre critique de la Société concerne le nombre limité d’articles (24 au total) pour encadrer une discipline aussi complexe. "Le plus grave, c’est de confondre les spécialités. C’est une erreur qui peut avoir des conséquences graves en matière de santé publique".

L’ordre des psychologues ne peut être constitué sans réglementation préalable

La question de la création d’un ordre des psychologues revient régulièrement dans le débat. Mais pour la SMPC, son existence dépend de plusieurs facteurs, qui caractérisent les différents pays.

"Aujourd’hui, il n’existe aucun ordre des psychologues au Maroc. Et il ne peut pas y en avoir sans réglementation préalable", insiste-t-elle.

Les instances ordinales relèvent exclusivement du Secrétariat général du gouvernement (SGG). "Ce sont des structures juridiques, dotées de pouvoirs spécifiques. Aucun syndicat ou association ne peut se proclamer ordre".

Par ailleurs, tous les pays ne disposent pas d’un ordre. "Certains ont un statut réglementé sans ordre. C’est un choix. Mais au vu du chaos actuel, du charlatanisme et même des dérives internes à la profession, nous pensons qu’un ordre est nécessaire au Maroc".

En ce qui concerne la réglementation, plusieurs enjeux sont jugés prioritaires par la SMPC :

- La régulation de la formation universitaire de psychologies (licence et master), avec des spécificités claires de chaque spécialité ;

- La régulation des autorisations d’exercice pour les psychologues cliniciens ;

- La délimitation claire des champs d’intervention entre les divers spécialités de la psychologie ;

- La protection de la psychothérapie, réservée exclusivement aux psychologues cliniciens, psychiatres et pédopsychiatres.

"A l’international, seuls les titulaires d’un master en psychologie clinique et psychopathologie peuvent pratiquer la psychothérapie. Ce sont donc les psychiatres, les pédopsychiatres et les psychologues. Si on ne maîtrise pas cela, on ne pourra jamais réguler la profession et protéger les citoyens".

Une légitimité revendiquée

La SMPC se présente comme l’acteur le plus représentatif du secteur, non pas en nombre d’adhérents (une soixantaine), mais en diversité de profils : universitaires, psychologues hospitaliers, cliniciens du privé et du public. D’ailleurs, il y a très peu d’associations dans le secteur, puisque l’adhésion des psychologues est extrêmement faible.

"Nous couvrons toutes les spécialités, et nous sommes les plus actifs sur le terrain", affirme-t-elle, évoquant des partenariats avec plusieurs ministères, ONG et institutions. Parmi eux, l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE), présidé par la Princesse Lalla Meryem, avec lequel des projets sont menés depuis plusieurs années sur la santé mentale des enfants et des adolescents, notamment sur les traumatismes et les violences sexuelles.

La Société a également été auditionnée par le CESE il y a quelques années, dont les recommandations allaient déjà dans le sens d’une réglementation de la profession.

Un chantier prioritaire, mais politisé

Aujourd’hui, la réforme est entre les mains du gouvernement, notamment du ministère de la Santé et du Secrétariat général du gouvernement. "Le dialogue est ouvert, les échanges sont réguliers, et le processus avance", assure la SMPC.

Mais dans un contexte de pré-campagne électorale, les interférences politiques pourraient compliquer les choses. "A un moment donné, il faut arrêter de faire croire que tel ou tel acteur va sauver la profession. La réglementation ne se fait pas par magie, ni par récupération politique".

Malgré tout, la SMPC se veut confiante : "c’est un sujet prioritaire. Et nous savons qu’il est traité comme tel au niveau de l’Etat", conclut-elle.

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