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ECONOMIE

2ᵉ édition du Sustainable Industry Forum : les pistes d’innovation pour repenser la décarbonation industrielle

Placée sous le thème "Repenser l’impact carbone", la deuxième édition du Sustainable Industry Forum s'est achevée sur un échange constructif entre décideurs, industriels et experts. À l'heure où le Maroc accélère ses ambitieux projets de transition énergétique, l'objectif principal était d’identifier précisément les défis structurels de la décarbonation du tissu industriel national et de capitaliser sur les opportunités offertes par cette transition pour créer de la valeur durable.

2ᵉ édition du Sustainable Industry Forum : les pistes d’innovation pour repenser la décarbonation industrielle
2ᵉ édition du Sustainable Industry Forum
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Le 17 mai 2025 à 16h00 | Modifié 19 mai 2025 à 10h09

Après une première édition organisée sous le thème de la mobilité durable, la deuxième édition du Sustainable Industry Forum Meeting s’est terminée le 14 mai 2025 à Rabat, avec d’importantes réflexions sur les enjeux et l’avenir de la décarbonation de l’industrie marocaine.

Cet événement intervient à un moment clé pour évaluer si le Maroc est sur la bonne voie pour décarboner son secteur industriel à temps, tout en préservant sa compétitivité économique. Cette réflexion est d'autant plus importante que le pays accélère la mise en œuvre de ses engagements climatiques.

Le duo gagnant pour la décarbonation du secteur industriel

Lors de son allocution, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, a souligné que le Maroc bénéficie désormais d'une énergie abondante et abordable, ce qui ouvre des perspectives de transformation industrielle majeures. Une énergie décarbonée à coût compétitif est aujourd’hui unanimement recherchée. Toutefois, la contrainte majeure réside désormais dans les infrastructures, ce qui impose leur classement comme priorité absolue en termes d’allocations d’investissements.

Outre ce potentiel énergétique, Mezzour a précisé que le Maroc dispose d’une force de talent exceptionnelle, avec 500.000 personnes formées et certifiées chaque année. Ce potentiel humain devrait être accompagné d’opportunités économiques pour en maximiser l’impact.

"De nombreux pays nous soutiennent, car leurs entreprises souhaitent y participer. Lorsqu'un pays peut produire une énergie compétitive et contribuer à la sécurité énergétique de l'Europe, il suscite un intérêt stratégique. Ces relations se développent de manière très positive", a-t-il affirmé.

Détaillant les objectifs du pays, le ministre de l’Industrie et du Commerce a expliqué que le Maroc déploie deux stratégies distinctes : un plan quinquennal et une vision à 25 ans.

Le plan quinquennal, aligné sur la Coupe du monde, a permis d'étendre la couverture sociale à un niveau élevé pour les Marocains, de doter le pays d'infrastructures de classe mondiale et de lancer une stratégie ambitieuse dans tous les secteurs. Ce plan vise, dans les cinq prochaines années, à élever la qualité des infrastructures et des services publics pour atteindre des standards internationaux.

À moyen terme, le Maroc mise sur le projet d'intégration Atlantique-Sahélien, un programme de 500 milliards de dollars visant à renforcer l'intégration logistique et énergétique en Afrique, à fournir de l'électricité à 600 millions d'Africains qui en sont encore privés, et à améliorer la sécurité alimentaire via des engrais et l'optimisation des rendements agricoles.

« C’est de la paix, c'est du développement, c'est de la sécurité énergétique et alimentaire, et c'est du développement inarrêtable porté par notre souverain au cœur duquel notre pays joue un rôle essentiel », a conclu Ryad Mezzour.

Formation continue, emploi durable et transition énergétique

Pour sa part, Younes Sekkouri, ministre de l'Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l'Emploi et des Compétences, a souligné que la difficulté réside dans la capacité à faire les bons choix et à les traduire de manière opérationnelle, que ce soit sur le plan institutionnel, des investissements ou des ressources humaines. « Cette infrastructure décisionnelle est précisément ce que nous sommes en train de construire, tout en expérimentant diverses approches », a-t-il ajouté.

Sur le volet formation dans le secteur de la transition énergétique, Sekkouri a identifié trois enjeux majeurs : la mobilité, l'amélioration des compétences existantes (upskilling) et la reconversion professionnelle (reskilling). Il a souligné que ces trois axes requièrent un nouveau modèle de financement centré sur le parcours individuel des travailleurs. Le ministre a rappelé l'importance de l'accord historique signé en avril 2024 avec les partenaires sociaux, qui a permis d'inscrire la réforme de la formation continue parmi les priorités gouvernementales.

