Passer le baccalauréat sans carte d'identité : la justice fait primer le droit à l’éducation
La justice marocaine a autorisé exceptionnellement une lycéenne à passer les épreuves du baccalauréat en l'absence de carte nationale d'identité, document pourtant requis pour accéder à la salle d’examen. Pour le juge des référés, l'intérêt "suprême" de l'élève prime sur les formalités administratives.
L’exigence de documents administratifs ne peut, en certaines circonstances, faire obstacle à l’accès à l’éducation, un droit fondamental. C’est ce qui ressort d’une ordonnance en référé rendue le 28 mai 2025 par le tribunal de première instance de Rommani.
La juridiction a exceptionnellement autorisé une élève à passer l’examen du baccalauréat sans carte nationale d'identité, document pourtant exigé pour l’accès à la salle d’examen.
L’affaire concerne une lycéenne inscrite en terminale au lycée qualifiant Al-Tawhid, dans la commune de Aïn Sebt (province de Khémisset). À quelques jours de l’examen, la candidate ne disposait toujours pas d’une carte nationale d’identité. Une situation due à une procédure judiciaire en cours : la rectification de sa date de naissance, préalable indispensable pour obtenir la CNI, avait bien fait l’objet d’un jugement favorable, mais ce dernier a été frappé d’appel par le ministère public, retardant les démarches.
Une autorisation provisoire pour préserver l’avenir scolaire
Convoquée officiellement aux épreuves de la session ordinaire de juin, la candidate risquait d’en être écartée. Le directeur de l’établissement lui a indiqué que la carte d’identité était exigée pour accéder à la salle, conformément aux consignes. En réaction, la jeune fille, assistée d’un avocat, a saisi le juge des référés à Rommani le 26 mai 2025.
Deux jours plus tard, le 28 mai, soit la veille de l’épreuve, le tribunal rend son ordonnance. Une décision rendue in extremis, qui souligne la réactivité de la justice face à une situation d’urgence scolaire.
Le juge a retenu plusieurs éléments : l’élève est régulièrement inscrite, une procédure légitime est en cours, et l’empêchement d’obtenir la carte résulte d’un appel. En conséquence, et dans "l’intérêt supérieur de l’élève", il l’a autorisée à se présenter aux examens avec effet immédiat, sans attendre la fin de la procédure au fond.
Petite affaire, grande et courageuse décision
Cette ordonnance relève des décisions dites de principe. Le juge des référés a traité un cas concret tout en posant un repère utile à d’autres situations similaires.
L’ordonnance rappelle ici qu’une exigence administrative, même légitime, "ne peut primer sur le droit à l’éducation" lorsqu’il y a urgence, bonne foi et obstacle indépendant de la volonté du requérant.
L’ordonnance est assortie de l’exécution provisoire, synonyme d'effet immédiat. L’élève a pu se présenter selon les indications figurant sur sa convocation officielle. Petite affaire, grande décision.
à lire aussi
Article : Antidumping sur les couvertures : Mazafil et Cosyfil s'expliquent
Mazafil et Cosyfil demandent l’instauration de droits antidumping sur les importations chinoises et égyptiennes d’étoffes à longs poils pour couvertures. Les deux producteurs dénoncent des prix anormalement bas et défendent une mesure destinée, selon eux, à rétablir une concurrence loyale.
Article : Viandes rouges : la hausse des prix devient-elle la nouvelle norme ?
Après les fortes tensions observées durant la période de Aïd al-Adha, les prix restent orientés à la hausse un mois plus tard. Cette situation interroge d'autant que ces prix, jugés autrefois exceptionnels, s'installent. Les dessous d’une flambée durable.
Article : Gaz naturel : sans cadre légal, la feuille de route marocaine reste fragile
De Nador West Med à l’unité flottante de regazéification envisagée dans l’appel à manifestation d’intérêt, le Maroc commence à dessiner son infrastructure gazière. Mais, faute de loi pour organiser le transport, le stockage, la fourniture et la régulation du marché, les investisseurs restent face à une équation incertaine, déjà renvoyée de gouvernement en gouvernement depuis Abbas El Fassi.
Article : Imad Bakkali, nouveau PDG de Centrale Danone
Il prendra ses fonctions le 1er juillet, en remplacement d’Hervé Barrère, qui quitte le groupe pour des raisons familiales après neuf ans chez Danone. Fort de plus de vingt-trois ans d’expérience dans les biens de grande consommation, il devra poursuivre la transformation de l’entreprise.
Article : Sahara : l’élection de de la Espriella peut-elle faire basculer la position de la Colombie ?
De Bogota à Rabat, l’élection d’Abelardo de la Espriella est observée au-delà de son seul enjeu colombien. Le nouveau président succède à Gustavo Petro, qui avait rétabli les relations avec la "rasd" trois jours après son investiture et multiplié les signaux favorables au polisario. Pour le Maroc, la question est désormais de savoir si cette ligne survivra au retour de la droite au pouvoir.
Article : RGPH 2024 et découpage électoral au Maroc, analyse d'un fossé grandissant entre démographie et représentativité
L'urbanisation rapide confirmée par le recensement de 2024 interroge la physionomie de la future carte électorale marocaine. Alors que certaines banlieues connaissent une forte croissance et que des centres-villes se vident, le ratio d'habitants en âge de voter par député affiche des écarts sans précédent. Décryptage des tensions techniques, géographiques et politiques qui pèsent sur la préparation du scrutin de septembre 2026.