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ECONOMIE

Insécurité au Mali : les exportations marocaines vers l'Afrique de l'Ouest sous pression

Le Mali est l’un des grands pivots discrets du commerce routier marocain vers l’Afrique subsaharienne. C’est par ses routes que transitent des produits frais, du poisson, des légumes, des médicaments ou des équipements de bureau, avant de revenir parfois chargés de mangues, d’ananas ou de cacao. Mais la dégradation sécuritaire au-delà de Bamako oblige désormais les transporteurs à repenser leurs trajets, leurs coûts et leurs risques. Détails.

Insécurité au Mali : le transport routier marocain sous pression, les professionnels appellent à une meilleure coordination
Insécurité au Mali : le transport routier marocain sous pression, les professionnels appellent à une meilleure coordination
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Le 6 juillet 2026 à 17h47 | Modifié 6 juillet 2026 à 18h22

L'essentiel

  • Les autorités maliennes déconseillent aux transporteurs marocains de poursuivre leur route au-delà de Bamako, dans un contexte de forte dégradation sécuritaire sur plusieurs corridors commerciaux.
  • Le Mali reste pourtant un pivot des échanges routiers entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne : produits alimentaires, médicaments et équipements partent du Maroc, tandis que mangues, ananas, cacao et autres produits tropicaux remontent vers le Royaume, parfois avant d’être réexportés vers l’Europe.
  • Cette insécurité relance l’intérêt stratégique du corridor Smara-Amgala-Zouerate, qui permettrait de réduire les distances, les coûts logistiques et l’exposition des transporteurs aux zones les plus sensibles.
  • Les professionnels appellent à renforcer la coordination, notamment à Guerguerat, et à mettre en place une cellule permanente de veille pour mieux suivre les chauffeurs, les camions et l’état réel des routes.

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Les détails

Les autorités maliennes ont récemment appelé les transporteurs routiers marocains de marchandises à éviter de poursuivre leur route au-delà de Bamako, en raison de la dégradation de la situation sécuritaire dans plusieurs régions du pays.

Cette décision intervient après une recrudescence des attaques menées par les groupes jihadistes à travers le pays. Elle pourrait perturber l'approvisionnement en produits alimentaires de première nécessité dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, avec un risque de tensions sur l'offre et de hausse des prix.

Les conséquences pourraient également se faire sentir sur les importations de fruits, notamment exotiques, en provenance d'Afrique subsaharienne. Une partie de ces marchandises est destinée au marché marocain, tandis qu'une autre est réexportée vers l'Europe. Bien que les volumes échangés restent relativement faibles, ces flux demeurent importants pour les opérateurs des deux côtés.

Le Mali, un passage important pour le commerce marocain

Contacté par Médias24, Mustapha Chaoune, secrétaire général de la Fédération nationale du transport multimodal (FNTM), affiliée à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), nous confirme que la situation sécuritaire s'est fortement dégradée au Mali. "Il y a, en effet, un sérieux problème de sécurité dans ce pays désertique. C'est d'ailleurs pour cette raison que le trafic y est perturbé".

"Le Mali occupe une place centrale dans les échanges routiers entre le Maroc et l'Afrique subsaharienne. Dans la feuille de route du transport routier africain, le Mali est le véritable pivot. C'est depuis ce pays que les camions marocains rejoignent le Niger, le Burkina Faso, le Ghana et plusieurs autres marchés d'Afrique de l'Ouest. Nous importons également des fruits exotiques depuis le marché africain, dont une partie continue sa route vers l'Europe. Même si les volumes restent limités comparativement aux échanges avec l'Europe, ces flux demeurent stratégiques."

Notre interlocuteur précise que, "du Maroc, transitent notamment des produits alimentaires frais, tels que le poisson et les légumes, ainsi que les médicaments issus de la plateforme d'Agadir et les équipements de bureau. Dans le sens inverse, les transporteurs ramènent notamment des mangues, des ananas, du cacao ou encore d'autres produits tropicaux".

Bamako relativement sécurisée, mais les routes commerciales demeurent dangereuses

Le transport routier reste privilégié par de nombreuses entreprises internationales et marocaines en raison du coût élevé du fret aérien, souligne Mustapha Chaoune.

