Défense: le Maroc va accélérer l’industrialisation militaire
ROUNDUP. Après avoir approuvé, en août 2020, le cadre juridique pour l’émergence d’une industrie locale d’armement, le Maroc met désormais à la disposition des constructeurs intéressés le foncier et la logistique nécessaires.
Le Conseil des ministres du 1er juin 2024 présidé par le Roi Mohammed VI a approuvé ce samedi 1er juin un projet de décret portant création de deux zones d’accélération industrielle pour accueillir les industries de défense relatives au matériel et aux équipements de défense et de sécurité, aux armes et munitions.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi 10.20 relative aux équipements militaires, le Maroc développe son ambition pour une industrie de défense solide. Cette ambition s’est concrétisée à travers l’adoption de ce nouveau projet de décret qui s’inscrit dans la continuité de la loi n°10-20 sur les matériels et équipements de défense et sécurité, armes et munitions.
Compte tenu de la sensibilité du secteur de la défense, le cadre juridique fut établi de manière progressive et réfléchie. La loi définit les bases légales pour le développement de l’industrie militaire marocaine, en précisant les types d’équipements pouvant être développés localement en coopération avec des industriels.
Les produits concernés seront classés en trois catégories, en fonction de l’usage auquel ils seront affectés. La première catégorie concerne les équipements et armes destinés aux opérations militaires terrestres, maritimes, aériennes et spatiales. Elle englobe aussi les systèmes informatiques et outils de surveillance, de veille et communication exclusivement dédiés à l’usage militaire. La seconde concerne ceux destinés à la préservation de l’ordre et la sécurité publics. La troisième, qui fait l’objet d’un régime juridique spécial, touche aux armes et munitions affectés à la chasse et au tir sportif.
Les opérations de fabrication incluent le montage, l’assemblage, l’usinage, la maintenance et la réparation des équipements. Elle nécessitent une autorisation officielle de la commission nationale des matériels et équipements de défense, sécurité, armes et munitions. Cette commission évalue et supervise les autorisations de fabrication et d’exportation, et contrôle les activités liées à ces domaines.
Deux nouvelles zones d’accélération industrielle dédiées
Selon la définition du ministère de l’Industrie et du commerce, les zones d’accélération industrielles sont des sites industriels dotés des équipements nécessaires à l’installation d’unités de petite et moyenne taille.
L’Etat contribue à la réalisation des ZAE par des moyens financiers mis à disposition des acteurs locaux pour s’acquitter des frais de viabilisation des terrains destinés à accueillir la zone et, in fine, permettre aux promoteurs de projets d’acquérir ces terrains à des prix avantageux.
L’annonce de la création des deux nouvelles zones d’accélération industrielle marque une nouvelle étape dans le développement de l’industrie de la défense marocaine, offrant un potentiel de croissance et de modernisation significatif.
Industrie militaire : état des lieux et projections
"Les infrastructures actuelles se limitent principalement à la maintenance et à l’entretien du matériel existant. L’armée possède des unités qui produisent à petite échelle des équipements tels que des systèmes optiques, des simulateurs, des systèmes de vision pour l’infanterie, ainsi que des logiciels pour la défense et l’artillerie", constate l’expert militaire Abdelhamid Harifi dans un échange avec Médias24.
Cependant, le lancement imminent de l’unité de Lockheed Martin au Maroc représente une avancée majeure. "Cette installation permettra la production de pièces de rechange et la modernisation du matériel aérien américain à l’échelle nationale", souligne notre interlocuteur.
Il rappelle que la mise en place d’une industrie militaire nationale est un processus long et complexe. "Il nécessite des partenariats solides, des investisseurs, de la recherche et développement, un cadre juridique approprié et, surtout, des financements pour acquérir le savoir-faire, la technologie et l’expertise nécessaires à la production de matériel 'Made in Morocco'", précise-t-il.
L’annonce de la création de nouvelles zones d’accélération industrielle marque une étape cruciale dans ce processus. "Elle offre des opportunités concrètes aux futurs investisseurs et partenaires, démontrant que le Maroc progresse, bien que lentement, vers le lancement de projets collaboratifs, par exemple avec le Brésil. Ce pays, considéré comme un modèle, bénéficie d’une coopération technique et industrielle renforcée, symbolisée par la création d’un poste d’attaché militaire à l’ambassade marocaine au Brésil", indique l’expert militaire.
En matière de souveraineté, M. Harifi estime qu’il est encore trop tôt pour en parler pleinement. "Le Maroc sera, pour au moins une décennie, à la recherche de partenariats pour la co-production de matériel, d’équipements et de munitions. La souveraineté sera atteinte lorsque le Maroc sera capable de produire des armes issues de programmes nationaux, comme l’a fait la Turquie après plus de 30 ans d’efforts", conclut-il.
Pour rappel, Ronen Nadir, PDG du fabricant BlueBird Aero Systems, avait annoncé en avril dernier que la société israélienne a déjà construit son site de production, qui commencera ses opérations prochainement. L’accord de coopération militaire entre le Maroc et Israël, signé le 24 novembre 2021 à Rabat, avait en effet consacré un volet à l’émergence d’une industrie militaire au Royaume, avec le concours de l’expertise israélienne.
Le Royaume avait également conclu un partenariat stratégique en avril 2022 avec Sabca, Sabena Aerospace et Lockheed Martin, qui prévoit la construction d’un centre de maintenance, de réparation, de révision et de mise à niveau (MRO&U) ultramoderne de 15.000 m² pour les avions militaires tels que le C-130 et le F-16 à l’aéroport de Benslimane.
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