Ryad Mezzour : “18 spéculateurs perturbent les prix des viandes rouges”
Lors d’un débat télévisé sur Medi1 TV, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du commerce, a dressé un bilan contrasté de la politique de lutte contre la flambée des prix de la viande rouge au Maroc.
L'augmentation des prix au Maroc fait toujours débat. Si celle-ci a été globalement maîtrisée ces derniers mois, certains produits, notamment les viandes rouges, continuent de poser des défis importants.
"Les prix de ces produits restent élevés, et des efforts supplémentaires sont nécessaires pour garantir une baisse durable et significative", a déclaré Ryad Mezzour lors d'un débat télévisé en présence de Driss El Azami El Idrissi, numéro deux du PJD.
Des progrès notables sur plusieurs produits
Le ministre a évoqué les avancées réalisées sur d’autres segments de la chaîne de valeur. "Les prix des huiles, des pâtes, des légumes, des pommes de terre et des oignons ont été stabilisés, voire réduits, grâce à des mesures ciblées et à une meilleure gestion des assolements", a-t-il expliqué.
Cependant, la viande rouge reste un point critique. Malgré les efforts déployés, le modèle économique de ce secteur résiste aux tentatives de régulation. "Parmi les raisons de cette résistance figure la présence d’un nombre limité de spéculateurs – 18 exactement – dans le domaine de la viande rouge", a précisé Ryad Mezzour. Ces acteurs perturbent le marché, et des solutions sont en cours d’élaboration pour contrer leurs pratiques.
Face à la flambée des prix, le ministre a expliqué que deux options principales s’offrent aux autorités pour réguler les prix : "soit contrôler et fixer les prix, soit agir sur l’offre pour la renforcer".
Pour la viande rouge, la deuxième option a été privilégiée. "Afin de renforcer l’offre, les barrières à l’importation ont été levées, notamment les droits de douane qui protégeaient auparavant le cheptel national", a-t-il indiqué. Cette décision a été prise dans un contexte où le cheptel local a enregistré une baisse significative, de l’ordre de 36% à 38%. Les importations ont donc été encouragées, avec l’autorisation d’importer jusqu’à 200.000 têtes de bovins pour faire baisser les prix.
Des marges excessives qui pénalisent les consommateurs
Malgré ces mesures, les marges pratiquées par les importateurs et les bouchers restent élevées, ce qui maintient les prix à un niveau trop élevé pour les consommateurs. "Traditionnellement, la marge des importateurs devrait se situer autour de 10 DH, et celle des bouchers entre 8 et 10 DH", a rappelé Ryad Mezzour.
Cependant, les observations actuelles montrent que les marges des importateurs atteignent 20 à 25 DH, tandis que celles des bouchers varient entre 10 et 15 DH. Ainsi, les marges globales atteignent environ 40 DH, contre des marges traditionnelles de 20 à 25 DH auparavant.
Cette situation a conduit les autorités à envisager de nouvelles mesures, notamment en matière de normalisation et de régulation des pratiques commerciales. "L’objectif est de réduire ces marges excessives et de rétablir un équilibre plus favorable aux consommateurs", a-t-il affirmé.
Interrogé sur l'utilité des mesures d'exonération des importations, le ministre a rétorqué que le prix d’importation de la viande s’élève en moyenne à 70-80 DH le kilo.
"Si la TVA et les droits de douane avaient été maintenus, ce prix aurait atteint 200 DH", a-t-il expliqué. La suppression de ces barrières tarifaires a donc permis une réduction significative des coûts, mais les quotas d'importation restent sous-exploités.
Un impact réel mais insuffisant
Les mesures prises ont eu un impact réel sur la stabilisation des prix, mais elles n’ont pas encore permis d’atteindre les niveaux souhaités. "Entre début 2022 et fin 2022, les prix de la viande avaient augmenté de 30%, passant de 105 à 130 DH pour la viande ovine et de 104 à 118 DH pour la viande bovine", a rappelé Ryad Mezzour.
Depuis l’introduction des mesures de renforcement de l’offre, les prix se sont stabilisés, et une tendance à la baisse a même été observée pour la viande ovine. Cependant, les prix actuels ne reflètent pas encore les niveaux que les consommateurs marocains méritent.
Pour une solution durable, la reconstitution du cheptel national est essentielle. "Des mesures ont été prises pour soutenir les éleveurs, notamment l’interdiction de l’abattage des génisses et l’importation de bétail destiné à reconstituer le cheptel", a déclaré le ministre. Le soutien à l’agriculture, bien que parfois critiqué pour sa répartition, vise notamment à relancer ce secteur et à préserver les emplois. "Beaucoup d’éleveurs ont perdu leur emploi, et les efforts actuels cherchent à inverser cette tendance", a-t-il ajouté.
Si les mesures prises ont permis de stabiliser les prix et d’inverser la tendance inflationniste sur certains produits, des défis majeurs subsistent, notamment dans le secteur de la viande rouge. La lutte contre la spéculation, la reconstitution du cheptel et le soutien aux éleveurs sont des priorités pour garantir une baisse durable des prix et une meilleure accessibilité pour les consommateurs marocains. "Bien que des progrès aient été réalisés, il reste encore du travail à faire pour que les Marocains bénéficient pleinement des efforts entrepris", a conclu Ryad Mezzour.
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