Concernant le calendrier de sa mise en œuvre, Sekkouri a fait état d'avancées significatives lors des dernières négociations d'avril 2025. Une échéance a été fixée à juin prochain pour finaliser les réformes. Le travail technique sur les systèmes d'information et les procédures est bien finalisé, alors que les négociations politiques se sont récemment conclues, selon le ministre de l’Inclusion économique.

Bientôt des ESCO au Maroc

De son côté, Mohamed Ouhmed, secrétaire général du département de Transition énergétique, a mis en avant l'engagement du Maroc à faciliter l'accès des entreprises industrielles aux énergies propres à travers un cadre réglementaire modernisé. Il a rappelé que le ministère a modernisé le cadre réglementaire permettant désormais aux industriels de choisir entre deux options : s'approvisionner auprès de producteurs d'énergie verte via le marché libre régi par la loi 13-09 ou opter pour l'autoproduction en installant leurs propres unités de génération renouvelable tout en bénéficiant d'un accès régulé au réseau national.

Parmi les avancées récentes, il a souligné l'ouverture du marché de la moyenne tension, qui a déjà permis l'approbation de trois projets, dont un pleinement opérationnel, ainsi que la libéralisation du stockage d'énergie verte (notamment des batteries) désormais accessible aux acteurs.

Pour renforcer la transparence, un système de certificats d'origine a été instauré afin de tracer la provenance verte de l'électricité, tandis que la régulation du secteur a été améliorée avec la publication périodique des capacités d'accueil du système électrique par l'Autorité nationale de régulation et une baisse significative des tarifs d'utilisation, réduits successivement de 26 % et de 46 % par rapport au tarif appliqué auparavant.

Sur le front de l'efficacité énergétique, M. Ouhmed a annoncé un élargissement des audits obligatoires par la réduction des seuils d’obligation et l'introduction d'un nouveau cadre légal pour les sociétés de services énergétiques (Energy Service Companies, ESCO) qui permettront aux industriels de déléguer la conception, le financement et l'exploitation de leurs projets d'efficacité énergétique.

Des solutions made in Morocco

En marge de cet événement, ATAREC, une startup marocaine ambitionnant de se positionner comme leader des solutions innovantes en énergies renouvelables de troisième génération, a présenté sa solution de production d'énergie houlomotrice, Wave Beat. Cette startup a déjà déployé un pilote au port de Tanger Med. La première mise en marche du prototype en 2021 a prouvé une capacité de 4,5 kW. À terme, Atartec prévoit d'équiper les 5 km de digues brise-lames pour atteindre une capacité totale de 110 MW.

Concernant le secteur minier, Nawal Zine, directrice de Reminex (filiale R&D, ingénierie et gestion de projets du groupe Managem), a exposé lors du forum comment l'innovation et l'IA révolutionnent la production minière du groupe.

Le projet phare de Managem, celui de la mine connectée de Tizert (investissement de 440 millions de dollars), futur plus grand complexe de production de cuivre en Afrique du Nord, intègre des solutions IA à plusieurs niveaux : capteurs intelligents pour le monitoring environnemental en temps réel, systèmes de localisation pour la sécurité des travailleurs, et modèles prédictifs basés sur 100 ans de données historiques du groupe.

Ces technologies permettront à la fois d'optimiser la consommation énergétique (notamment pour l'aération des galeries), d'améliorer les conditions de travail et de réduire l'empreinte environnementale. Pour Nawal Zine, ces innovations concrètes démontrent que le secteur minier, malgré sa complexité, peut concilier performance industrielle, sécurité du personnel et durabilité environnementale.

Dans un autre domaine tout aussi stratégique, le secteur de l’emballage représente un maillon stratégique de la décarbonation, notamment pour les industries agroalimentaire et textile.

Mounir El Bari, directeur général de GPC Papier et Carton, et président de la FIFAGE (fédération des industries forestières, des arts graphiques et de l'emballage) et de la COVAD (coalition pour la valorisation des déchets), a illustré cet enjeu en présentant l’exemple de son entreprise, qui met en œuvre une politique de développement durable incluant des actions concrètes en faveur de la décarbonation.

Depuis 2015, GPC a déjà réduit sa consommation énergétique de 30 % et recycle annuellement environ 70 000 tonnes de papiers et cartons grâce à son modèle d'intégration verticale. La gestion responsable de l'eau constitue un autre pilier de cette démarche. L'usine de fabrication de papier de Kenitra a limité sa consommation à seulement 8 mètres cubes par tonne produite. Un système de circuit fermé a été mis en place, atteignant 85% d'efficacité, tandis que les 15% restants font l'objet d'un traitement physico-chimique sur site avant un traitement final à la station d'épuration de la ville de Kénitra.

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Le 17 mai 2025 à 16h00

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