"Les autorités maliennes déconseillent elles-mêmes aux transporteurs de poursuivre leur route au-delà de Bamako. Entre la Mauritanie et le Sénégal, il n'y a pas de problème. Même Bamako reste relativement sécurisée. Mais dès que l'on sort de la capitale malienne, les risques augmentent fortement. Les autorités demandent donc aux transporteurs marocains notamment d'éviter de prendre ces routes".

Selon le secrétaire général de la FNTM, "le gouvernement malien ne contrôle réellement que la capitale, tandis que plusieurs corridors routiers restent exposés aux attaques. Mais un camion de transport de marchandises ne peut pas s'arrêter à Bamako. Il doit continuer son trajet".

"Dans certains cas, les transporteurs sont contraints d'emprunter des itinéraires alternatifs en passant par la Guinée-Conakry, parfois à travers des zones forestières, pour rejoindre les autres pays de la région. Tout dépend de la situation de la route. Des communications quotidiennes ont lieu entre les professionnels eux-mêmes pour échanger sur la situation routière".

Le corridor Smara-frontière mauritanienne attendu comme une alternative stratégique

Pour Mustapha Chaoune, cette insécurité s'inscrit dans un problème régional plus large. "Aujourd'hui, toute l'Afrique subsaharienne connaît une forte instabilité. Les groupes terroristes sont présents entre la Mauritanie et le Mali et poursuivent leurs activités jusqu'au Soudan par voie terrestre. Cette situation complique durablement les échanges routiers avec l'Afrique de l'Ouest et met en danger les transporteurs marocains."

Il appelle ainsi à accélérer l'inauguration du nouveau corridor routier reliant Smara à Amgala, puis à Zouerate, avant de rejoindre le nord du Mali, loin des zones les plus exposées aux attaques, puis l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest. "Cet axe pourrait offrir une alternative plus sûre".

Selon notre interlocuteur, "le Maroc a déjà réalisé sa partie des travaux entre Smara et Amgala, mais le corridor n'a toujours pas été inauguré. L'ouverture de cette route était attendue l'année dernière, mais elle n'a toujours pas eu lieu".

"Ce nouvel itinéraire permettrait également de réduire les coûts logistiques", ajoute-t-il. "Aujourd'hui, les transporteurs doivent descendre jusqu'à Guerguerat, soit près de 600 kilomètres supplémentaires entre Smara et ce poste-frontière. De plus, il existe une route directe qui relie Tan-Tan à Smara. Une liaison directe vers le nord du Mali réduirait ainsi les distances parcourues tout en évitant une partie des zones les plus sensibles".

Les professionnels réclament davantage de communication

Au-delà de la situation sécuritaire, Mustapha Chaoune dénonce un manque de coordination entre les entreprises et les organisations professionnelles. "Certaines entreprises ne nous informent pas lorsqu'elles envoient des camions. Nous découvrons parfois les incidents une fois qu'ils se sont produits".

Il appelle ainsi au renforcement des dispositifs d'information, notamment au poste-frontière de Guerguerat, afin de disposer d'informations actualisées avant le départ des camions.

Notre interlocuteur appelle également à mettre en place une cellule permanente de veille dédiée au transport routier international. Selon lui, chaque chauffeur et chaque entreprise devraient être enregistrés afin de faciliter leur suivi en cas d'incident.

"Aujourd'hui, il arrive que les ambassades sollicitent directement les organisations professionnelles pour identifier un véhicule disparu ou retrouver un chauffeur", déplore-t-il.

Le maintien de la chaîne du froid, un autre défi

Les camions transportant du poisson, des légumes, des médicaments ou d'autres produits frais doivent par ailleurs maintenir leurs groupes frigorifiques en fonctionnement permanent, ce qui augmente fortement la consommation de carburant.

Selon notre interlocuteur, le respect de cette chaîne du froid reste encore insuffisant sur plusieurs axes africains. "Avec le changement climatique, cette question devient encore plus importante. Il faut investir davantage dans les équipements, le contrôle et le respect de la chaîne du froid".

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Le 6 juillet 2026 à 17h47

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