"Je vais parler de la bourse et de l'intérêt qu'elle peut apporter aux entreprises. Étant un professionnel de la finance et des marchés financiers, je suis convaincu de son utilité. Toutefois, je comprends qu'un industriel puisse hésiter à franchir ce cap. Si, aujourd'hui, je parviens à dissiper vos appréhensions et à vous encourager à sauter le pas, j'aurai atteint mon objectif".
Adil Douiri, patron de Mutandis, entreprise cotée à la Bourse de Casablanca, a ouvert son intervention ce vendredi 30 par ces mots, lors de la conférence organisée par le ministère de l'Industrie en partenariat avec la Bourse de Casablanca et la Fédération nationale de l'agroalimentaire (FENAGRI), sous le thème "Marché boursier et secteur agroalimentaire marocains : un avenir de croissance et d'expansion".
L’ex-ministre a partagé son expérience en tant qu’entrepreneur ayant introduit son entreprise en bourse.
L’histoire de Mutandis : une entreprise conçue pour la bourse
"Mutandis a été créée en 2008 avec une vision claire : aller en bourse. C'est-à-dire que, dès sa fondation, elle a été pensée pour une introduction en bourse".
"Je ne disposais pas d'un patrimoine suffisant pour bâtir une entreprise de plusieurs milliards de dirhams. Donc, la bourse était, pour moi, un moyen incontournable de réaliser cette ambition".
Il confie qu'au début de l'aventure, "nous avons constitué un large tour de table pour rassembler les capitaux nécessaires. Ne disposant pas moi-même des fonds pour créer une entreprise de cette envergure, il a fallu convaincre ceux qui étaient prêts à me faire confiance et à me suivre."
Cette dynamique a permis d’accroître progressivement les capacités de financement de Mutandis.
Dans ses premières années, l’entreprise a suivi une stratégie d’acquisitions en rachetant des sociétés en difficulté ou en transition générationnelle. "Nous avons acquis, intégré et développé des entreprises dans l’hygiène, l’agroalimentaire, les produits de la mer et l’emballage, avec toujours l’ambition de structurer un groupe solide, inspiré des modèles de Procter & Gamble et Unilever, où l’épicier est notre client principal".
Et d’ajouter : "Nous avons misé sur une intégration verticale complète, de la R&D au marketing stratégique, jusqu’à la vente aux épiciers et à l’exportation via des distributeurs étrangers. Une fois une certaine taille atteinte, nous avons pu réduire les acquisitions et commencer à développer nous-mêmes des usines à partir de zéro".
L’introduction en bourse comme levier de croissance
L’introduction en bourse en 2018 a marqué un tournant décisif dans le développement de Mutandis. "Nous avons levé 200 millions de dirhams, ce qui nous a permis de changer d’échelle et d’entamer une nouvelle phase de croissance. Alors, nous avons investi massivement dans des projets de développement Greenfield, c’est-à-dire la création d’usines et de marques ex nihilo".
Ce repositionnement s’est notamment traduit par une expansion à l’international. "En 2021, nous avons réalisé une acquisition stratégique aux États-Unis, un marché notoirement difficile d’accès pour une marque marocaine. En rachetant une marque américaine, nous avons pu pénétrer plus rapidement les réseaux de distribution des grandes surfaces".
Depuis, Mutandis a également construit quatre nouvelles usines et renforcé son portefeuille de produits, notamment avec l’acquisition d’Ain Ifrane dans le secteur de l’eau minérale.
Une stratégie de financement bien rodée
"Avant son introduction en bourse, Mutandis comptait déjà 60 actionnaires et fonctionnait comme une entreprise cotée, avec des reportings trimestriels et une transparence financière rigoureuse. Nous avons levé 700 millions de dirhams avant la bourse, puis 200 millions le jour de l'introduction et 300 millions en 2022, soit un total de 1,2 milliard de dirhams".
Douiri insiste sur les avantages patrimoniaux de la cotation en s’adressant aux chefs d’entreprises : "Même au plan patrimonial, la bourse valorisera largement votre entreprise, bien au-delà de ce que vous imaginez. Lever 500 millions de dirhams en fonds propres permet d’augmenter d’un montant équivalent sa capacité d’endettement bancaire".
"En quatre ans, nous avons investi 1,5 milliard de dirhams, et la bourse a été un levier fondamental dans la concrétisation de cette ambition", souligne-t-il.
Grâce à cette stratégie, Mutandis, “qui n’était au départ qu’une idée sur papier avec des investisseurs convaincus”, emploie aujourd’hui 4 000 salariés, exploite 11 usines et exporte ses produits dans 50 pays.
"Nous générons environ 130 millions de dirhams de résultats nets courants, réalisons un chiffre d'affaires de 2,5 milliards de dirhams et distribuons 100 millions de dividendes par an".
Conseils aux entrepreneurs
Adil Douiri partage quelques conseils clés à l’attention des entrepreneurs et chefs d’entreprises présents.
Premier conseil : "Adoptez une politique de dividendes régulière et prévisible. Verser un dividende, même en ayant besoin de capitaux, rassure les investisseurs et facilite les futures levées de fonds. Une entreprise qui verse un dividende stable et bien calibré inspire confiance aux marchés et lève plus facilement de nouveaux fonds lorsqu'elle en a besoin".
Deuxième conseil : "Ne craignez pas la communication financière. Les idées appartiennent à tout le monde, ce qui fait la différence, c’est l’exécution. Soyez clairs, pédagogiques et synthétiques dans vos échanges avec le marché. Une bonne communication renforce la réputation de votre entreprise et facilite son accès aux financements".
Pour Adil Douiri, la bourse est un outil incontournable pour accélérer la croissance des entreprises marocaines. "Nous comptons continuer à lever des fonds et à doubler de taille tous les cinq ou six ans en nous appuyant sur ce formidable mécanisme de financement".