Surexploitation des nappes : Baraka annonce la généralisation des compteurs à tous les puits du Royaume
Pour lutter contre la surexploitation des nappes phréatiques, le ministre de l'Équipement et de l'eau a annoncé lors d'une conférence-débat la future généralisation des compteurs sur tous les puits du Royaume.
Un recensement récent a démontré que 80% des puits du Royaume étaient illégaux. "Pour lutter contre cette anarchie, nous avons préparé un décret dont l'objectif est de régulariser tous les puits illégaux à condition que les propriétaires intègrent des compteurs pour pouvoir suivre en temps réel la quantité d'eau qui est utilisée", a annoncé le ministre. Les propriétaires seront aussi dans l'obligation de sécuriser les puits pour éviter les accidents.
Invité à une conférence-débat organisée par l'Alliance des ingénieurs istiqlaliens, en coopération avec la Fondation Konrad-Adenauer au Maroc, sur le thème "La guerre de l'eau : le stress hydrique, qui gagnera", Nizar Baraka a fourni les chiffres actuels de l'eau et mis en exergue les mesures d’urgence prises par le gouvernement.
Stress hydrique : les chiffres clés
Par rapport aux chiffres mondiaux du réchauffement climatique, le ministre a rappelé que les températures du globe terrestre ont enregistré une augmentation de 1,1°C , s'approchant ainsi des 1,5°C qui était la problématique majeure au cœur des Accords de Paris et de Marrakech sur le climat.
"Au Maroc, nous sommes déjà à 1,8°C de plus, ce qui montre que la situation est particulièrement critique". Le ministre a cité l'exemple de la ville d'El Jadida. "Nous sommes passés à El Jadida d'un niveau de température record de 26°C à 34°C, donc une hausse de 8°C par rapport à la normale", a-t-il fait observer
Nizar Baraka a livré un état des lieux des apports en eaux pluviales, affirmant que la pluviométrie au Royaume a connu une baisse de l'ordre de 58% par rapport à l'an passé. "Dans un cumul de septembre jusqu'à aujourd'hui, le pays a enregistré en moyenne 43 mm de pluie contre 150 par le passé". En évoquant l'enneigement qui est la deuxième source d'eau pour le pays, le ministre a souligné qu'à la mi-février, nous sommes à seulement 2.792 km2 d'enneigement contre une moyenne de 34.000 km2 enregistrée en temps normal.
Présentant la situation hydrique actuelle, le ministre a rappelé que nous étions par le passé à 2.560 m3 par habitant par an. "Aujourd'hui, nous sommes autour de 600 m3 par habitant par an, et 500 m3 à l'horizon de 2030", a-t-il noté, d'autant plus que la répartition de ces eaux est inégale. "51% des ressources en eau sont concentrées sur 7% du territoire. Quand on parle de 600 m3 par an par habitant, dans la réalité, nous sommes en fait à 1.000 m3 dans les régions du Loukkos et 100 m3 dans le sud du pays".
Outre la baisse en apports d'eau qui sont passés de 22 milliards à 3 milliards de m3 seulement durant les dernières années, le ministre a souligné la hausse de la consommation d'eau. "À cause de la surexploitation des nappes phréatiques pour répondre aux besoins de l'agriculture, nous consommons 5 à 6 milliards de m3, ce qui veut dire qu'on consomme actuellement nos réserves d'eau pour le futur".
En ce qui concerne la répartition des apports en eau qui étaient autour de 3 milliards de m3 entre 2020 et 2023. le ministre a souligné qu'environ 1,4 milliard de m3 ont été alloués à l'agriculture et près d'1 milliard à l'eau potable.
Les mesures du plan d'urgence
Mettant en avant les capacités nationales, le ministre a rappelé que le pays comportait 153 barrages ayant une capacité de de stockage d'eau de 20 milliards de m3. En termes de stations de dessalement d'eau, nous sommes aujourd'hui à 15 stations avec une capacité de production de 192 millions de m3 par an.
Dans ce contexte, il a souligné que les actions du plan d’urgence pour la gestion de l'eau s’inscrivent dans une vision stratégique arrêtée par le Roi Mohammed VI qui vise à mettre en œuvre une véritable politique intégrée de l’eau, à travers une planification et des projections qui prennent en compte la donne des changements climatiques et le cycle de l’eau, et surtout à travers une mobilisation de tous les acteurs concernés, et des partenaires aussi bien publics que privés.
Relevant que l’action du gouvernement s'inscrit dans une logique de rupture répondant "au court terme au service du long terme", Nizar Baraka a mis en évidence les efforts déployés pour accélérer la réalisation des barrages (18 grands barrages sont en cours de construction, avec une réduction des délais devenant entre 6 mois et 3 ans), ainsi que pour la mise en réseau des différents barrages, particulièrement des bassins, notamment à travers les autoroutes de l’eau.
Il s'agit d'"une mesure réalisée conformément aux Hautes Orientations Royales et sans laquelle Casablanca aurait été dans l'obligation d’opérer des coupures d'eau le 18 décembre dernier", a expliqué Nizar Baraka, ajoutant que ce transfert va se poursuivre pour arriver jusqu'au bassin de l'Oum Er-Rbia, "dont la situation est très critique", afin d'assurer l'eau potable, mais surtout l’irrigation dans les régions de Tadla, des Doukkala en partie, ainsi que la zone de Tensift.
S'arrêtant sur l’exploitation des eaux non conventionnelles, le ministre a affirmé que le Maroc vise à multiplier par dix le dessalement de l’eau de mer pour passer de 140 millions de m3 actuellement à 1,4 milliard de m3 à l’horizon 2030.
L'objectif de ce chantier, selon le ministre, est d’assurer 50% des besoins en eau potable des zones côtières grâce aux stations de dessalement, avec un moindre coût en se basant sur les énergies renouvelables.
Dans la même optique, le ministre a relevé que le département de l’eau va continuer à accélérer la collaboration avec le ministère de l'Intérieur et les autorités locales pour l’exploitation des eaux usées, "un axe très important qui vise à limiter la pression sur les barrages afin de les consacrer exclusivement à satisfaire les besoins en eau potable et d’irrigation", rappelant que toutes les parties prenantes, citoyens, agriculteurs, industriels, acteurs du tourisme, ou encore les administrations, sont concernées par les efforts visant une meilleure valorisation de l'eau et la limitation du gaspillage de cette ressource vitale.
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