Tourisme : baisse des recettes en 2024 malgré la hausse des arrivées ? (Zoubir Bouhoute)

En mars 2024, le nombre d’arrivées a atteint 1,157 million de touristes, soit 10% de croissance par rapport à la même période de 2023. Alors que les recettes sont en baisse depuis huit mois, Zoubir Bouhoute prévoit 15,5 millions de visiteurs en 2024 contre 14,5 en 2023, et un chiffre d’affaires qui devrait stagner, voire régresser jusqu’à 100 milliards de dirhams contre 105 MMDH l’an passé.

Ph. Médias24

Tourisme : baisse des recettes en 2024 malgré la hausse des arrivées ? (Zoubir Bouhoute)

Le 23 avril 2024 à 11h18

Modifié 23 avril 2024 à 17h06

En mars 2024, le nombre d’arrivées a atteint 1,157 million de touristes, soit 10% de croissance par rapport à la même période de 2023. Alors que les recettes sont en baisse depuis huit mois, Zoubir Bouhoute prévoit 15,5 millions de visiteurs en 2024 contre 14,5 en 2023, et un chiffre d’affaires qui devrait stagner, voire régresser jusqu’à 100 milliards de dirhams contre 105 MMDH l’an passé.

"En termes d'arrivées, les principaux marchés émetteurs enregistrent des performances inédites depuis plusieurs mois. En mars dernier, l’Allemagne a connu une croissance de 55%, la Belgique de 32%, l’Italie de 29%, la Grande-Bretagne de 20%, l’Espagne de 19%, la France de 12%, et les Pays-Bas de 8%. En revanche, les États-Unis ont reculé de 16%", analyse, au micro de Médias24, Zoubir Bouhoute, spécialiste des flux et marchés émetteurs touristiques.

"Le nombre de touristes étrangers dépasse celui des MRE"

Satisfait de la progression fulgurante des arrivées à partir des marchés allemand, néerlandais et belge, qui avaient connu une régression importante en 2023, le consultant note que cette évolution confirme que les arrivées de touristes étrangers de séjour (TES) dépassent désormais celles des Marocains résidant à l'étranger (MRE).

En effet, si en décembre 2023, le Maroc avait accueilli 51% de MRE et 49% de touristes étrangers de séjour, la situation s'est inversée depuis janvier 2024, avec 50% de TES et 50% de MRE, puis 53% de TES et 47% de MRE en février, avant d’atteindre en mars dernier 55% de TES pour 45% de MRE.

60% d’arrivées de TES et 40% de MRE à la fin 2024

"Si cette dynamique se confirme et que l’on parvient à grignoter chaque mois un point supplémentaire, on pourrait facilement atteindre à la fin de l’année en cours 60% d’arrivées étrangères contre 40% de Marocains résidant à l’étranger", spécule Zoubir Bouhoute. Pendant les trois mois de la saison estivale, les flux d’arrivées de MRE sont toujours plus importants que ceux des TES, rappelle-t-il.

S’il faut remonter à l’année 2019, soit avant l’avènement de la crise sanitaire, pour retrouver les chiffres actuels d’arrivées de touristes étrangers (55% et 45% de MRE), le consultant avance qu’avec les récentes signatures de contrat avec les compagnies aériennes comme Ryanair, le Maroc ne devrait avoir aucun mal à dépasser le pourcentage actuel et à atteindre 60%.

Pour éviter toute éventuelle confusion, rappelons l'apport des MRE en termes de transferts de devises tout au long de l'année; ainsi que dans le domaine du tourisme. Toutefois, c'est une population qui est fidèe par définition à la destinatoion Maroc. Et ce qui mesure le dynamisme de la politique touristique, ce sont aussi les arrivées de touristes étrangers de séjour. Or, celles-ci en 2023, avaient été dépassées par celles des MRE qui avaient en quelque sorte sauvé l'année.

"Une baisse croissante des recettes en devises depuis juillet 2023"

Se félicitant des nuitées qui ont augmenté de 8% en janvier et de 7% en février, notre interlocuteur relève cependant une baisse croissante du niveau des recettes de voyages en devises depuis huit mois.

Ainsi, malgré des arrivées et des nuitées en hausse constante depuis janvier dernier, le secteur a commencé à enregistrer, à partir du mois de juillet 2023, une régression des recettes en devises, notamment en décembre 2023, un mois qui a connu une baisse de 25% par rapport à décembre 2022.

"Un chiffre d’affaires plombé par le secteur informel et la crise en Europe"

Selon Zoubir Bouhoute, cet indicateur négatif s’explique par la concurrence croissante des locations informelles non déclarées (comme Airbnb), dont le chiffre d’affaires échappe toujours au recensement officiel des autorités de tutelle, mais aussi par la crise économique frappant les marchés européens qui dépensent moins.

"Pour connaître le chiffre d’affaires de ces locations meublées qui pourrait être ajouté aux recettes totales de voyages, l’Office des changes se doit de multiplier les contrôles. Car si les arrivées des clients de ce type d’hébergement sont bien comptabilisées aux postes-frontières marocains, leurs dépenses en devises, qui ne sont pas déclarées, sont souvent virées sur des comptes à l’étranger", estime Zoubir Bouhoute. Cette dynamique, qui a commencé en juillet 2023, a abouti en janvier dernier à une baisse de 11% des recettes par rapport à la même période, et de 2,7% en février.

"Sans intervention des autorités, les recettes en devises vont baisser en 2024, malgré la hausse des arrivées"

Partant de ce trend négatif qui se confirme depuis huit mois, le consultant avance que les recettes devraient stagner, voire régresser jusqu’à 100 MMDH contre 105 MMDH un an plus tôt, à moins de comptabiliser les recettes non déclarées du secteur locatif en les intégrant à celles des établissements d’hébergement classés.

A contrario, Zoubir Bouhoute table sur une hausse moyenne de 8% des arrivées à la fin de l’année, avec 1 million de visiteurs supplémentaires (TES et MRE), soit 15,6 millions contre 14,5 millions pour 2023.

Et de conclure que l’année 2024 pourrait connaître une croissance concomitante des arrivées et des recettes si l’Office des changes parvient à contrôler et à comptabiliser les mouvements de dépenses en devises des hébergements qui échappent encore au secteur touristique.

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